*** HÉLÈNE MICHEL (sous la dir. de): Lobbyistes et lobbying de l'Union européenne. Trajectoires, formations et pratiques des représentants d'intérêts. Presses Universitaires de Strasbourg (Palais Universitaire, 9 place de l'Université, BP 90020, F-67084 Strasbourg Cedex. Tél.: (33-3) 88259721 -
fax: 88356523 - Courriel: pus@umb.u-strasbg.fr). 2005, 351 p., 24 €. ISBN 2-86820-289-6.
Le lobbying - la représentation de groupes d'intérêts ou les public affairs sont d'autres termes désignant la même chose - est un sujet qui fait souvent travailler l'imagination du public. C'est une pratique qui, selon Hélène Michel, "suscite tantôt de la méfiance, voire de la suspicion, tantôt de la fascination pour son pouvoir d'influence régulièrement mis en scène". Le sujet a déjà fait couler beaucoup d'encre, les ouvrages le concernant étant assez nombreux. Cependant, pour la coordinatrice de celui-ci, maître de conférences en sciences politiques à l'Université Lille 2, ces livres sont pour la plupart marqués "par un questionnement sur la forme des relations que les groupes d'intérêts entretiennent avec les institutions européennes". Et si, avec le temps, elles se font moins abstraites et moins réductrices dans leurs conclusions, "la plupart des recherches restent toujours travaillées par cette question de la stabilité des relations entre institutions européennes et groupes d'intérêts et de leur caractérisation spécifique, comme si elles ne parvenaient pas, ou mal, à s'affranchir du débat théorique et souvent normatif sur la nature du système de l'Union européenne".
Pour éviter ces écueils, cet ouvrage-ci cherche à mieux cerner les groupes d'intérêts par une sorte de sociologie de ceux qui les composent. Il s'agit, au travers des différentes contributions qui composent le volume, de cerner qui sont ces représentants d'intérêts et quelles sont leurs actions, une définition du lobbyiste et du lobbying étant par nature réductrice tant les facettes de la profession et de ceux qui la pratiquent sont multiples. C'est pourquoi ce livre propose un ensemble de contributions présentées lors du colloque "Société civile organisée et gouvernance européenne. Formation, recrutement et pratiques des représentants d'intérêts dans l'Union européenne", du Groupe de sociologie politique européenne de l'Institut d'études politiques de Strasbourg.
Les premières d'entre elles, groupées dans la partie "Métiers et carrières", portent toutes sur des cas concrets de représentation de groupes d'intérêts à Bruxelles, tels que sur les salariées du Lobby européen des femmes, la représentation des intérêts du secteur agricole, la Confédération européenne des syndicats ou encore sur les assistants parlementaires. Ces contributions permettent, par touches successives, de dégager le profil (ou plus justement les profils) de ces représentants d'intérêts, leur parcours professionnel, leur expérience ainsi que leur professionnalisation (militants ou salariés, par exemple). Chacune de ces contributions permet de saisir certaines facettes de la réalité du lobbying auprès des institutions européennes. Ainsi, par exemple, le papier sur le Lobby européen des femmes permet de saisir l'évolution de la nature de ces membres, de par l'estompement progressif de la génération des "pionniers", et les subtils équilibres entre militant(e)s et personnel salarié. Le chapitre sur les assistants parlementaires est d'une certaine manière une fenêtre ouverte sur les liens entre les différents "milieux" ou professions gravitant autour de la réalité européenne. Car, comme le montre l'ouvrage, il n'y a pas de cloisons imperméables entre le milieu de la représentation des groupes d'intérêts et le personnel des institutions, certaines personnes passant de l'un à l'autre, ne fussent que du fait d'une certaine proximité sociologique. Et de fait, au travers de l'étude des représentants de groupes d'intérêts et de leurs actions, transparaissent les interactions entre ces groupes et ces institutions.
La deuxième partie, "pratiques de défense", réunit et met en relief les actions et les adaptations de ceux qui défendent des intérêts, tels que les droits de l'homme ou les vins de Bordeaux. Elle met entre autres en évidence certaines techniques dont ces représentants disposent et montrent comment le lobbying auprès des institutions européennes n'est pas un monde diamétralement différent, même s'il a ses particularités à connaître, de celui des actions au niveau national. Une conclusion synthétise les réflexions sur la définition du lobbying et des lobbies et met en balance les notions de lobbyings/lobbyistes et militants/militantismes qui se distinguent principalement, aux yeux du grand public, par la valeur des causes qu'ils défendent.
De manière générale, la plupart de ces contributions sont agréables à lire, du fait qu'elles reflètent un certain vécu, une réalité de terrain. Elles permettent de se faire une image plus réaliste et toute en nuances, par une immersion à l'intérieur de leurs structures et façon de travailler, de la réalité des groupes d'intérêts et de leurs activités, partant du lien qu'elles entretiennent avec la sphère des institutions européennes.
Frederik Ronse
*** CELINE BELOT, BRUNO CAUTRES (sous la dir. de): La vie démocratique de l'Union européenne. La Documentation Française (29-31 quai Voltaire, F-75344 Paris cedex 07. Tél.: (33-1) 40157000 - fax: 40157230 - Internet: http://www.ladocumentationfrancaise.fr ). Collection "Les études de la Documentation française", n° 5236. 2006, 187 p., 19 €.
Elaborée avec le concours de l'association "Notre Europe" fondée par Jacques Delors, cette publication propose des clés de lecture permettant au lecteur d'apporter des éléments de réponse aux questions qu'il se pose, au lendemain des "non" français et néerlandais à la Constitution, sur la vie démocratique de l'Union et, surtout, sur la réalité et l'étendue de son "déficit démocratique". A cette fin, des chercheurs académiques reviennent sur certains aspects du Traité constitutionnel et sur son processus de ratification, tandis que d'autres examinent le rôle du Médiateur, l'évolution des grandes tendances de "l'opinion publique" relatives à l'intégration européenne, les leçons à tirer des résultats des dernières élections européennes et la candidature de la Turquie, ainsi que certains règlements et directives qui ont fait l'objet d'une grande médiatisation ou qui auront des conséquences visibles sur la vie des citoyens européens. Au-delà, l'ambition des coordinateurs de l'ouvrage a été "de mettre à disposition des outils d'analyse permettant de progresser dans la compréhension de la vie démocratique de l'Union en évitant l'euro-enthousiasme naïf et son opposé, la dénonciation apeurée de l'Europe comme responsable de tous les maux de nos sociétés". L'ambition était peut-être un peu présomptueuse d'y parvenir en aussi peu de pages, mais elle a eu le mérite d'amener des chercheurs - belges, français et suisses - à tenir la gageure de présenter sous une forme synthétique et compréhensible l'état actuel de la réflexion dans leur domaine respectif d'étude, chaque article abordant la question de la vie démocratique de l'Union sous un angle d'approche différent. Ainsi, Olivier Costa rend compte de la difficulté que rencontre le Parlement européen à occuper la place habituellement dévolue à l'institution parlementaire dans les démocraties contemporaines et des stratégies qu'il déploie pour dépasser ses propres faiblesses, avant qu'Olivier Rozenberg ne s'intéresse au rôle des parlementaires français dans la politique des Fonds structurels. Sabine Saurugger propose ensuite une réflexion sur la place d'une "société civile organisée" dans le processus décisionnel européen et s'interroge notamment sur la capacité des acteurs institutionnels concernés à s'appuyer sur elle, dans leurs stratégies de légitimation. Pour sa part, Olivier Baisnée examine le rôle des médias, mettant en lumière ce qui, dans les "relations spéciales" des institutions européennes avec la presse, rend malaisée la construction d'un espace public européen. Deux articles abordent ensuite la question du fonctionnement démocratique de l'Union à travers la perception qu'en ont les citoyens et des modalités à travers lesquelles ceux-ci forment leurs opinions. Signé par Paul Magnette, l'article conclusif propose un cadre d'analyse plus théorique de l'ensemble de ces éléments.
(MT)
*** PIERRE LEQUILLER (sous la dir. de): Où va l'Europe ? Le point de vue de neuf pays de l'Union. Délégation pour l'Union européenne de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 4 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40636121 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection "Rapport d'information", n° 3131. 2006, 82 p., 3,50 €. ISBN 2-1111-9834-10.
Comme elle l'avait fait en 2004 sur le traité constitutionnel et en 2005 sur les perspectives financières, la Délégation pour l'Union européenne de l'Assemblée nationale française que préside l'ancien conventionnel Pierre Lequiller a envoyé des "missi dominici" dans neuf Etats membres (Belgique, Danemark, Estonie, Finlande, Irlande, Pays-Bas, Pologne, Portugal et Royaume-Uni), en vue d'y prendre la température en ce qui concerne le processus constitutionnel et l'élargissement. Ce Rapport d'information rend compte des enseignements que les parlementaires français ont tirés de ces missions. Deux éléments leur apparaissent largement partagés. D'abord, un souhait très majoritaire que le futur règlement institutionnel se fonde sur le texte du projet de Constitution tout en prenant en compte, d'une façon ou d'une autre, les préoccupations exprimées par l'opinion dans le domaine économique et social. Ensuite, un net appel à la prudence pour ce qui est de la poursuite des élargissements, le soutien de l'opinion publique étant requis en la matière.
(MT)
*** CHRISTIAN WAGENFELD: Die Kultureuropäer. Europäisches Bewusstsein und Intellektuelle in Irland. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Europäische Hochschulschriften - Publications Universitaires Européennes - European University Studies", n° 1014. 2005, 303 p.. ISBN 3-631-3389-6.
Ce travail porte sur les forces motrices qui ont conduit la République d'Irlande à l'adhésion à l'Union, ce par le biais, entre autres, d'un questionnement sur l'histoire des mentalités. De la sorte, l'auteur cherche à apporter des éléments susceptibles de combler le manque d'explications culturelles de nature à expliquer le processus de l'unification européenne. Son étude est fondée sur une méthodologie sociologique, ainsi que sur les théories du nationalisme de E. J. Hobsbawm et Benedict Anderson, fondement sur lequel il ose un éclairage comparatif sur le cas irlandais. Il avance que les intérêts économiques ne constituaient pas la motivation principale de l'adhésion de ce pays, la perception de l'Europe qui y prévalait comme modèle exemplaire de modernité, de pluralisme et de droits du citoyen ayant été au moins aussi importante. Ce développement de l'image de l'Europe est dessiné en partant d'un petit cercle d'écrivains irlandais et va jusqu'à l'ancienne présidente Mary Robinson.
(CDi)
*** TIM SCHONBORN: Die Causa Austria. Zur Zulässigkeit bilateraler Sanktionen zwischen den Mitgliedstaaten der Europäischen Union. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Res Publica - Öffentliches und internationales Recht", n° 1. 2005, 461p.. ISBN 3-631-53812-X.
Suite à la participation du Parti autrichien de la liberté du populiste Haider au gouvernement autrichien, les Etats membres de l'Union européenne ont pris des mesures contre l'Autriche qui suscitèrent un débat sans précédent dans l'Europe tout entière. Du point de vue juridique, ces mesures ont démontré que l'article 7 du Traité de l'Union européenne, incorporé dans sa mouture amstellodamoise, pouvait avoir de réelles implications pratiques. Certains droits peuvent donc être retirés à un Etat membre qui porte atteinte de manière grave et persistante aux principes ancrés dans l'article 6 du Traité, à savoir la liberté, la démocratie, le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la séparation constitutionnelle de la justice et du pouvoir… Après une chronologie très complète des évènements, cette étude de cas cherche à voir si la procédure mise en œuvre contre l'Autriche était compatible avec les exigences du mécanisme de sanctions, ainsi qu'avec les diverses réglementations du droit européen et international. De surcroît, l'auteur planche sur la version niçoise de l'article 7, en tant que conséquence des mesures prises contre l'Autriche. Le travail fournit des enseignements importants pour ceux qui réfléchissent aux relations futures entre les Etats membres de l'Union dans le cas d'une participation de partis extrémistes à un de leurs gouvernements.
(CDi)
*** CATRIN HANNKEN: Das Kommunalwahlrecht für ausländische Unionsbürger im Lande Bremen. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Europäische Hochschulschriften - Publications Universitaires Européennes - European University Studies", n° 4266. 2005, 257 p.. ISBN 3-631-54295-X.
La directive 98/80/CE a mis en place les bases juridiques pour l'introduction du droit de participation des citoyens de l'Union européenne aux élections municipales. La nature particulière de la ville libre et hanséatique de Brême pose des problèmes particuliers quant à la mise en œuvre de cette directive. Bien que la commune de Brême dispose d'une assemblée représentative municipale, la Stadtbürgerschaft, celle-ci n'est pas, en effet, le résultat d'élections municipales autonomes. Ou, plutôt, elle ne l'est qu'au deuxième degré puisque ce sont plutôt les membres du parlement régional, le Landestag, qui sont devenus membres de la "Stadtbürgerschaft". Ce livre se fonde sur les débats qui ont eu lieu à Brême sur la question pour envisager celle-ci à l'échelle de l'Union. Des pistes de solution sont examinées en vue de concilier conformité à la constitution et compatibilité avec le droit communautaire européen.
(CDi)
*** Documents. Revue des questions allemandes. Bureau international de liaison et de documentation (50 rue de Laborde, F-75008 Paris. Tél.: (33-1) 43879040 - fax: 42935094 - Courriel: revue@bild-documents.org - Internet: http://www.revuedocuments.com ). 2006, n° 3, 80 p., 7,80 €. Abonnement: 39 €.
Le "dossier" de cette édition est consacré aux différentes facettes du tourisme de France (première destination touristique au monde) et d'Allemagne (le pays bat les records de voyages à l'étranger), mais également à la promotion du tourisme culturel en Europe. C'est qu'il s'agit d'un "sujet de société", ce tant comme secteur brassant des milliards d'euros qu'en termes culturels. Comme toujours, Documents inclut aussi de nombreuses autres contributions à caractère culturel, sociétal ou politique, telles que la polémique germano-polonaise sur le projet allemand de "centre contre les expulsions".
(FRo)