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Bulletin Quotidien Europe N° 9241
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Fausses et vraies pistes pour conduire les négociations commerciales du « Doha Round » hors de l'impasse

Pour la relance des négociations commerciales mondiales du cycle de Doha de l'OMC, on est mal partis. Une grande partie des commentateurs donnent l'impression de ne pas avoir compris les vraies raisons de l'échec, dont la nature est double: a) chaque groupe de pays participant à la négociation réclamait des concessions excessives de la part des autres ; b) certains volets essentiels étaient totalement oubliés.

Un acquis déjà suffisant. On demandait trop aux Etats-Unis pour la suppression des subsides internes à l'agriculture (alors que le monde a besoin de la production agricole américaine) ; on demandait trop à l'UE en matière d'ouverture de son marché agricole (alors qu'il est vital pour l'Europe de protéger raisonnablement l'activité agricole sur l'ensemble de son territoire) ; on demandait trop aux pays émergents en termes de réduction de la protection de leur industrie encore fragile (le danger étant la Chine, bien plus que les économies plus riches qui ont des coûts de production plus élevés) et de leurs activités de services ; on demandait trop aux pays pauvres en matière de réciprocité commerciale. La voie de la relance ne passe pas par le maintien des ambitions excessives par lesquelles chaque groupe de pays méconnaît les intérêts essentiels des autres groupes, mais par la fixation d'objectifs raisonnables tenant compte de l'intérêt général.

Les concessions qui étaient pratiquement déjà acquises sont suffisantes pour réaliser un progrès sensible de l'ouverture des marchés et de l'expansion du commerce mondial, et elles comportent plusieurs initiatives en faveur des pays pauvres. Il faut se fonder sur cet acquis, considérable et positif pour tous, au lieu de suivre les revendications du grand commerce et d'autres groupes de pression. Si chacun remet sur la table les mêmes exigences qui ont conduit à l'échec de juillet, on se dirige vers la faillite totale.

La première condition de la relance réside donc dans l'exigence que chaque groupe de pays prenne en considération du moins partiellement les raisons des autres groupes, et que la négociation se focalise sur des objectifs réalistes, c'est-à-dire objectivement acceptables.

Les aspects oubliés. La deuxième condition est d'introduire dans les négociations, d'une manière ou l'autre, au moins quelques bribes des aspects qu'un débat exclusivement axé sur les intérêts commerciaux néglige, c'est-à-dire notamment: la sauvegarde de l'environnement, la croissance durable, les droits des travailleurs, la guerre sans merci aux marchandises contrefaites et aux fausses indications de l'origine (qui recèlent des dangers mortels pour les consommateurs). On en parle partout de ces exigences, elles sont désormais reconnues comme essentielles et prioritaires pour l'humanité et pour la survie de la terre, mais elles sont systématiquement exclues des négociations commerciales parce qu'elles ne relèvent pas de la compétence de l'OMC. On dirait que les responsables du commerce représentent un monde à part, où tout est permis pour conquérir un marché: détruire la nature, ruiner l'équilibre territorial d'un continent, traiter les hommes et les femmes, et très souvent les enfants, comme des esclaves.

Les fadaises de la Banque mondiale. Les appels et les anathèmes des groupes de pression directement intéressés au commerce ne m'émeuvent pas outre mesure, ni les calculs qui prétendent chiffrer à un dollar près les avantages de l'ouverture des marchés. Dans ce domaine, j'assignerais volontiers la palme de la bêtise à la Banque mondiale. Les experts de cette organisation (qui a par ailleurs beaucoup de mérites pour ses interventions dans le financement de projets utiles) ont calculé à 287 milliards de dollars les gains qu'apporterait la libéralisation totale du commerce dans le monde d'ici 2015, montant qui pourrait même atteindre 460 milliards si l'ouverture était accompagnée par l'amélioration de la productivité. Beaucoup d'argent, n'est-ce pas ? Ce que les experts de la Banque mondiale négligent, ce sont les coûts: destruction de l'environnement naturel notamment en Amazonie, en Chine et dans l'Asie du Sud-Est ; disparition de l'activité agricole en Europe, au Japon, dans une partie importante de l'Inde et dans plusieurs zones des Etats-Unis ; coût financier, social et culturel résultant de la mort de l'équilibre territorial réalisé au cours des siècles (en Europe bien sûr, mais aussi dans bien d'autres pays) et gonflement sauvage des périphéries urbaines (dont nous avons déjà un avant-goût dans bien des cas). Les bureaux climatisés des experts de la Banque mondiale ne seraient pas atteints, ils pourraient même être élargis afin que l'humanité puisse bénéficier d'analyses supplémentaires indiquant la voie maîtresse pour garantir la croissance économique perpétuelle: transformer la terre en une vaste zone de libre-échange. Le bonheur pour tous !

(F.R.)

 

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