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Bulletin Quotidien Europe N° 8706
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Pour une solution à Chypre sous l'égide de l'Union européenne

Le moment de l'amertume est dépassé. Le ciel s'est quelque peu éclairci à propos de la situation de Chypre en tant que pays membre de l'Union européenne, même si certaines questions fondamentales que j'avais posées dans cette rubrique du 5 mai attendent toujours des réponses claires. L'élément positif réside dans les prises de position des autorités gréco-chypriotes et dans les déclarations de représentants de forces politiques et de la société civile, affirmant que le rejet du plan Annan par les trois quarts de la population de la République de Chypre ne doit pas être compris comme le refus de la réunification de l'île et même pas du plan dans son ensemble, mais qu'il visait exclusivement certains aspects spécifiques de ce plan. Le président Tassos Papadopoulos l'avait affirmé dès que le résultat du référendum avait été connu. Voici le texte intégral de sa déclaration: "le peuple de Chypre, pleinement conscient de sa responsabilité historique pour le futur et de son devoir d'assurer une solution fonctionnelle et viable pour les générations à venir, n'a pas accepté le plan proposé. La volonté du peuple souverain ne doit pas être mal comprise. Le peuple n'a pas dit 'non' à une solution, il a dit 'non' à un plan spécifique. Nous voulons la réunification de Chypre dans des conditions de sécurité pour les deux communautés, sauvegardant les droits de l'homme et les libertés fondamentales."

Cette déclaration n'avait pas eu beaucoup d'écho, car il était connu que M.Papadopoulos avait fait de son mieux afin que le plan soit rejeté, avec des arguments qui n'avaient pas beaucoup à voir avec les droits de l'homme et les libertés fondamentales. Des envoyés spéciaux de la presse européenne avaient fait état d'une campagne de désinformation fondée sur des arguments bien différents de ceux cités dans la déclaration du président: on faisait croire à l'opinion publique que le plan Annan aurait empêché la flotte chypriote de passer librement par le détroit du Bosphore, que tous les colons turcs seraient restés dans l'île, qu'un tiers des fonctionnaires de l'administration auraient perdu leur emploi en cas de réunification… Et on connaît les protestations du Commissaire Günter Verheugen et du représentant de l'ONU pour ne pas avoir eu la possibilité de s'exprimer à la télévision chypriote. Mais le moment de l'amertume est dépassé, M.Verheugen lui-même a rappelé que les Turcs avaient eu, en leur temps, de lourdes responsabilités pour l'absence de solution, et la tendance va désormais dans le sens de ne pas considérer l'échec comme définitif et de rechercher une solution permettant que l'adhésion de toute l'île à l'UE ne soit pas une fiction juridique mais devienne une réalité. Pour utiliser une terminologie à la mode, le moment est arrivé de "raisonner positif".

L'exemple a été donné par le rapporteur du Parlement européen Jacques Poos, socialiste luxembourgeois, qui, le 4 mai, a déclaré en session plénière à Strasbourg: "Je reste convaincu que les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs peuvent et veulent vivre ensemble. Si la volonté existe, il existe aussi un chemin pour y parvenir. Ce chemin, c'est le dialogue intercommunautaire renouvelé sous l'égide de l'Union européenne. Si le référendum a échoué, c'est peut-être parce que les électeurs se sont sentis brusqués et que le temps des explications était trop court, et il a été accaparé par des slogans nationalistes. Maintenant, il importe que les Chypriotes se tournent vers un débat approfondi sur leur avenir commun. Je lance donc un appel à la Commission et au Conseil pour qu'ils passent l'éponge sur la déception légitime. Il ne faut pas rester les bras croisés. Il faut reprendre l'initiative car l'unification de Chypre est maintenant un problème européen."

Une déclaration qui va loin. J'ai l'impression que cette brève déclaration de M. Poos va plus loin qu'il n'y pourrait paraître. En affirmant que la réunification de Chypre est désormais un "problème européen", et que le dialogue entre les deux communautés chypriotes devrait se dérouler sous l'égide de l'UE, il pose, avec prudence, le problème de savoir s'il est justifié que des forces armées de deux pays (la Turquie et la Grèce) restent, pour une durée indéterminée, sur le territoire de Chypre (même s'il est prévu que leur présence se réduise progressivement), et que la Turquie garde un "droit d'intervention" si l'ordre constitutionnel n'est pas respecté à l'avenir. En tant que membre de l'Union, Chypre disposera des garanties européennes, y compris, le moment venu, la clause de solidarité et la clause de "défense commune" (prévues dans le projet de Constitution), et sera liée par les engagements européens concernant les droits de l'homme, les droits des minorités, etc. Ce n'est pas suffisant? Le plan Annan ne serait-il pas à réviser à propos de la présence de forces armées étrangères? Et un mécanisme de contrôle ne pourrait-il pas être envisagé à propos du nombre de colons turcs autorisés à rester sur l'île, et du départ effectif des autres?

Ces perspectives présupposent, bien entendu, que tous les citoyens de l'île unifiée aient le sentiment profond d'être Chypriotes avant d'être Grecs ou Turcs. Leurs concitoyens sont les Chypriotes de l'autre communauté ethnique, et non les citoyens de Grèce ou de Turquie, de l'autre côté de la mer. C'est l'un des points que j'avais soulevés le 5 mai. Il est vital, sinon toutes les perspectives changent. (F.R.).

 

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