Bruxelles, 18/02/2004 (Agence Europe) - Certains membres du Parlement européen ont réagi très vivement à la tenue d'un Sommet tripartite très etoffé, mercredi à Berlin, entre Allemagne, France et Royaume-Uni. L'élu de la CDU Elmar Brok, président de la commission des Affaires étrangères, s'indigne de l'intention attribuée à Chirac, Schröder et Blair de proposer que la prochaine Commission européenne se dote d'un "super-Commissaire" qui superviserait les principaux dossiers économiques (voir EUROPE d'hier, p.5). "Ces messieurs feraient mieux de s'occuper de l'échec de la CIG", lance M. Brok dans un communiqué, en estimant qu'une décision préliminaire sur la composition de la Commission "équivaut à dépouiller le Président de la Commission de ses pouvoirs"
Quant au Président du groupe libéral Graham Watson, il concède que le fait que France, Royaume-Uni et Allemagne aspirent à une coordination européenne plus étroite "pouvait être dans le temps une raison de satisfaction", mais il s'empresse d'ajouter: cependant, le ton des trois leaders est aujourd'hui "défensif (...). Les pseudo-pionners de Berlin semblent davantage préoccupés de préserver leurs prérogatives que de fournir des orientations pour l'UE (...). Plutôt que d'essayer de peser de tout leur poids au Conseil au détriment des pays plus petits, les trois seraient bien avisés de faire preuve de leadership en donnant l'exemple".
Les trois capitales ont évidemment démenti toute velléité de créer des directoires. A Berlin, on rappelle par ailleurs qu'il est clair que ce sera au prochain Président de la Commission européenne de décider de la distribution des différents portefeuilles aux Commissaires. Et Andrew Smith, ministre de l'Emploi et des Retraites, qui accompagne Tony Blair à Berlin, a dit, selon Reuters: cela n'a pas de sens de parler de directoire, "dans une Union à 15, et bientôt à 25, ce serait surprenant si différents groupes de gens ne se rencontraient pas de temps en temps".
Qu'à cela ne tienne, Silvio Berlusconi a affirmé que le Sommet est un gros "gâchis", en ajoutant: "cette opinion est partagée par la presque totalité des autres pays européens, en dehors des trois intéressés". (Rappelons que le Premier ministre italien a signé avec cinq autres chefs de gouvernement une lettre à la Présidence irlandaise et à la Commission européenne en vue du Conseil européen de printemps: voir EUROPE d'hier, p.8. Par ailleurs, le Corriere della Sera indique que le ministre italien de la Défense Antonio Martino a été invité à préparer "une réponse positive" au projet franco-germano-britannique sur une force européenne d'intervention rapide - tentative évidente de se rapprocher des "Trois").
Le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, au contraire, avoue: "Je n'ai rien contre, et cela ne me préoccupe pas" ; le Danemark participe d'ailleurs à d'autres réunions avec d'autres Etats membres. Devant la presse, il a déclaré: il ne doit pas y avoir des groupes de grands pays contre les petits, du nord contre le sud ou de l'est contre l'ouest, mais les trois pays ont dit qu'ils "souhaitaient avoir le droit d'échanger leurs points de vue avant les grandes réunions de l'Union européenne, et je pense que c'est naturel".
En Espagne, le Secrétaire du PSOE pour la politique internationale Manuel Marin (ancien Commissaire européen) a dit mardi à Oviedo, selon EFE: qu'en est-il de l'axe Londres-Madrid? "Probablement demain, on commencera à voir que c'est mieux d'être à Berlin qu'aux Açores" (allusion à la rencontre sur la crise irakienne, en mars 2003 aux Açores, entre George Bush, Tony Blair et José Maria Aznar).