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Bulletin Quotidien Europe N° 9058
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/sommet informel

Les 25 définissent des domaines d'action prioritaires pour répondre à la mondialisation, malgré des visions parfois divergentes - Accueil mitigé au Fonds « anti-chocs » - Volonté générale d'aboutir en décembre à un accord sur le budget 2007-2013

Bruxelles, 27/10/2005 (Agence Europe) - Après les fortes tensions apparues en juin dernier sur le budget de l'UE pour la période 2007-2013 et le climat de crise créé par le « non » français et néerlandais à la Constitution européenne, Tony Blair a tenté jeudi, lors du Conseil informel de Hampton Court, de rassembler les 25 chefs d'Etat et de gouvernement autour d'un « consensus stratégique » sur la manière de relever les défis de la mondialisation et du vieillissement de la population. Compte tenu des visions parfois divergentes des uns et des autres sur la voie à suivre pour moderniser les différents modèles sociaux existant en Europe, la Présidence britannique semblait avoir choisi une approche plus thématique, ciblant le débat sur quelques thèmes prioritaires où l'UE pourrait aller de l'avant, tels que, par exemple, l'immigration, la politique énergétique ou encore la recherche et l'éducation. Alors que la proposition de la Commission de créer un Fonds d'adaptation à la mondialisation destiné à aider les travailleurs victimes de la mondialisation a suscité des réactions mitigées (voir autre nouvelle), la question des perspectives financières 2007-2013 n'a pas été soulevée en détail (M. Blair souhaitait l'éviter), mais tous ont souligné la nécessité de boucler le dossier en décembre (voir autre nouvelle).

« Il existe un consensus grandissant sur ce que les priorités de l'Union devraient être (pour faire face à la mondialisation). On verra ce soir quel est ce consensus », a commenté à la mi-journée le porte-parole de Tony Blair. « Peut-être n'aurons-nous pas, déjà ce soir, toutes les réponses sur toutes les questions, mais il devrait être possible d'entrer dès aujourd'hui dans un processus » qui doit préparer et faciliter un accord sur le budget en décembre, a estimé le porte-parole. M. Blair devait présenter dans la soirée les résultats de la réunion.

Tony Blair avait ouvert la discussion, jeudi matin, en rappelant que l'objectif de la Présidence britannique était de trouver à Hampton Court un « consensus stratégique » sur la bonne orientation socio-économique à suivre par l'Union européenne pour faire face aux défis de la globalisation. Un tel consensus sur les priorités d'action de l'Europe dans les années à venir permettrait de « créer le bon climat » pour parvenir à un accord sur les perspectives financières en décembre, a-t-il estimé. Il rappelé devant ses collègues « ses » priorités d'action (présentées mercredi au Parlement européen, voir EUROPE n° 9057), à savoir la recherche, le développement et l'innovation, l'énergie, les universités, le problème des migrations et la mondialisation. Il faut une politique commune de l'UE dans ces domaines, a affirmé M. Blair, en insistant notamment sur la nécessité de faire des efforts budgétaires supplémentaires pour la lutte contre le terrorisme et l'immigration illégale. Mettons-nous d'accord sur ces orientations avant de préparer, au cours des deux mois à venir, un accord budgétaire pour décembre, a insisté M. Blair. Il s'est félicité du rapport de la Commission européenne, un rapport qui reprend d'ailleurs largement ses propres priorités, et que le président José Manuel Barroso a présenté in extenso aux dirigeants à Hampton Court (voir plus loin). Le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel, qui assumera la présidence du Conseil européen le 1er janvier 2006, s'est félicité lui aussi du papier de la Commission qui est une « excellente base de discussion », même si l'Autriche n'est pas favorable au Fonds d'adaptation à la mondialisation. L'UE n'a pas seulement besoin de s'entendre sur les actions prioritaires, mais elle doit aussi mieux les expliquer aux citoyens afin que ceux-ci regagnent confiance dans le projet européen. Trouver un accord sur le cadre budgétaire 2007-2013 lors du Conseil européen de décembre sera également crucial dans ce contexte, a estimé le chancelier autrichien. M. Schüssel a aussi plaidé ouvertement pour le retrait de la proposition de directive sur les services, une proposition qui, selon lui, « ne pourra plus être sauvée ». La future Présidence autrichienne veut aller de l'avant avec la « Better Regulation » entamée par la Commission, a aussi indiqué M. Schüssel. Le Conseil européen de printemps 2006 sera focalisé, comme d'habitude, sur des questions économiques (notamment la stratégie énergétique de l'UE, la recherche et l'éducation), tandis que le Sommet de juin devrait traiter avant tout du « défi démographique » de l'UE. Le président français Jacques Chirac a estimé que les Européens parviendront à relever les défis de la globalisation seulement s'ils sont « rassemblés et unis » et « si nous menons les nécessaires réformes tout en restant fidèles à nos valeurs humanistes et à notre modèle social ». M. Chirac a aussi souligné qu'il était « essentiel de réconcilier les Européens avec le projet européen ». Il a été fortement appuyé par le chancelier allemand sortant, Gerhard Schröder, qui a pris soin de préciser qu'il parlait aussi au nom d'Angela Merkel, qui doit lui succéder le 22 novembre. « La question est: l'Europe n'est-t-elle qu'un marché ou est-elle aussi un modèle particulier de société qui combine efficacité économique et solidarité sociale ? », a-t-il demandé. Et d'affirmer que, pour les « continentaux », le modèle n'est « certainement pas » le Royaume-Uni. « Les gens ont de plus en plus l'impression que le marché intérieur ne les protège pas contre la mondialisation sauvage et certains le considèrent même comme un cheval de Troie pour une concurrence internationale accrue », a-t-il averti. « Le libre-échange est la seule manière d'améliorer la compétitivité », a contredit le Premier ministre Anders Fogh Rasmussen.

José Manuel Barroso: face au défi de la globalisation et du vieillissement, il faudra
des actions et des réformes à tous les niveaux

Devant les chefs d'Etat et de gouvernement, José Manuel Barroso a présenté en détail les idées contenues dans le document de la Commission qui a servi de base aux discussions de jeudi (voir EUROPE
N° 9053). Il a rappelé que « l'Europe doit réformer et moderniser ses politiques pour préserver ses valeurs », mais qu'il faut aussi moderniser les instruments au service de ces politiques. L'UE est confrontée à un double défi, a souligné M. Barroso: celui de la mondialisation et du vieillissement démographique, auxquels s'ajoute un facteur de rapidité du changement. Pour relever ces défis, il faudra agir à la fois sur le plan européen et national, ainsi qu'à travers des partenariats entre l'UE et les Etats membres, a dit M. Barroso.

Sur le plan européen, la Commission suggère de: - achever le marché intérieur, y compris au niveau des services, des télécommunications, de l'énergie et des services financiers, et progresser sur le brevet communautaire ; - assurer des marchés plus ouverts et plus justes au sein de l'UE par la mise en œuvre permanente des règles en matière de concurrence et d'aides d'Etat ; - encourager l'esprit d'entreprise, à travers des conditions qui permettent de créer des entreprises et de les faire prospérer (ce qui vaut surtout pour les PME) ; améliorer l'environnement réglementaire, au niveau de l'UE comme au niveau national, pour libérer les entreprises et les citoyens des coûts et de la bureaucratie inutiles, et concentrer la législation européenne sur les domaines dans lesquels elle peut être la plus efficace et dans lesquels elle apporte une valeur ajoutée ;
- obtenir l'ouverture des marchés des pays tiers aux producteurs européens, en particulier grâce à la conclusion d'un accord ambitieux et équilibré dans le cadre du cycle de Doha ; - trouver un accord sur les perspectives financières avant la fin de l'année, et sur un nouveau Fonds d'adaptation à la mondialisation qui pourrait compléter les fonds structurels, et en particulier le Fonds Social Européen, en fournissant une réponse rapide, centrée sur les citoyens, aux problèmes urgents provoqués par la mondialisation ; - assurer le bon fonctionnement de l'UEM en tant que préalable essentiel à la création de croissance et d'emploi ; - améliorer la gouvernance économique européenne et renforcer la coordination des politiques économiques et sociales.

Sur le plan national, M.Barroso a souligné la nécessité de: - mettre en œuvre les réformes et politiques structurelles convenues dans le cadre du renouvellement de la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l'emploi ; - améliorer les taux d'emploi et diminuer le chômage, en particulier grâce à des politiques actives du marché du travail et en encourageant la flexibilité et l'adaptabilité, afin de protéger les personnes plutôt que les emplois ; - adapter la conception des retraites, des soins de santé et des soins de longue durée, pour répondre à l'évolution des besoins et offrir une protection appropriée et un accès universel à des soins de qualité, tout en actualisant la façon dont les risques et les responsabilités sont partagés entre l'État et ses citoyens ; - proposer des solutions novatrices pour les personnes à bas revenus.

Il faut aussi développer un « nouveau partenariat » entre l'UE et les Etats membres pour: - créer un environnement de promotion de l'innovation ; - définir une politique énergétique cohérente à long terme ;
- consacrer davantage de ressources (tant publiques que privées) à l'éducation, à la formation et aux compétences ; - promouvoir le renouveau du dialogue social à tous les niveaux ; - soutenir les efforts visant à traiter les conséquences sociales de la restructuration économique ; - augmenter la coopération entre les Etats membres pour renforcer l'efficacité et la durabilité des systèmes fiscaux en aidant à garantir davantage de rentrées fiscales, en simplifiant la vie des contribuables, et en améliorant la performance de l'économie. Tout ceci signifie qu'il faut moderniser et simplifier les systèmes actuels.

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