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Bulletin Quotidien Europe N° 9243
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/rdc

Les Congolais ont relevé de nombreux défis pour élire leur président et leurs députés, sous les regards de la plus grande mission d'observation jamais déployee par l'Union européenne

Kinshasa, 31/07/2006 (Agence Europe) - Tous ceux qui ont pu visiter différents centres de vote à Kinshasa dimanche 30 juillet peuvent témoigner de l'importance de la participation aux premières élections démocratiques depuis 40 ans. Une participation massive souvent motivée par une volonté de changement et qui s'est traduite dans les urnes par un "vote utile" en faveur des principaux candidats à l'élection présidentielle. Les premiers résultats dépouillés dimanche soir au cœur de la capitale semblaient indiquer une nette avance pour Jean-Pierre Bemba qui, dans l'hypothèse d'un second tour, serait opposé au président sortant Joseph Kabila.

Dans la journée, électeurs et agents électoraux ont réussi à relever les nombreux défis liés à la complexité du scrutin et à une organisation relativement aléatoire. Si certains centres de vote étaient installés dans des locaux permettant une assez bonne organisation des opérations de vote, d'autres ne disposaient ni de l'espace adéquat ni même d'éclairage. Aux 33 candidats de l'élection présidentielle s'ajoutaient plus de 9000 candidats pour les législatives, et à Kinshasa le bulletin de vote comportait 5 pages de format journal sur lesquelles l'électeur cherchait souvent longuement le candidat pour lequel il désirait voter. Et pourtant, dès six heures du matin, des files étaient formées à l'entrée des centres de vote qui comportaient jusqu'à neuf bureaux de vote. Des bureaux qui ont parfois ouvert avec un peu de retard et quelques cafouillages. Si un centre de vote a été incendié dans le fief d'Etienne Tchisekedi, la seule personnalité politique à avoir refusé de participer au scrutin et appelé au boycott, peu d'incidents étaient à déplorer malgré les moments d'énervement suscités ici où là par des erreurs manifestes sur des listes électorales. Réalisé dans certains bureau de vote avec beaucoup de rigueur pour des "amateurs" (comme le notaient, avec le sourire, les observateurs congolais), le dépouillement s'est prolongé jusque tard dans la nuit à Kinshasa, en raison de la manipulation fastidieuse des bulletins de vote de cinq pages. Des bulletins et un mode de scrutin qui ont conduit les électeurs à éparpiller leurs voix pour l'élection législative (dans certains bureaux, beaucoup de candidats n'ont obtenu qu'une voix et rares ont été ceux qui franchissaient la barre des cinq suffrages) ou à voter blanc. 1720 observateurs étrangers provenant notamment de l'UE, de l'Union africaine, de la SADC et d'organisations non gouvernementales ont veillé sur ces opérations.

Ces observateurs internationaux auxquels s'ajoutaient les nationaux et un grand nombre de journalistes étaient dispersés sur tout le territoire congolais même si un très gros contingent était concentré à Kinshasa, en raison des inquiétudes suscitées par les incidents des derniers jours dans la capitale où plus de trois millions d'électeurs devaient voter sur plus de vingt-cinq millions d'inscrits pour l'ensemble d'un territoire grand comme l'Europe occidentale. La journée de jeudi avait ainsi été marquée par la mort de trois policiers dans la capitale, le pillage et l'incendie de l'immeuble abritant la Haute autorité des médias et le Comité Vérité et Réconciliation. Ceci, ajouté au manque de formation, d'encadrement et de paiement des forces armées et de la police, malgré les efforts réalisés avec le soutien des missions EUPOL et EUSEC de l'UE, n'était pas très rassurant.

Le 26 juillet, la mission d'observation électorale de l'UE dirigée par le député européen Philippe Morillon (ALDE, français) avait d'ailleurs diffusé un communiqué rappelant "la responsabilité de tous dans l'établissement d'un climat propice à l'exercice libre du suffrage universel avec l'assurance que le choix des électeurs sera respecté". La mission la plus importante que l'UE ait constitué à ce jour, avec 300 observateurs, rappelait également un certain nombre de règles pour le bon déroulement des opérations électorales. Et elle exprimait des préoccupations quant au recours à des forces de sécurité complémentaires. "L'affectation d'éléments des FARDC (l'armée: NDLR) dans certains centres de vote devra en tout état de cause, être effectuée sous l'autorité des personnels électoraux habilités. La présence à proximité des lieux de vote de tout autre représentant armé pourra être considérée comme l'instrument de pressions inacceptables sur les populations concernées", précisait le communiqué. Mais en réalité ce qui pesait le plus sur les Européens était le sentiment fort répandu dans Kinshasa qu'ils soutenaient Joseph Kabila. Pour les Kinois, "l'oncle" Louis Michel avait fait son choix et cette immixtion dans la politique congolaise était inadmissible. Résultat: les Européens étaient pris à parti dans la rue et des véhicules ont même été "caillassés" au cours des dernières semaines. A la veille du scrutin, les observateurs du Parlement européen qui venaient d'arriver ont diffusé un communiqué pour se démarquer des propos du Commissaire européen qui avait clairement apporté son soutien au président sortant sur RTL il y a un peu plus d'une quinzaine de jours. Le président de la délégation du Parlement, le démocrate-chrétien allemand Jürgen Schröder, a souligné que les observateurs de l'UE en RDC ont pour seule mission l'observation et l'accompagnement du processus électoral. "Ils ne sont pas là pour favoriser l'un ou l'autre candidat ou pour peser sur l'organisation du scrutin", a-t-il ajouté avant de poursuivre: "Pour cette raison, les députés européens prennent leur distance avec les propos tenus par Louis Michel, Commissaire européen au développement, qui pourraient être perçus comme apportant son soutien à un des candidats à la présidentielle. Ces propos ne reflètent en aucune manière notre engagement, ni celui de l'UE, d'impartialité et notre souhait que le peuple congolais puisse exprimer librement sa volonté politique".

Cette idée d'un candidat porté par l'UE ou par l'une ou l'autre des capitales européennes était aussi démentie par les diplomates européens en poste à Kinshasa, mais avec beaucoup de mal depuis la déclaration de Louis Michel. "Je pense que c'est complètement faux", a cependant déclaré à un groupe de journalistes l'abbé Apolinaire Malumalu, président de la Commission électorale indépendante. Et s'il ne pense pas que les capitales européennes aient un favori, il salue en revanche "l'effort exceptionnel" fait par l'UE "dans le but de responsabiliser les Congolais" en allouant 242 millions d'euros au processus électoral. Une façon "d'ouvrir l'avenir" à la République démocratique du Congo, pour reprendre une expression du chef de la délégation de la Commission européenne à Kinshasa. Reste pour cela à terminer le processus électoral. Les semaines à venir seront les plus difficiles. Les résultats doivent maintenant être compilés et plusieurs semaines pourraient être nécessaires. Les Congolais craignent des fraudes pendant cette période et l'on s'attend généralement à de nouvelles tensions. C'est dans ces circonstances que la force déployée par l'UE, l'EUFOR, devra prouver son efficacité dissuasive pour que rien ni personne ne fasse plus dérailler la démocratie au Congo.

Louis Michel salue le déroulement du scrutin

Saluant le bon déroulement des élections, Louis Michel, Commissaire européen au développement, a publié le 31 juillet la déclaration suivante: « Le 30 juillet 2006 les premières élections démocratiques et pluralistes depuis 40 ans se sont tenues en République Démocratique du Congo. Il s'agit de l'aboutissement concret d'un rêve qui, pour les Congolais, vient de très loin, une vraie opportunité de renouveau qui est maintenant à portée de main. Je voudrais sincèrement féliciter le peuple congolais qui a montré une maturité et une appétence pour la démocratie. Je suis heureux d'avoir misé, depuis 1999, sur le peuple congolais qui était fatigué de la guerre et des conflits et qui a eu la volonté d'aller vers la démocratie, un processus irréversible.

Dans l'attente de la publication des résultats de la Mission d'Observation Electorale de l'Union européenne, qui émettra une évaluation indépendante et rigoureuse des conditions de tenue du scrutin et de sa fiabilité, nous sommes heureux de constater que celui-ci s'est déroulé dans tout le pays sans incidents majeurs qui auraient pu mettre en danger ce long processus. Nous tenons particulièrement à rendre hommage au sens civique, à la retenue et au respect démocratique dont le peuple congolais a fait preuve pendant tout le déroulement du vote. Il s'agit là d'un acte démocratique fondamental qui témoigne de l'importance que la population congolaise attache à cet événement historique. Cet engouement et cette détermination engagent formellement ceux et celles qui seront légitimés et mandatés par ce processus.

A présent nous exhortons la population congolaise et toutes les parties concernées à poursuivre leur participation pacifique à ce processus dans un esprit de réconciliation nationale et de respect de la démocratie et de l'Etat de droit dans l'intérêt général du pays. La Commission européenne, premier bailleur de fonds du processus électoral, continuera d'apporter son soutien au peuple et à l'Etat congolais dans cette nouvelle phase de son Histoire ».

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