login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8777
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Commission Barroso: deux règles de conduite et un point d'interrogation

Le pari de l'équilibre peut être gagné si… Je vais compléter, pour le moment, les quelques considérations préliminaires développées hier à propos de la mise en place de la Commission Barroso. La structure décidée par son président ne doit pas être évaluée en fonction de la nationalité des Commissaires auxquels tel ou tel portefeuille a été attribué. À l'aune de ce critère, rien ne pourrait corriger le déséquilibre de base résultant du fait que les cinq pays réunissant les 70% de la population de l'Union (et encore davantage de sa richesse et de sa puissance) ne disposent que de cinq Commissaires sur vingt. C'est seulement en se fondant sur le postulat que les Commissaires ne représentent pas leur pays d'origine mais agissent dans l'intérêt européen, que la règle « un Commissaire de chaque nationalité » est acceptable. À la lumière de l'expérience du passé et de ce que l'on sait des intentions et de l'état d'esprit des nouveaux Commissaires, le pari de l'équilibre peut être gagné, si certaines règles de conduite sont respectées et si le point d'interrogation qui, à mon avis, subsiste trouve une réponse satisfaisante.

La première règle a déjà été affirmée par M.Barroso: le renforcement de la collégialité. Aucun Commissaire ne devrait avoir une exclusivité dans le domaine de sa compétence, aucune initiative ne devrait résulter essentiellement de ses opinions personnelles ; le caractère collégial devrait être clair et opérationnel dès les travaux préparatoires de chaque document. La deuxième règle devrait consister à éviter de procéder à des votes à propos des ressources financières futures de l'Union. Vu le déséquilibre de sa composition, ce n'est pas par la force du nombre que la Commission pourrait proposer d'alourdir la charge des Etats membres « contributeurs nets » ; ce serait inefficace et irresponsable. Dans ce domaine, la Commission Prodi, grâce notamment aux travaux de Michel Barnier et de Michaele Schreyer, a fait le maximum aussi bien à propos de la nouvelle politique de cohésion que des nouvelles perspectives financières pluriannuelles. La Commission Barroso aura la responsabilité de maintenir le cap et de soutenir, avec l'appui du Parlement européen et d'autres forces politiques, les projets qui sont sur la table dans un domaine qui relève essentiellement des Etats membres.

Sauvegarder l'essentiel. Le point d'interrogation concerne le remplacement du couple Pascal Lamy - Franz Fischler dans la tâche essentielle de maintenir un équilibre raisonnable entre l'ouverture commerciale aux pays tiers et la sauvegarde à la fois de la nature et de l'équilibre territorial de notre continent, de ses traditions et de son identité. Cet équilibre, Lamy et Fischler l'avaient trouvé, en combinant avec détermination et courage une politique commerciale audacieuse (parfois presque visionnaire en faveur des pays pauvres) avec la réforme de la PAC, avec le maintien de l'activité agricole en Europe et avec la relance des zones rurales (qui représentent l'essentiel du territoire européen). Peter Mandelson et Else Mariann Fischer Boel, lui britannique et elle danoise, auront-ils la même sensibilité et la même compréhension à l'égard d'un aspect vital de notre civilisation ? Le Livre blanc sur la politique commerciale que le gouvernement britannique a publié en juillet dernier, dans la perspective de sa prochaine présidence du Conseil (voir notre bulletin du 17 juillet, page 11), n'est pas du tout rassurant: on y retrouve les slogans banals et la démagogie galopante de qui n'a jamais réfléchi au rôle et à la signification de l'activité agricole pour l'Europe. On a par moment l'impression que certains responsables politiques britanniques raisonnent encore selon le schéma de l'ancien Empire, lorsque le Royaume-Uni importait des pays du Commonwealth les matières premières et les produits alimentaires en échange de ses produits manufacturés, et que la responsabilité de son équilibre écologique était surtout confiée aux forêts, aux parcs et aux jardins. Organisation admirable et impériale mais qui n'est plus d'actualité. En Europe continentale, c'est l'activité agricole qui a façonné les paysages, sauvegardé partiellement la biodiversité et déterminé les modes de vie et les traditions. Et, dans le monde tel qu'il est, il serait irresponsable d'oublier l'exigence d'assurer l'autonomie alimentaire de l'Europe (qui de toute manière est, de loin, le principal importateur mondial de produits agricoles, surtout en provenance des pays pauvres, et qui le restera). Or, la politique commerciale et agricole préconisée à Londres provoquerait la disparition des quatre cinquièmes des exploitations agricoles actuelles de l'Union, avec des dommages irréparables non seulement écologiques mais aussi sociaux. Une telle politique serait en outre ruineuse pour les pays pauvres du monde, car le marché européen serait entièrement conquis par la production agricole de pays riches ou émergents. On nous assure que M. Mandelson est un européen convaincu; à lui de le prouver.

Une Commission soucieuse des destins de l'Europe ne peut pas négliger ces aspects et ne doit pas répéter certaines erreurs du passé dont l'UE paye encore la lourde note. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES