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Bulletin Quotidien Europe N° 8941
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'UE et les Balkans: quelques points d'interrogation

L'implication croissante de l'UE dans les Balkans occidentaux est une bonne nouvelle. Depuis qu'elle a accompli des pas significatifs sur la voie de sa politique extérieure et de défense commune, et avec la perspective de progrès radicaux si la Constitution est approuvée, l'Union assume progressivement toutes les responsabilités, aussi bien « sur le terrain» que par l'approfondissement constant de ses liens avec les pays concernés. Avec la Croatie, la décision d'ouvrir les négociations d'adhésion est prise ; avec la Serbie-Monténégro, les négociations d'un accord d'association vont s'ouvrir assez rapidement ; avec d'autres, le chemin est plus lent mais déjà dessiné. Ces perspectives déterminent partout dans la région les progrès vers la démocratie, la recherche de solutions pacifiques aux divergences qui subsistent, les efforts de relance économique. Sans l'Union, la zone balkanique serait encore une poudrière.

Croatie: ne pas oublier l'essentiel. La constatation qui précède ne signifie pas que toutes les initiatives et prises de position de l'UE soient convaincantes. J'ai déjà eu l'occasion d'exprimer quelques perplexités sur le fait que le moment d'ouvrir les négociations d'adhésion avec la Croatie est, en pratique, dans les mains de Carla del Ponte (voir cette rubrique dans le bulletin n. 8919). L'évaluation doit être, à mon avis, politique et globale. Certes, les responsables de crimes de guerre doivent être poursuivis et condamnés, mais sans oublier l'essentiel. Pour la Croatie, les négociations d'adhésion représentent un tournant historique, impliquant l'engagement permanent à ne plus jamais utiliser les armes contre ses voisins, à consolider la démocratie et l'Etat de droit, à protéger les minorités en reconnaissant leurs droits.

Le Monténégro peut-il choisir ? Sur d'autres aspects, la position de l'UE me paraît trop péremptoire. Je voudrais comprendre sur quoi se fonde l'acharnement à considérer comme essentielle et définitive l'union entre la Serbie et le Monténégro. Et si les peuples concernés donnaient la préférence à d'autres formules? Pourquoi ne pas leur laisser le choix? Ne risque-t-on pas de répéter l'expérience de la Bosnie-Herzégovine, où il apparaît de plus en plus que la formule compliquée de l'Etat multiethnique telle qu'elle a été définie, avec trois armées, trois systèmes sanitaires, trois politiques économiques, ne fonctionne pas, et dont le caractère durable est douteux? À propos du Monténégro: je me trompe peut-être, mais le degré d'autonomie par rapport à la Serbie me paraît moins important que d'autres éléments, comme obtenir que l'activité économique du pays ne soit plus fondée en grande partie sur la contrebande de cigarettes ou les fraudes sur le sucre. Qu'est-ce qui m'échappe dans ce dossier?

Le casse-tête du Kosovo. Ma perplexité principale concerne la manière péremptoire dont certaines institutions communautaires, en premier lieu le Parlement européen (ainsi d'ailleurs que le « groupe de contact » de l'OTAN), excluent a priori pour le Kosovo la solution de l'indépendance ou d'un partage d'une partie du territoire avec la Serbie. Pourquoi? Pourquoi considérer que la coexistence de différentes ethnies, protégée par le «respect des minorités», représente la seule formule acceptable, comme hier dans le cas de la Bosnie ? L'histoire nous apprend que parfois des solutions «politiquement correctes», satisfaisantes en théorie, peuvent en pratique provoquer des conflits et des désastres plus tard, si elles n'ont pas l'appui des populations. Je m'interroge avec d'autant plus de bonne conscience qu'entre-temps la commission internationale présidée par Giuliano Amato a diffusé le rapport sur le Kosovo qui lui avait été demandé par plusieurs grandes fondations européennes et américaines, et ses conclusions sont éloignées de ce que l'on peut comprendre de la position de l'UE. M. Amato lui-même a expliqué que sa commission, en estimant que le status quo est dangereux et insoutenable, a choisi une formule progressive, à appliquer avec prudence et précautions, mais qui, en définitive, aboutirait à l'autonomie du Kosovo et son adhésion à l'UE en tant que pays indépendant à l'horizon 2014. Par étapes, bien entendu: un Sommet européen en 2006 définirait le chemin vers l'adhésion de tous les pays de la région ; le Kosovo aurait d'abord une «indépendance sans souveraineté» qui devrait apporter la preuve de son respect de la minorité serbe ; son adhésion serait prévue pour 2014, centième anniversaire de l'assassinat de Sarajevo qui a déclenché la première guerre mondiale.

Rêve d'un idéaliste ? Je n'en sais rien. Je dis seulement que personne ne devrait imposer dès maintenant «sa» formule magique. La semaine dernière, le Sénat belge a organisé un débat sur l'avenir du Kosovo en invitant notamment les autorités locales et serbes. Le président kosovar Ibrahim Rugova était là, et il a parlé d'indépendance et de viabilité économique. Mais le débat n'a pas été contradictoire, car l'ambassadeur de Serbie avait refusé d'y participer en estimant que les organisateurs avaient laissé trop de place à M. Rugova. Pas de résultat concluant, donc, mais l'initiative belge indique la voie du dialogue.

(F.R.)

 

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