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Bulletin Quotidien Europe N° 9268
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Orientations du président du groupe de l'Euro pour les années 2007 et 2008

Si je reviens à nouveau sur le fonctionnement du groupe de l'euro et sur les intentions de son président, c'est en raison de l'importance et de la signification de ce dossier. La coordination des politiques budgétaires des pays de l'euro et la gestion de la monnaie commune déterminent en large partie l'évolution économique de l'UE, et donc aussi la confiance des citoyens dans la construction européenne. Après sa confirmation à la tête de l'Eurogroupe pour les années 2007 et 2008, Jean-Claude Juncker s'est exprimé à plusieurs reprises par des interviews et des déclarations, en offrant une vue assez claire de ses objectifs et de ses intentions. Je me réfère notamment à ce qu'il a dit après la réunion de l'Eurogroupe (voir notre bulletin
N° 9261) et lors d'entretiens avec « Les Echos » et le « Financial Times ».

Le sentiment de l'inachevé. Pourquoi M. Juncker a-t-il accepté un nouveau mandat ? Afin de « pouvoir terminer dans de bonnes conditions le travail commencé il y a deux ans et qui n'a pas encore produit tous ses résultats ». Trois objectifs ont été pour l'essentiel atteints: a) « l'apparition dans l'Eurogroupe d'un esprit de corps qui n'était pas évident au début ». M. Juncker a noté en particulier «avec satisfaction » l'assiduité exemplaire des ministres aux réunions ; b) la constatation que « tous les ministres sont aujourd'hui convaincus de la nécessité d'une coordination des politiques économiques et qu'il fallait, face au pôle monétaire de l'UEM, un pôle économique et politique structuré» ; c) la réforme du Pacte de stabilité, qui n'était pas évidente au départ, et « la meilleure visibilité de l'euro à l'extérieur de nos frontières ».

En quoi l'œuvre est-elle inachevée ? La réponse n'étonnera personne: « Nous n'avons pas réussi à mettre en place un instrument aussi contraignant que nous l'avions espéré il y a deux ans. Au cours de mon nouveau mandat, je vais tout mettre en œuvre pour améliorer le gouvernement budgétaire» de la zone euro. Comment ? « Je pense que le mécanisme actuel d'examen a posteriori des budgets nationaux ne nous permet pas de les influencer suffisamment. Je souhaite qu'en juin ou juillet de chaque année, nous ayons des discussions plus poussées sur les choix budgétaires des Etats membres pour les modifier éventuellement. Cette gestion collective et solidaire de la zone euro doit nous permettre d'obtenir des budgets plus cohérents. Nos quelques essais timides n'ont jusqu'à présent pas donné grand-chose ».

Mieux gérer les fruits de la croissance. Pourquoi ce demi-échec ? La réponse de M. Juncker à «Les Echos» ne surprendra personne: « Notre union monétaire est jeune. Il nous faut beaucoup plus de temps que je ne l'avais pensé pour apprendre à gérer notre monnaie commune. Les ministres des Finances ont trop souvent la tendance à privilégier leurs intérêts nationaux. Nous insistons actuellement sur la nécessité de mettre à profit les fruits de la croissance pour réduire les niveaux des dettes et des déficits publics afin de ne pas répéter les erreurs des années 1990 lorsque ces 'cagnottes' avaient été mal utilisées. Cette fois, tous les ministres se sont engagés à ne pas céder aux chants des sirènes, car un pays qui a une dette élevée n'a pas de cagnotte». Ce concept avait déjà été explicité par des exemples dans les déclarations de M. Juncker après la réunion d'Helsinki (voir notre bulletin n° 9261 déjà cité). L'impression du président est que les trois grands pays en déficit excessif - France, Allemagne et Italie (dans ce dernier pays, le déficit budgétaire annuel est lourdement aggravé par le niveau de la dette) - n'ont pas, cette fois-ci, l'intention de relâcher leurs efforts d'assainissement. Quant à l'échange de vues entre les ministres sur les budgets nationaux de l'année suivante, les experts estiment que l'une des difficultés réside dans la différence des calendriers budgétaires des Etats membres. Pour être efficaces, les échanges de vues sur les stratégies budgétaires respectives et sur la définition d'objectifs communs doivent se dérouler avant que les budgets ne soient définitivement verrouillés par les procédures nationales ; mais les échéances ne coïncident pas.

Un peu de clarté sur le dialogue entre les deux présidents. Si le renforcement de la solidité de la jambe boiteuse de l'Union économique et monétaire (UEM) représente le premier souci de M. Juncker, le second est logiquement la qualité de son dialogue permanent avec Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), question qui - selon la formule consacrée - a fait couler beaucoup d'encre. Voici comment le président de l'Eurogroupe a décrit la situation (dans l'interview déjà citée à «Les Echos»): « Je crois qu'il est indispensable d'intensifier ce dialogue. Je vois souvent Jean-Claude Trichet et nous nous téléphonons régulièrement. Je lui ai cependant écrit en avril pour lui proposer que ce dialogue macroéconomique soit systématique sur les choix économiques à moyen terme, aussi bien entre l'Eurogroupe et la BCE qu'avec les partenaires sociaux. Ce qui existe pèche par son excès de formalisme. C'est surtout la qualité du dialogue qu'il faut renforcer pour parvenir à une situation satisfaisante. Mais je note que le président de la BCE ne m'a toujours pas répondu par écrit ». L'interview au « Financial Times » (qui porte la même date du 11 septembre) avait un ton différent: « Il faut en finir avec cette histoire Trichet-Juncker (…) Nous avons dit que nous avons une excellente relation et que la coopération sera intensifiée (…) Je suis un grand défenseur de l'indépendance de la Banque. L'idée que l'Eurogroupe ait de diaboliques intentions de nuire à l'indépendance de la BCE est totalement fausse» (voir notre bulletin n° 9261).

De son côté, M. Trichet a rappelé que la politique monétaire relève de son institution et que le Traité organise le dialogue de manière tout à fait précise. Dans les limites des prescriptions du Traité, il n'a aucun problème pour discuter avec le président de l'Eurogroupe et avec le Commissaire Joaquin Almunia.

J'ai essayé d'en savoir davantage et j'ai pu recueillir l'opinion d'une personnalité européenne de tout premier plan (que je ne nommerai pas parce que je n'en ai pas eu l'autorisation). Son impression est que les relations entre M. Juncker et M. Trichet sont effectivement excellentes et que l'estime est réciproque ; entre eux, les coups de fil s'intensifieront et la coopération se renforcera. Mais le président de la BCE n'acceptera pas de codifier des procédures et de souscrire des engagements allant au-delà de ce que le Traité indique, parce que les personnes bougent et les présidences ne sont pas éternelles ; et si demain le groupe de l'euro était présidé par un ministre des Finances moins respectueux de l'autonomie de la Banque ? Un ministre qui s'efforcerait d'imposer ses vues sur les taux d'intérêt ? M. Trichet ne veut pas que ses successeurs à la présidence de la BCE puissent lui reprocher d'avoir souscrit des engagements allant au-delà de ce que le Traité prescrit.

Cela dit, s'ajoute au dossier la référence récente de Nicolas Sarkozy à l'article 111 du traité actuel (article qui confie au Conseil une compétence en matière de taux de change de l'euro et d'orientations générales de la politique de change). Voici de quoi nourrir de nouvelles interprétations et polémiques. Les débats relatifs à l'organisation du dialogue ne doivent pas déborder en investissant le fond des problèmes, Interrogé sur la hausse des taux d'intérêt, M. Juncker s'est dit convaincu que la BCE tient compte de l'impact que ses décisions monétaires peuvent avoir sur la croissance, en ajoutant: « A l'évidence, les dernières hausses des taux n'ont pas affecté la reprise économique en Europe ».

Une situation potentiellement conflictuelle. Cette vue d'ensemble ne serait pas complète si je négligeais un dernier point: les relations entre le groupe de l'euro et le Conseil Ecofin. Certains ministres de la zone euro, assidus aux réunions de l'Eurogroupe, le sont moins aux sessions officielles élargies. M. Juncker a reconnu que ceci pourrait amener à la conclusion que les absents «négligent une solidarité plus large dépassant la zone euro. C'est le sentiment que les Suédois, les Britanniques ou les nouveaux Etats membres ressentent parfois». Mais il avait ajouté: « Cela ne correspond pas à la réalité ». Heureux celui qui a cette certitude.

En fait, la situation a, en elle-même, quelque chose de conflictuel. La zone euro constitue le cœur économique de l'Union ; les débats les plus significatifs sur les évolutions économiques et monétaires se déroulent en son sein, l'euro s'affirme et la plupart des autres monnaies ne peuvent que s'aligner sur ses comportements. Immergés dans cette réalité, les gouvernements de la zone euro aspirent à se dégager des procédures convenues en son temps par respect à l'égard des Britanniques, selon lesquelles l'Eurogroupe est un organe informel et les décisions officielles, même concernant l'euro, sont prises par le Conseil Ecofin. Est-il raisonnable que les pays de l'euro ne puissent pas prendre en toute autonomie les décisions relatives à leur monnaie, alors que dans le Conseil Ecofin ils sont, pour quelques mois encore, minoritaires ? D'autant plus que c'est en raison de leur libre choix que la Grande-Bretagne et la Suède, et le Danemark aussi même si sa situation juridique est différente, restent en dehors de l'euro ; ils peuvent adhérer rapidement à l'euro, s'ils le souhaitent. On comprend donc que les pays de l'euro aspirent à faire de l'Eurogroupe une entité autonome. Le protocole n. 12 du projet de traité constitutionnel donnerait à l'Eurogroupe un statut officiel et une présidence stable (deux ans et demi).

Jusqu'à quel point les pays qui ne veulent pas participer à l'euro doivent-ils avoir leur mot à dire dans sa gestion ? Dans ses « Mémoires », Jacques Delors a estimé qu'il est «vital» de constituer autour de l'euro la première «coopération renforcée» disposant de la « possibilité juridique d'aller de l'avant » et disposant de pouvoirs réels et de procédures contraignantes en matière de coordination économique, y compris la création d'un « Fonds européen de régulation conjoncturelle » (alimenté durant les années de vaches grasses et soutenant l'activité en période de vaches maigres) et une harmonisation minimale de la fiscalité.

Ce n'est pas pour demain ; mais l'autonomie du groupe de l'euro est un problème immédiat.

(F.R.)

 

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