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Bulletin Quotidien Europe N° 9179
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La réflexion sur l'avenir de l'Europe confirme que les orientations divergent

Trois orientations du PPE sont controversées. Trois éléments du Manifeste de Rome du Parti Populaire Européen (PPE), commenté dans cette rubrique d'hier, sont loin de faire l'unanimité: a) le maintien tel quel du projet de Traité constitutionnel ; b) la possibilité de proposer à certains pays candidats à l'adhésion, comme formule de rechange, un partenariat particulièrement étroit ; c) l'exigence de fixer les frontières de l'Europe. Sur le premier point, l'hypothèse d'un Traité constitutionnel allégé (sans la troisième partie qui décrit essentiellement les politiques communes) a beaucoup d'adeptes, elle gagne même du terrain. Le point b) rencontre l'hostilité des partisans de l'adhésion de la Turquie, selon lesquels la «solution de rechange» serait construite exprès pour ce pays. Le point c) est rejeté par ceux qui estiment inopportun et politiquement maladroit de figer aujourd'hui des frontières qui pourraient être périmées demain, en fonction d'évolutions politiques futures ; pourquoi se priver de la possibilité de modifier un jour le statut de l'Ukraine ou de la Biélorussie ? Il est vrai que le Congrès du PPE n'a pas vraiment débattu de tous les détails de son manifeste ; les convictions (et l'habileté) d'Elmar Brok et d'Alain Lamassoure ont sans doute joué un rôle déterminant dans la rédaction du texte final. D'ailleurs, déjà pendant le débat de Rome, quelques voix discordantes s'étaient exprimées: les délégués néerlandais étaient sceptiques à propos du maintien du texte constitutionnel actuel, Nicolas Sarkozy avait évoqué la possibilité de ne retenir de ce texte qu'un «tronc commun», Silvio Berlusconi avait critiqué l'euro (en suscitant des murmures de réprobation). Le Manifeste de Rome est quand même là, et il exprime la voix du Parti qui détient la majorité au Parlement européen, qui préside le Conseil de l'Union et qui est (par les partis nationaux affiliés) à la tête de plusieurs gouvernements. Mais ce n'est pas un texte ne varietur ; il connaîtra encore pas mal de péripéties.

L'essentiel est que le débat ait démarré, mettant fin à ce que certains observateurs avaient qualifié de sieste davantage qu'une pause de réflexion. Cette «sieste» avait quand même été caractérisée par quelques prises de position individuelles parfois significatives comme celles du Premier ministre belge Guy Verhofstadt (en faveur d'une Europe fédérale) ou de Valéry Giscard d'Estaing (pour un traité constitutionnel allégé) ; mais le PPE a été, si je ne me trompe pas, la première force politique européenne organisée à s'exprimer de façon explicite sur les aspects les plus controversés. Maintenant, les initiatives se multiplient, non seulement de la part des mouvements politiques mais aussi d'autres instances, en particulier les autorités locales et régionales et la société civile, qui méritent l'une et l'autre un commentaire spécifique.

Trois chefs de gouvernement estiment que … Restons-en pour aujourd'hui à trois chefs de gouvernement qui se sont clairement exprimés: Wolfgang Schüssel, Guy Verhofstadt et celui qui n'a pas encore pris ses fonctions mais dont la désignation paraît acquise, Romano Prodi. C'est au Congrès du PPE que le chancelier autrichien a réaffirmé que l'Europe «a besoin d'un noyau dur» et «ne pourra pas s'élargir sans arrêt». De son côté, Guy Verhofstadt a réaffirmé et précisé ses convictions dans un texte passionné et ambitieux affirmant que «l'idée des Etats-Unis d'Europe constitue la seule option». Si les Etats membres ne sont pas tous d'accord, l'Europe comprendrait alors deux cercles: au milieu les Etats-Unis d'Europe, véritable «noyau politique», complété par une «organisation des Etats européens», plus vaste et moins intégrée (voir notre bulletin n° 9177).

Les anticipations de Romano Prodi, d'abord devant la presse étrangère à Rome, ensuite dans une interview au Sunday Times, annonçaient son appui à une Constitution simplifiée «axée sur les grands principes», comportant la première partie actuelle, la Charte des droits fondamentaux et éventuellement un protocole social, mais «débarrassée des aspects techniques qui ont effrayé les gens». La discussion de ce texte révisé serait entreprise après les élections en France, sous l'impulsion d'un groupe de pays comprenant Allemagne, France, Espagne, Italie, Belgique et Luxembourg, qui constitueraient une «Europe plus» avec d'autres Etats membres disposés à y participer. Et la Grande-Bretagne ? «Je pense qu'il est difficile de l'inclure parmi les pays qui recherchent une intégration européenne plus forte ». Et les Pays-Bas ? Ici les interprétations divergent: le texte publié semble exclure ce pays, mais, selon un porte-parole de M. Prodi, il y aurait eu un malentendu, voire une «erreur de traduction». Après quoi, le Premier ministre in pectore a déclaré à un journal de son pays que « l'Italie restera dans l'euro», en rappelant que le Financial Times avait en son temps annoncé qu'elle n'y serait pas rentrée et que les faits l'avaient démenti.

(F.R.)

 

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