Bruxelles, 29/01/2007 (Agence Europe) - Trop fort et responsable de la hausse des prix, l'euro est considéré négativement par une majorité de citoyens des cinq plus grandes économies européennes. Selon un sondage publié lundi par le Financial Times et portant sur des questions assez générales, une majorité d'Allemands, de Français, d'Italiens et d'Espagnols estiment que l'euro a porté préjudice à leurs économies respectives. Plus neutres, les Britanniques n'ont pas un sentiment aussi sombre et ils sont même plus nombreux que les Français à considérer que l'introduction de la monnaie commune a eu des conséquences positives pour l'économie du Royaume. La France et l'Italie, pays où la monnaie unique fait l'objet de sévères critiques, sont en effet les plus négatifs à l'égard de l'euro.
Il faut prendre ces données avec « une extrême prudence », a rappelé la porte-parole du Commissaire Joaquín Almunia, qui juge que des sondages de ce type « pourraient contribuer à renforcer des impressions plutôt que des faits ». Et les faits plaident en faveur de l'euro, selon elle. Actuellement l'inflation est « sous contrôle », malgré une hausse des prix du pétrole du même ordre que lors des précédents chocs pétroliers de 1973 et 1979. Or, à l'époque, des pays comme la France ou l'Italie avaient vu le niveau général des prix augmenter de manière spectaculaire sans que l'on en attribue la responsabilité au franc français ou à la lire italienne, a-t-elle souligné, appelant à ne pas faire de l'euro un « bouc émissaire ».
Intervenant dimanche à la radio française, Jean-Claude Trichet a rejeté la thèse d'une baisse de pouvoir d'achat pour les Français suite au passage à l'euro. « Ceci est totalement faux », a-t-il indiqué, précisant aussi que les créations d'emplois ont été bien plus importantes ces huit dernières années qu'au cours de la même période avant l'introduction de l'euro (EUROPE n° 9332). « On risque de voir une spirale inflationniste se déclencher » dans la zone euro, a ensuite souligné le Président de la Banque centrale européenne (BCE), qui observe des risques d'effets de second tour sur les salaires en raison de hausses des prix du brut. Un risque stigmatisé avec de plus en plus d'insistance depuis la dernière hausse des taux d'intérêt en décembre 2006 (EUROPE n° 9323) et qui pourrait préparer le terrain à un nouveau mouvement, éventuellement en mars. Mais un risque qui ne semble pas devoir se concrétiser pour les Européens interrogés, moins de la moitié des sondés s'attendant à une hausse de leur salaire cette année. (ab)