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Bulletin Quotidien Europe N° 8779
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Les dernières semaines de la Commission Prodi ne seront pas une "fin de règne" paisible - Décisions difficiles, héritage lourd pour la Commission Barroso

Ne l'effaçons pas trop vite. Ayant consacré la semaine dernière trois commentaires à la mise en place et à certaines priorités de la Commission Barroso (et la série est loin d'être terminée, j'y reviendrai bientôt), je dois quand même souligner qu'il ne faut pas oublier que la Commission Prodi est toujours là et qu'elle exercera encore, pendant presque deux mois, la totalité de ses fonctions. Ne l'effaçons pas trop vite! Elle vient de prendre position sur l'application assouplie du Pacte de stabilité et, pendant les quelques semaines qui lui restent, elle doit se prononcer sur des dossiers aussi importants et délicats que l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie. Dans les domaines relevant de sa compétence exclusive, elle devrait prendre des décisions difficiles telles que, par exemple, la poursuite de la procédure d'infraction à l'égard du régime sociétaire de Volkswagen. En outre, et surtout, certains Commissaires laisseront en héritage à leurs successeurs des dossiers qui ont échauffé les esprits avant même d'être débattus au sein du Conseil et du Parlement européen ; il suffira de citer le projet Bolkestein pour l'ouverture du marché des services, le projet Monti en faveur d'une plus large concurrence dans les professions libérales aujourd'hui rigoureusement encadrées et le projet Fischler pour la réforme du marché du sucre.

Trois anciens Commissaires sur 25. Ces héritages sont d'autant plus significatifs qu'il n'y aura pas de véritable continuité personnelle entre la Commission Prodi et la Commission Barroso. Trois seulement des Commissaires actuels feront partie de cette dernière: M.Verheugen et Mme Wallström en tant que vice-présidents et Mme Reding (je ne parle pas de ceux qui font partie de la Commission Prodi depuis quelques semaines à peine), alors que s'effaceront de l'horizon communautaire des personnalités qui ont marqué les dernières cinq années de la vie de l'Europe: Pascal Lamy et Mario Monti (plébiscités à plusieurs reprises l'un et l'autre par la presse), Antonio Vitorino, unanimement apprécié (c'est rare), Loyola de Palacio, Franz Fischler, Frits Bolkestein et ceux qui après des débuts quelque peu en sourdine ont acquis de l'assurance et de l'autorité, comme Michaele Schreyer et Philippe Busquin. Même s'il est prévisible (et souhaitable) que, dans la future Commission, la collégialité soit davantage marquée, des différences d'orientation et de comportement apparaîtront sans doute entre les Commissaires actuels et leurs successeurs. Pour ne citer qu'un exemple, il serait étonnant que le prochain responsable du marché intérieur et des services, Charlie McCreevy, fasse preuve du même libéralisme radical auquel Frits Bolkestein est resté fidèle jusqu'à la fin malgré les quelques désaveux que lui ont infligés le Parlement européen ou la Cour de justice. Mais essayer d'anticiper aujourd'hui les intentions et orientations des nouveaux Commissaires serait un exercice vain car, avant la fin du mois, ils commenceront à défiler eux-mêmes devant le Parlement européen, et ils nous en diront bien davantage. Et ce sera l'occasion d'en parler en détail.

Trois sujets à traiter en détail. Je reviens donc aux dernières semaines de vie de la Commission Prodi. L'actualité européenne et le calendrier communautaire empêchent que ces semaines puissent avoir le caractère d'une « fin de règne » paisible et sans heurts. Presque tous les dossiers que j'ai cités dans le premier paragraphe méritent un commentaire spécifique. Je ferai dans les prochains jours quelques observations sur l'initiative concernant le Pacte de stabilité (exposée dans notre bulletin du 4 septembre, pp.7 et 8). Je présenterai en détail l'ouverture par Pascal Lamy (le 15 septembre) des nouvelles idées sur la politique commerciale connues sous les termes de "préférences collectives", c'est-à-dire les préférences de la collectivité. Et j'entends revenir aussi sur le dossier politiquement le plus brûlant, celui de l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie. Le débat s'amplifie avec des arguments supplémentaires dans un sens comme dans l'autre, et on a de plus en plus l'impression que toute formule radicale en faveur ou contre les négociations risque de provoquer une fracture très grave entre les Etats membres, entre les forces politiques et même entre les opinions publiques. Il faut essayer de dépasser le simplisme d'un "oui" ou d'un "non" et articuler davantage la réponse. Je m'efforcerai d'apporter prochainement quelques indications visant à suggérer qu'une attitude plus nuancée n'est pas impossible.

(F.R.)

 

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