Bruxelles, 27/07/2006 (Agence Europe) - Le séminaire de réflexion sur « La place des Régions dans la mondialisation », qui s'est tenu les 23 et 24 juin à Ponte Delgada à l'invitation du président du gouvernement autonome des Açores, Carlos Manuel Cesar (voir EUROPE n° 9214), s'est clôturé par la signature, entre la Conférence des Régions Périphériques Maritimes (CRPM) et le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), d'un accord-cadre visant à intensifier la coopération entre Régions européennes et Régions d'autres continents, avec l'ambition de créer une Organisation mondiale des Régions. « Il y a trente ans, la CRPM constatait l'urgence de structurer une capacité d'expression du niveau régional dans une UE en voie de constitution. Aujourd'hui, la voix des Régions d'Europe, en recherchant des alliances avec les Régions d'autres continents, partage les mêmes préoccupations dans les enceintes émergentes de la future gouvernance mondiale comme l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), l'Organisation Maritime Internationale (OIM), le Protocole de Kyoto ou l'Assemblée générale des Nations unies », note le porte-parole de la CRPM Enrico Mayhofer dans un communiqué. Cette première réunion mondiale des Régions a réuni les présidents de régions du monde entier, entre autres de Russie, du Brésil, d'Argentine, du Chili, de Tunisie, d'Afrique du Sud et de l'UE (mais pas d'Asie) qui ont pu échanger leurs points de vue sur la mondialisation, un phénomène qui signifie pour les régions des contraintes, mais aussi des opportunités.
L'idée de la CRPM d'un partenariat entre l'UE, les organisations internationales et les régions pour faire face aussi aux défis de la mondialisation, a été soutenue par le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso (qui s'est adressé aux participants par vidéoconférence). « Pour récupérer un rôle mondial de l'Europe, il est nécessaire que les régions se constituent en un réseau d'amis de l'Europe unie », a estimé pour sa part le Président de la CRPM et de la Région Toscane, Claudio Martini, en se disant convaincu « de la nécessité de développer des structures régionales au niveau international pour protéger les intérêts des populations des régions et d'impliquer les régions comme principaux partenaires dans la coordination des stratégies de développement ». Observateur attentif des phénomènes liés à la mondialisation, M. Martini a cité le philosophe Ivan Illich qui parlait « de deux équipes: celle des globophiles (…) et celle des globophobes, ou opposants à la globalisation, qui estiment qu'elle est mauvaise même s'ils sont convaincus qu'elle ne peut pas être modifiée ». Finalement, ces deux équipes obtiennent, selon lui, le même résultat, « car elles ne se posent pas le problème du changement, alors que le problème des responsables politiques et des mouvements progressistes est justement ce problème-là ». « Nous devons et nous pouvons intervenir. Nous avons cette obligation pour l'avenir de l'humanité. Les biens, les capitaux, les informations, les personnes circulent dans le monde, mais pas la démocratie. Les Nations unies ont un rôle dans ce sens qui n'est malheureusement pas assez reconnu. Une réforme de l'ONU est nécessaire, et elle se produira avec le soutien des régions, trait d'union direct avec les populations », a martelé le Président de la CRPM. Pour Christophe Nuttall, directeur des ressources et des partenariats stratégiques au PNUD, « les régions peuvent jouer un rôle important en termes d'identité et de gouvernance mondiale », et « c'est sur le terrain, surtout dans les pays en voie de développement, que le PNUD espère bénéficier de l'expérience des régions ».
Michel Barnier: « la bonne question est de savoir comment on maîtrise,
comment on régule comment on humanise cette mondialisation »
« Vous agissez en faveur de l'intérêt général en créant ce Réseau des régions européennes et mondiales, et en esquissant ce qui pourrait être (…) un Réseau des régions du monde », a déclaré d'entrée de jeu Michel Barnier, ancien ministre français des Affaires étrangères et ancien Commissaire européen en charge de la Politique régionale. « La mondialisation réussie, nous en sommes très loin. La mondialisation heureuse: là aussi nous en sommes très loin ! », s'est-il exclamé. Selon lui, « la question que l'on doit se poser n'est pas de savoir si on est pour ou contre la mondialisation, mais de savoir si on est spectateur ou acteur, si l'on subit ou si l'on essaye de maîtriser (…), la bonne question est de savoir comment on maîtrise, comment on régule, comment on humanise cette mondialisation ». M. Barnier a présenté quelques pistes pour rénover les systèmes de gouvernance, en estimant qu'il faut: (1) rénover la gouvernance politique mondiale, celle des Nations unies et de ses différentes instances ; (2) améliorer la gouvernance économique et la solidarité au sein de cette gouvernance économique, dont un des lieux est l'OMC ; (3) améliorer la gouvernance écologique et sanitaire, et travailler à la création d'une Organisation mondiale de l'environnement ; (4) parvenir à une gouvernance continentale: l'organisation continentale de notre monde est une manière de réussir la mondialisation, estime M. Barnier, qui appelle les responsables politiques des régions à être vigilants: « Nous ne serons jamais à la table des grandes puissances si nous n'y sommes pas ensemble en tant qu'Européen, comme acteur politique, avec une politique étrangère et commerciale, une politique de coopération, une politique de défense commune».