La Commission européenne a diffusé sur son site, en plusieurs langues, le document du Président Romano Prodi appelé "L'Europe: le rêve, les choix". Il s'agit un document sur l'avenir de l'Europe et non pas d'un "manifeste" politique, a assuré la semaine dernière un porte-parole de la Commission à propos de ce texte qui a obtenu des soutiens mais a aussi suscité des critiques même violentes, en Italie comme dans les institutions européennes, plus pour le moment de sa présentation que pour son contenu (voir en particulier EUROPE du 13 novembre, p.5, et du 14 novembre, p.4). Nous reproduisons intégralement ce texte dans EUROPE/Documents (en français, anglais, allemande et italien).
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L'EUROPE: LE RÊVE, LES CHOIX
« Unis, nous pouvons proposer un projet politique fort, nous pouvons redonner confiance à ceux qui contemplent avec inquiétude les grands changements du monde d'aujourd'hui, nous pouvons être les artisans d'une action internationale à visage humain.
Unis, nous pouvons apporter une réponse nouvelle à la crise de la politique et de la démocratie. »
L'Europe est un rêve et un projet.
C'est le rêve d'un monde plus libre, plus juste et plus uni.
C'est le projet que nous voulons concrétiser jour après jour.
Conscients de notre histoire, nous regardons le monde l'esprit ouvert, avec l'ambition d'en être à nouveau les acteurs.
Pour l'Europe, voici venu le temps des choix.
1. Les défis du vingt-et-unième siècle
Il est des moments dans l'histoire où les peuples sont appelés à faire des choix décisifs. Pour nous Européens, en ce début du vingt-et-unième siècle, l'un de ces moments est arrivé.
Ce qui nous l'impose, ce sont les phénomènes de grande ampleur qui changent le monde et l'Europe et nous lancent de nouveaux défis.
La mondialisation
Les progrès et les innovations dans les transports et les communications provoquent une révolution analogue à celle suscitée, il y a cinq cents ans, par la découverte de l'Amérique. La terre est devenue à la fois plus grande et plus petite.
Plus grande, parce qu'il n'y a plus de frontières à la circulation des marchandises, des personnes, des idées, des images.
Et plus petite, parce que rien de ce qui se passe n'est sans conséquence pour les intérêts ou les consciences de chacun d'entre nous.
Chacun étant trop petit pour garantir seul la sécurité et le bien-être de leurs ressortissants, les États européens devront choisir entre continuer à défendre une dimension qui ne correspond plus à notre époque ou réunir leurs forces en une entité telle que l'Union européenne, plus ambitieuse, plus forte et mieux à même de s'affirmer.
Tout comme les États, les entreprises et les citoyens devront aussi choisir de s'ouvrir à la nouveauté ou de se replier sur la défense de l'ordre ancien.
Aujourd'hui comme il y a cinq siècles, les peuples qui relèveront le défi seront ceux qui sauront le mieux s'adapter aux dimensions du monde.
L'innovation technologique
L'innovation technologique transforme nos habitudes personnelles et quotidiennes, elle remet en question les systèmes de production et d'échange, elle fait évoluer très rapidement les relations et les rapports de force entre les différentes régions du monde.
L'Europe se trouve dans une position de faiblesse préoccupante face à une Amérique à la pointe de l'innovation, mais également face à des pays, comme l'Inde et la Chine, qui allient le faible coût du travail à une grande capacité d'absorber les nouvelles technologies.
L'évolution démographique
Dans nos pays, on vit de plus en plus longtemps mais il naît moins d'enfants, même si certaines données très récentes peuvent faire espérer que la situation est en train de changer.
Si nous n'agissons pas à temps, nous vivrons dans une Europe dont la population sera moins nombreuse et nettement plus âgée.
C'est une perspective qui nous oblige à repenser l'ensemble de nos politiques, tant celles de la famille, du travail, de la prévoyance et de la sécurité sociale que celles de l'éducation, des budgets publics, de l'immigration.
Si nous renvoyons le problème aux générations futures ou si nous ne l'abordons que sous l'angle, capital certes, de la pérennité des régimes de prévoyance, nous ferons un choix irresponsable et voué à l'échec.,
La dégradation de l'environnement
La dégradation de l'environnement naturel est en train de changer littéralement la terre sous nos pieds. Nous consommons sans discernement l'eau, l'air, la terre et l'énergie.
Nous sommes en train d'anéantir la beauté de l'Europe, fruit d'une nature généreuse et de siècles de travail et de génie artistique.
Si nous ne faisons pas de la défense de l'environnement une priorité absolue en incluant les «raisons de la nature» dans toutes nos politiques, nous appauvrirons irrémédiablement nos sociétés.
Chaque génération a le devoir moral de laisser à celles qui la suivront la possibilité de vivre une vie meilleure.
En nous désintéressant de l'environnement, nous manquons à ce devoir d'humanité.
Les démocraties à bout de souffle
Nos démocraties vivent dans une situation de fatigue de plus en plus manifeste.
Elles ont du mal à résister aux pressions qui découlent des intérêts organisés, à empêcher que les moyens d'information, qui servent à contrôler l'exercice du pouvoir, ne soient utilisés pour conditionner et dominer la politique et la société tout entière; elles ont du mal à répondre à la demande de participation d'hommes et de femmes, qui ne trouvent pas le moyen de faire entendre leur voix et auxquels les seuls rendez-vous électoraux ne suffisent plus.
Le fossé entre le Nord et le Sud
Face aux déséquilibres durables entre le Nord et le Sud, aux terribles conditions de vie éprouvées par des populations tout entières, nous ne pouvons rester indifférents.
C'est une question de justice.
Le choix individuel d'hommes, de femmes et de familles entières, qui affrontent la douleur et les risques de l'émigration, et la défense toujours plus déterminée par les pays pauvres de leurs intérêts commerciaux, envoient aux nations et aux sociétés plus riches un signal qui ne peut être ignoré.
La force de l'Europe
Il n'est pas facile de réagir à ces grands changements.
La difficulté des choix est cependant égale à l'ampleur des opportunités qui s'offrent grâce aux progrès de la science et des techniques de communication, à l'ouverture des échanges, à la diffusion progressive à l'échelle mondiale de la démocratie et de la liberté.
Pour saisir ces opportunités, nous pouvons compter, en Europe, sur d'extraordinaires atouts.
Avec des échanges pratiquement égaux à ceux des États-Unis et du Sud-est asiatique confondus, nous disposons actuellement d'une puissance commerciale sans pareille, et avec une population qui comptera cinq cents millions de personnes, nous disposerons d'un marché de consommateurs qui représentera pratiquement le double du marché américain.
Nous avons une monnaie commune, l'euro, qui s'impose face au dollar sur les marchés financiers internationaux, et un réseau de petites et moyennes entreprises que le monde entier nous envie.
Nous avons prouvé dans des secteurs aussi différents que l'industrie aéronautique ou la téléphonie mobile, que nous sommes capables de nous situer au sommet de l'échelle mondiale.
Nous avons acquis, en cinquante ans de construction européenne, une expérience politique et institutionnelle qui nous a permis de faire passer notre Union de six à vingt-cinq membres et demain peut-être à plus de trente, et qui constitue l'exemple le plus réussi et le plus extraordinaire de démocratie supranationale.
Nous disposons dans nos pays, dans nos régions, dans nos villes d'une richesse et d'une diversité d'histoires, de cultures et de traditions, sans pareilles.
2. Nos valeurs
Justice et liberté, justice en tant que liberté
Si tels sont les défis du vingt-et-unième siècle, quelle est notre vision de l'Europe? Quelles sont nos valeurs?
Quel type de société imaginons-nous pour l'avenir?
Ce sont des questions auxquelles nous ne pouvons nous soustraire car des réponses à ces questions dépendront nécessairement nos choix.
Il en est ainsi depuis le début de la construction européenne.
Bien que l'économie ait été le ciment qui a progressivement uni et solidarisé nos pays, derrière tout objectif économique, derrière tout pari pris dans le domaine de l'économie, il y a toujours eu une inspiration politique claire et consciente et un choix de valeurs limpide.
Dans les années cinquante, réunir le charbon et l'acier signifiait avant tout enlever à chaque nation la libre disposition de ce qui était alors les matières premières essentielles à la guerre.
Dans les années quatre-vingt, lancer et réaliser progressivement le projet de marché unique répondait à la volonté d'unir indissolublement, par le biais de l'économie, le destin des pays européens.
Dans les années quatre-vingt-dix, après la chute du mur de Berlin, le pari sur la monnaie unique a reflété
- je peux le dire par expérience personnelle - non pas un projet «de banquiers», mais la volonté, entièrement et explicitement politique, d'accélérer l'unification de l'Europe et de la rendre irréversible.
Aucune de ces grandes décisions n'aurait jamais été prise sur la base d'un calcul purement économique.
De Monnet, Schuman, Adenauer et De Gasperi à Mitterrand et Kohl et aujourd'hui encore, l'élément décisif a toujours été typiquement politique. Le ressort a toujours été une vision partagée et profondément sentie de l'Europe.
Pour une Europe qui, après cinquante ans de maturation, a atteint des dimensions et une complexité telles qu'elle ne peut plus désormais se réfugier dans des projets unidimensionnels, est-t-il encore possible d'élaborer une vision du présent et de l'avenir assez soudée et assez forte pour inspirer des choix cohérents et significatifs?
Je réponds que oui. Parce notre vision du présent et de l'avenir de l'Europe repose sur certaines valeurs fondamentales et partagées.
Je pense à une Europe de justice.
Par justice, j'entends la liberté pour chacun et pour l'ensemble des citoyens.
La liberté offerte à chaque homme et à chaque femme de donner le meilleur de soi, de profiter le plus équitablement possible de la réelle opportunité de construire en pleine dignité une vie pour soi et sa famille, de se sentir un élément actif d'une communauté et d'une démocratie vivantes, d'avoir un emploi, de vivre dans un milieu agréable, d'être protégé des risques les plus graves que fait encourir l'existence.
Chacun de ces éléments conditionne les autres et est conditionné par eux.
Le plein exercice des libertés politiques est nécessaire à la protection des droits sociaux et des opportunités économiques.
La jouissance de biens «sociaux», tels que l'instruction, la santé, la justice et la sécurité conditionne les possibilités de réussite économique.
Vivre dans une société qui applique activement des politiques en faveur de l'environnement et des régions les plus pauvres du monde peut contribuer, surtout pour les jeunes, à faire naître un sentiment d'appartenance à la communauté qu'il ne faudrait sinon pas escompter.
La justice, comprise comme liberté d'exprimer sa propre humanité, englobe tous les aspects de la vie; c'est une valeur, un objectif, qu'il faut comprendre et poursuivre dans son ensemble.
La paix
Europe de liberté et de justice, entendue donc avant tout comme une aspiration, voire comme un droit à la paix.
Parce que la guerre est le concentré de tous les maux.
Parce que, après les horreurs de la seconde guerre mondiale et de la Shoah, la quête de la paix a été la raison première et essentielle du projet d'une Europe unie.
Parce que la paix entre des nations et des peuples qui s'étaient toujours combattus est le plus grand et le plus extraordinaire succès de l'aventure européenne.
L'aspiration à la paix reste encore aujourd'hui une caractéristique essentielle de l'idée même de l'Europe, de cette conception de la vie et des relations entre les peuples que nous, Européens, reconnaissons spontanément comme la nôtre.
Personne aujourd'hui ne jugerait réaliste le risque d'une guerre entre la France et l'Allemagne ou entre l'Italie et l'Angleterre
Cela ne veut pas dire que le thème de la paix est dépassé.
Au contraire, c'est la preuve la plus manifeste de ce que nous avons réalisé d'extraordinaire au cours de ces cinquante dernières années. Les hommes et les femmes nés après 1945 sont les premiers Européens de l'histoire qui pourront dire qu'ils ont vécu sans jamais voir leurs terres et leurs familles touchées par la guerre, les premiers de toute l'histoire.
Pour ma part, la guerre je m'en souviens, même si je ne l'ai que très peu connue.
Et cela avait été la même chose pour mon père, pour mon grand-père et pour toutes les générations qui les ont précédés.
«Jamais plus la guerre», comme l'ont dit et voulu les pères fondateurs de l'Europe; et c'est ce qui est arrivé.
Pour certains, les appels à la paix lancés aujourd'hui dans le cadre de l'Europe, semblent vides et rhétoriques.
Je ne crois pas que ce soit le cas.
Je ne le crois pas car le souvenir des horreurs et des massacres de la guerre livrée à deux pas de chez nous, en Croatie, en Bosnie et au Kosovo, est encore bien présent à nos esprits.
Et parce que, à une époque encore plus proche de nous, lorsqu'il s'agissait d'une autre guerre dans un pays proche de l'Europe - et je me réfère bien évidemment à l'Irak - des millions d'hommes et de femmes, et surtout de jeunes, ont réalisé que c'était leur avenir, l'avenir de la société dans laquelle ils vivaient et avaient vécu, qui était en jeu.
Et les rues et les places de nos villes, de toutes nos places et de toutes nos villes, quelles que soient la tendance et la politique des différents gouvernements, se sont remplies des drapeaux arc-en-ciel de la paix.
La démocratie
Une Europe de justice, fondée sur la liberté de chacun de jouir véritablement et pleinement de ses droits démocratiques.
Il peut sembler étrange que je parle de la démocratie comme d'une valeur qui doit être réaffirmée dans nos sociétés européennes, où l'état de droit est un fait établi.
Tel n'est cependant pas le cas.
La démocratie n'est pas un prix que l'on conquiert une fois pour toutes.
Elle est une plante délicate, qui requiert des soins quotidiens.
D'autres sociétés, enclines à considérer l'inégalité comme le corollaire naturel de la capacité et de l'engagement individuels et comme le nécessaire moteur de la croissance, peuvent accepter comme inhérent à leur nature le phénomène de la marginalité sociale.
D'autres peuvent tolérer qu'une partie importante de leurs citoyens soient de fait exclus de la vie démocratique.
L'Europe a d'autres traditions, d'autres valeurs, d'autres ambitions.
L'Europe que nous voulons a besoin d'une citoyenneté active.
Cette Europe ne pourrait exister sans être fondée sur une démocratie vivante et dynamique, dont toute la société se sent à la fois partie et responsable.
L'égalité
Une Europe de liberté, optant pour la justice sociale.
Revenant aux Pères fondateurs de l'Europe, et je citerai à nouveau Schuman, Adenauer, De Gasperi, qui ne partageaient pas par hasard une même culture et une même foi chrétienne, nous constatons que la nouvelle Europe qu'ils souhaitaient construire reposait notamment sur plus de justice sociale. Ces fondateurs, comme d'autres grands personnages libéraux et laïques, tel Altiero Spinelli, voulaient une Europe apte à croître et à procurer emploi et bien-être.
C'est pour cela qu'ils voulaient une Europe unie.
Parce qu'ils avaient compris que l'union des énergies et des marchés était la juste voie vers le développement.
Ils souhaitaient cependant que ce développement s'accompagne d'une répartition plus équitable des ressources et des chances.
Cinquante ans plus tard, cette aspiration à une société plus équitable est plus que jamais d'actualité.
Parce que les conditions économiques - et surtout sociales - qui allaient de pair avec la transition d'une société agricole vers une société industrielle et pouvaient à ce titre être considérées comme acceptables ne le sont plus dans l'Europe d'aujourd'hui.
Et parce que nombre d'indices nous donnent à penser qu'au lieu d'avancer dans la voie d'une société plus équitable, nous faisons marche arrière.
Si l'on examine les données mesurant la répartition des revenus à l'intérieur des sociétés nationales, force est de reconnaître que les inégalités, après avoir diminué dans les années 1970 et 1980, ont recommencé à se creuser jusqu'à revenir, à la fin de la dernière décennie, au niveau que nous connaissions voilà trente ans.
La situation devient encore plus préoccupante si, au-delà de l'économie proprement dite, on élargit l'observation à l'éventail complet des conditions sociales (école, santé, famille, justice, sécurité) qui déterminent les possibilités de chacun de développer et d'exploiter ses capacités individuelles.
Lorsque, dans les entreprises, l'échelle des rémunérations vole littéralement en pièces parce que les plus hauts dirigeants reçoivent des salaires astronomiques, lorsque les travailleurs de la finance sont payés infiniment mieux que ceux du secteur productif ou, plus grave encore, du secteur de la recherche, lorsqu'une richesse ostentatoire est proposée comme le style de vie à rechercher et à imiter, lorsque les parents ne peuvent plus espérer offrir à leurs enfants une vie meilleure que la leur, cela veut dire que l'équilibre social est rompu.
Si elle ne souhaite pas hypothéquer son avenir, l'Europe doit réparer ces accrocs dans son tissu social.
Nous refusons le principe d'une Europe scindée entre ceux qui savent et qui possèdent et ceux qui ne savent ni ne possèdent rien.
L'environnement
Une Europe de justice, optant pour le respect et la défense de l'environnement.
La préservation et l'utilisation plus sensée des ressources naturelles, et le souci de préserver la beauté de notre cadre de vie ne sont pas seulement synonymes d'investissement pour l'avenir et de respect des générations futures.
Ils conditionnent aussi, aujourd'hui, une vie meilleure et plus saine, une société plus équitable et plus prospère.
Les villes où règnent l'ordre et la propreté attirent plus facilement l'investissement des entreprises; les montagnes, les littoraux et les mers bien préservés constituent une source de richesse, parce qu'ils attirent le tourisme.
Les centres urbains dégradés, pollués et congestionnés font fuir la population et l'emploi, et les périphéries délaissées encouragent les comportements antisociaux.
3. Nos choix
Nous sommes conscients des défis et sûrs des valeurs dont nous souhaitons nous inspirer. Il nous reste donc à déterminer les actions concrètes qui doivent donner corps à l'Europe que nous désirons.
Cela suppose d'opérer des choix.
Parce qu'il n'est pas possible de tout avoir tout de suite: un environnement propre sans limitation de la consommation ni de la pollution, une aide plus importante de l'État et des impôts réduits, une Europe plus forte sur la scène internationale et une défense à outrance des politiques étrangères et de sécurité nationales, des rapports plus harmonieux avec les pays pauvres et une réduction de l'aide au développement Ce serait un monde d'illusions et de fausses promesses.
Il serait tout aussi faux d'affirmer que chaque problème n'a qu'une et une seule solution, en faisant fi des valeurs et des sensibilités politiques.
Attention, cependant. Les réponses aux défis lancés à l'Europe ne peuvent et ne doivent pas toutes émaner de Bruxelles.
Qu'il s'agisse d'économie, de protection de la santé ou de l'environnement, de politique de l'emploi, d'immigration, de recherche scientifique ou d'éducation, tous les niveaux de gouvernement sont concernés, de l'échelon européen aux échelons national et local.
Quand on parle d'une politique pour l'Europe, si l'on est sincèrement et sérieusement européen, tel est le cadre dans lequel qu'il faut garder à l'esprit.
En sachant que l'élément déterminant sera la cohérence d'ensemble, entre les différentes politiques sectorielles, entre les politiques à court et à plus long terme, entre les politiques européennes, nationales et régionales.
La démocratie entre participation et information
Nos démocraties vivent une période délicate.
Le premier phénomène qui porte à douter de leur bonne santé est la perte d'efficacité visible des canaux de participation traditionnels.
La diminution constante de la participation au vote, le fossé qui se creuse entre les citoyens et leurs institutions, la moindre capacité des partis politiques de former et d'amener les citoyens à participer au jeu politique, l'émergence d'organisations clairement populistes et xénophobes, les manifestations violentes contre les grandes institutions internationales sont autant de symptômes évidents de cette situation.
La recherche de nouvelles formes de participation et de nouvelles sensibilités politiques est attestée par des phénomènes contradictoires, comme l'engagement en faveur de la paix, de l'environnement et des pays pauvres, ou l'extraordinaire popularité de certains personnages, capables de susciter consensus et affection, comme le pape ou le président de la République italienne, qui réussissent à incarner un message de paix et de solidarité avec plus les faibles, ou le sentiment de l'unité nationale et européenne.
Le second phénomène qui remet en cause la nature profonde de nos démocraties est la présence généralisée des médias dans tous les champs de la vie sociale et, partant, de la politique, ainsi que du conditionnement qu'ils induisent.
Avec leur influence directe, incessante et pénétrante, les médias et, en particulier, la télévision, instrument premier de contrôle du pouvoir exercé par les institutions, les forces politiques et les mandataires publics, sont en train de devenir le principal instrument direct de conquête, d'exercice et de conditionnement du pouvoir politique.
Face à des phénomènes de cette ampleur, on ne saurait rester passif.
La réponse à donner à cette "fatigue démocratique" est des plus difficiles en termes intellectuels et politiques, parce qu'il s'agit d'identifier, voire d'inventer, des formes de participation et de dialogue plus diffuses, plus fluides, plus aptes à intégrer dans le débat politique des personnes qui aujourd'hui s'en sentent exclues.
Avec et à côté des partis, auxquels incombe la représentation politique des intérêts collectifs, d'autres intervenants, forces sociales, organisations, intermédiaires et mouvements devront se charger de collecter et de donner corps aux expressions, aux attentes et aux demandes émanant de la société.
Plus faciles quand il s'agit de déterminer les moyens d'intervention possibles, mais plus ardus en raison de la force des intérêts en présence, sont les choix à opérer dans le domaine de l'information.
La défense à tout prix du pluralisme de l'information est la voie à suivre.
Ce n'est un hasard si cette voie a été montrée et recommandée, à l'issue d'un débat très engagé et endossé à une très large majorité par le Parlement européen.
Ce qui montre à quel point la question concerne, à l'échelle européenne, la préservation de l'essence même de la démocratie.
La femme au premier plan
Une attention toute particulière doit être réservée aux femmes.
Si nous voulons une Europe plus attentive aux besoins des personnes et plus déterminée à défendre les libertés, nous devons encourager la participation des femmes au gouvernement de nos sociétés.
Cela ne se fera pas n'importe comment.
Il faudra opérer des choix précis et souvent controversés, allant du soutien aux mères qui travaillent à la mise en place de mesures visant à faciliter la participation des femmes à la vie publique.
La croissance comme première priorité économique
L'Europe vit depuis trop longtemps une situation d'inégalités croissantes.
Si nous considérons cette réalité comme intolérable et si nous souhaitons vraiment y remédier, il nous faut opter pour une stratégie de croissance efficace.
La croissance ne réduit pas en soi les inégalités.
Mais l'expérience européenne nous enseigne que c'est lorsque la croissance est la plus forte, comme entre 1960 et 1980, que l'on réussit le mieux à réduire les inégalités, alors que cela s'avère beaucoup plus difficile, voire impossible, lorsque la croissance est plus lente, à l'instar de la période 1980-2000.
Il n'y a pas que cela. Si la première et la plus grave des inégalités, l'injustice la plus intolérable, est celle qui frappe les personnes privées de travail, le remède le plus efficace ne peut être que celui qui stimule le mieux la croissance et l'emploi.
L'histoire de l'Europe unie est tissée de nombre de succès extraordinaires, cela personne ne le sait mieux que les Italiens, qui, ces cinquante dernières années, grâce au choix européen de l'immédiat après-guerre, ont vu littéralement se transformer, et dans un sens positif, le visage de leur pays et leur propre vie.
Nous avons créé les conditions d'une Europe solide et prospère. Mais le développement que nous attendions, cette croissance économique que nous souhaitions comme source de bien-être et d'emploi n'est pas advenue ou ne l'est qu'en partie.
Le mal est profond et il ne peut s'expliquer uniquement par des raisons connexes, liées à telle ou telle autre crise temporaire de l'économie mondiale.
La croissance doit devenir la priorité économique numéro un de l'Europe.
Pour remédier à la faiblesse de notre croissance, nous devrons toutefois impérativement diagnostiquer d'abord le problème.
Un problème qui plonge ses racines dans l'incapacité de l'Europe d'adapter son système économique, autrement dit l'ensemble des politiques, des institutions et des modèles qui régissent son économie et sa production, à l'évolution d'un monde et de marchés mis sens dessus dessous par la mondialisation, l'innovation technologique et une concurrence toujours plus ouverte.
Un monde et des marchés où les modèles de consommation et de production changent extrêmement vite et requièrent une capacité d'adaptation et, surtout, d'innovation entièrement neuve.
Il y a donc un besoin vital de structures, d'institutions, de normes et de règles propres à promouvoir la concurrence et l'entrée de nouveaux opérateurs sur les marchés, la mobilité intraentreprise et interentreprises des travailleurs, l'efficacité des marchés financiers et l'acceptation par ceux-ci de nouveaux risques, la participation des femmes au monde du travail, ainsi qu'une politique de l'immigration qui ne néglige pas le potentiel d'innovation et de compétence scientifique qu'offrent les ressortissants de pays lointains.
Éducation, recherche et innovation
Un effort extraordinaire doit être consenti sur le terrain de l'éducation, de l'échelon préscolaire - déterminant pour le développement généralisé des aptitudes à l'apprentissage - à l'échelon universitaire et post-universitaire, ainsi que dans le domaine de la recherche.
L'Amérique n'est pas notre seul concurrent, loin de là.
À l'horizon, on aperçoit notamment l'Inde et la Chine, avec leurs immenses effectifs, avec leurs coûts de production imbattables et, surtout, avec leur extraordinaire capacité d'assimiler les technologies les plus récentes et les plus en pointe.
Nous repoussons avec énergie toute demande de retour au protectionnisme, remède erroné, néfaste et inapplicable.
L'unique espoir pour l'Europe est de se hisser, voire de retourner, à l'avant-garde de l'innovation.
Rendons-nous à Bologne. Dans les auditoires médiévaux de son université, nous verrons les armoiries de ces étudiants qui venaient de toutes les régions d'Europe pour fréquenter ce qui fut l'un des plus grands centres du savoir.
Faisons un saut de quelques siècles et rendons-nous à la Humboldt Universitaet de Berlin: nous y verrons l'impressionnant galerie des portraits des professeurs de cette université, de Max Planck à Albert Einstein, qui, dans la première moitié du 20e siècle, reçurent le prix Nobel pour leurs recherches dans les domaines de la physique, de la chimie ou de la biologie.
L'Europe doit recommencer à créer de grandes universités, des laboratoires et des centres d'excellence imitant ces illustres exemples, capables d'attirer les meilleurs cerveaux et de générer une recherche poussant jusqu'aux confins de la science et de l'innovation.
Ce n'est pas chose facile.
Pour cela, il faut avoir le courage d'adopter des critères de qualité très stricts quant au choix des investissements et de résister à la tentation de saupoudrer les financements, ainsi qu'aux pressions de ceux qui souhaitent que l'on construise une nouvelle université dans chaque ville.
En combinant recherche et croissance, l'Europe peut faire beaucoup.
Dans les domaines des biotechnologies, de l'économie de l'hydrogène combinée à l'utilisation des sources d'énergie renouvelables, des systèmes de localisation et d'observation depuis l'espace - pour ne citer qu'un petit nombre d'exemples - l'Europe dispose de capacités, de moyens d'intervention concrets et de ressources financières qui, opportunément ciblés et concentrés, peuvent donner une impulsion déterminante au développement d'initiatives de grande portée et à forte teneur en innovation.
Marchés libres et concurrence. Mais tout ne peut pas et ne doit pas passer par le privé
L'éducation et la recherche ne suffisent pas à elles seules à remettre l'Europe sur une voie sûre de développement. Elles ne peuvent surtout pas croître dans le désert. Le point de départ consiste à garantir les conditions de base pour la croissance.
Nous devons maintenir et, si nécessaire, remettre en ordre nos comptes publics dans l'immédiat et assurer leur solidité dans le temps. Il s'agit donc de reconsidérer et adapter l'ensemble de nos systèmes de solidarité sociale, à commencer par les systèmes de retraite, à l'allongement de la vie.
Nous devons continuer à maîtriser l'inflation car l'expérience nous a enseigné, au prix de leçons très dures, que l'augmentation généralisée et incontrôlée des prix détruit la croissance et produit de l'injustice.
Nous devons garantir la concurrence, tout en sachant que pour être authentiquement libre, le marché ne peut pas être livré à lui-même. Il doit en effet être continuellement protégé de tous ceux, dans le monde de l'industrie, des finances et des services tout comme dans celui du commerce et des professions, qui veulent le plier à leurs propres intérêts.
Après des années de pensée unique, il faut aussi que nous soyons disposés à reconsidérer les limites entre le marché et l'État. Comme nous avons pu le voir, le secteur privé n'est pas toujours le meilleur ou le plus apte à offrir un service qui réponde à l'intérêt général.
Il est tout aussi important d'exploiter tout le potentiel du marché unique en éliminant les obstacles qui demeurent, du secteur des transports aérien et ferroviaire à celui de l'énergie ou au marché des capitaux. Les extraordinaires opportunités que l'élargissement offre à nos entreprises ne pourront pas être saisies si nous n'achevons pas le réseau de liaisons, surtout routières et ferroviaires, entre les États membres actuels de l'Union, et si nous ne réalisons pas rapidement des liaisons efficaces entre l'est et l'ouest de l'Europe.
L'État social et la protection des plus faibles
La croissance, je tiens à le répéter, doit devenir la priorité économique n° 1 de l'Europe. Mais la croissance n'assure pas à elle seule une plus grande justice sociale. Il faut pour cela des politiques spécialisées, notamment des politiques publiques spécifiques.
Inventé et développé en Europe, l'État social est pour nous autres Européens une source majeure de fierté, un des jalons de notre conception de la vie, des rapports entre les personnes et de leurs relations avec les institutions.
Il faut toutefois s'adapter à l'ère du temps. On vit aujourd'hui beaucoup plus longtemps. Avec l'évolution de la société, maintenant si différente de ce qu'elle était au lendemain de la première guerre mondiale, les exigences, les attentes et les demandes des citoyens, des personnes âgées, des jeunes, des travailleurs, des consommateurs, ont changé.
Les politiques familiales sont de plus en plus inadéquates face à une réalité qui voit augmenter le nombre de familles uniparentales, un cortège toujours plus étoffé de personnes âgées n'ayant pas de parents pour les soutenir, de femmes ayant un emploi et qui acceptent ou choisissent de ne pas avoir d'enfants ou d'en avoir un seul.
L'enseignement secondaire et professionnel qui fut le fondement de l'entrée dans le monde du travail dans l'Europe de l'industrialisation de masse n'est plus suffisant dans l'économie actuelle des services et des nouvelles technologies. Même nos universités, telles qu'elles sont organisées et conçues, paraissent largement insuffisantes et incapables d'assurer des possibilités d'emploi adaptées à l'investissement consenti par les étudiants et les familles et de garantir le niveau d'excellence nécessaire pour permettre à l'Europe de se distinguer dans l'innovation et de rivaliser d'égal à égal avec les pays les plus avancés, Etats-Unis en tête.
La protection de la santé est en train elle aussi de changer, avec une population toujours plus âgée qui pose le problème, et souvent le drame, des hospitalisations de longue durée, des assistances familiales, des soins aux malades en phase terminale. Personne n'est plus faible qu'un malade. Personne n'est plus faible et plus dans le besoin qu'une personne âgée et malade. Sur le plan de la santé et de l'assistance aux personnes âgées, le droit de l'Europe de se considérer comme une société civilisée est bel et bien en jeu.
La prévoyance, le thème unique sur lequel se concentre la majorité des discours relatifs aux politiques sociales, doit prendre en compte dans chaque pays un allongement de la vie qui met à danger la durabilité des anciens systèmes de financement. Toutefois, envisager des mesures et des politiques uniformes pour tous les pays européens en proposant, comme on l'a fait, un "Maastricht des retraites", c'est se tromper à double titre.
C'est se tromper du point de vue économique car les données de départ et les situations de fond diffèrent nettement d'un pays à l'autre et une recette valable pour tous ne saurait être retenue. C'est se tromper du point de vue politique car les systèmes de prévoyance sont tellement au coeur du contrat social des différentes communautés que des ordres émanant de l'extérieur et du sommet seraient considérés comme une interférence inacceptable.
L'Europe peut en revanche intervenir en favorisant une gestion prudente des comptes publics par la coordination et la surveillance des politiques budgétaires nationales. Dans cette perspective, il conviendra de prêter une importance croissante à la durabilité des systèmes de finances publiques, en se concentrant progressivement davantage sur les données qui expriment l'encours de la dette plutôt que sur celles qui mesurent, au fil des années, la variation du déficit.
Quels que soient les choix que fera chaque pays pour veiller à ce que les systèmes de prévoyance ne nuisent pas à l'équilibre des comptes publics, l'harmonisation des traitements et l'équité entre les générations sont des principes qui devront être à la base de toute hypothèse d'intervention.
Il convient dans tous les cas d'accorder une attention particulière à la recherche de moyens permettant de faciliter, voire de retarder, le passage d'une situation active à une situation de non emploi par le biais de formes de travail plus flexibles au fur et à mesure que l'âge progresse. À côté du droit de prendre sa retraite auquel peut prétendre toute personne remplissant les conditions prévues à cet effet et désireuses de mettre un terme à son activité, nous devons apprendre à sauvegarder également le droit de ceux qui veulent continuer à travailler et poursuivre leur vie active.
Ces processus seront tels que quiconque ayant la volonté de ne pas détruire le tissu social devra agir en cherchant à créer les conditions propices à une large approbation. La concertation entre les partenaires sociaux est un aspect essentiel de notre conception de la société et du monde du travail. Un syndicat fort et rénové est nécessaire pour trouver de nouvelles formes de protection des plus faibles, qui soient aptes à répondre aux besoins d'une société et d'une économie en mutation rapide.
Un réseau de solidarité
Comme pour la réforme des systèmes de prévoyance, il n'est pas non plus possible dans le cas du monde du travail de proposer des recettes applicables dans l'ensemble de l'Europe.
Elle seraient tout aussi fausses qu'inutiles.
En définissant l'objectif premier de la sauvegarde des droits, des attentes et de la dignité des travailleurs, les politiques d'emploi doivent avant tout être conçues de sorte à faciliter les dynamiques de croissance de l'économie. Elle doivent par conséquent tendre davantage à protéger et, si nécessaire, à soutenir le travailleur qu'à défendre les postes de travail individuels. Elles doivent, en somme, être des politiques à l'intérieur du marché et non pas des politiques contre le marché.
Un aspect de l'évolution actuelle du marché de l'emploi suscite une appréhension particulière et appelle une attention spécifique. Le monde du travail est en train de se segmenter de façon inquiétante. Entre ceux qui ont un emploi et qui jouissent d'une protection efficace de leurs droits et ceux qui sont à la recherche d'un emploi ou qui l'ont perdu, et qui souvent ne parviennent pas à rentrer dans le monde actif, on observe l'émergence et le développement d'une catégorie de travailleurs précaires, composée presque exclusivement de jeunes, privés d'une réelle protection, et de fait inaptes à s'assurer une sécurité et une protection pour l'avenir.
Ce sont des thèmes qui conditionnent la vie d'hommes et de femmes faits de chair et d'os. Et il s'agit de problèmes qui ne peuvent pas être résolus simplement en recourant aux dépenses publiques. On ne peut pas croire, prétendre ou promettre qu'on puisse avoir tout.
Il faut faire des choix qui seront immanquablement difficiles. Mais ils seront plus faciles si nous étudions et illustrons non seulement les coûts qu'il faudra couvrir ou réduire mais aussi les anciens et les nouveaux besoins auxquels les réformes pourront répondre.
Lorsque je parle des nouveaux besoins, je me réfère plus particulièrement aux plus faibles parmi les faibles: ceux qui sont restés sans travail, ceux qui souffrent ou qui ont un membre de leur famille atteint d'une maladie incurable, ceux qui vivent dans des conditions de pauvreté telles ou qui son frappés par des événements si durs et si soudains qu'ils mettent en péril leur possibilité même de mener une vie décente. Pour ces personnes, pour ces situations, l'Europe, si elle veut être à la hauteur de son statut civilisé, doit prévoir un filet de protection.
Ce filet doit nécessairement être assorti d'un revenu minimum garanti. Même s'il se traduit par des chiffres variables d'un pays à l'autre, il s'agit d'un principe qui doit, je le répète - qui doit - être accepté et adopté par l'ensemble des pays européens.
Immigration, intégration et citoyenneté européenne
L'immigration, souvent source de craintes, est en fait porteuse d'opportunités bien réelles. C'est un phénomène qu'il faut contrôler, en le combattant avec fermeté dans ses aspects illégaux, mais en le facilitant là où il répond tant aux espérances légitimes d'une vie meilleure chez les hommes et les femmes qui viennent de pays moins nantis que les nôtres, qu'aux exigences désormais consolidées de nos sociétés. On ne peut plus se passer des immigrés car nous avons besoin aussi bien de travailleurs prêts à effectuer les activités que nos concitoyens tendent maintenant à refuser, que de spécialistes pouvant contribuer à la relance de nos entreprises.
S'agissant de la politique d'immigration, aucun État ne peut faire cavalier seul. Une politique d'immigration coordonnée au niveau européen est indispensable. Afin qu'elle soit efficace et crédible (et qu'elle ne suscite plus de craintes dans la population en lui donnant l'impression qu'elle est confrontée à un phénomène incontrôlé), cette politique doit comprendre plusieurs éléments:
Une activité de lutte contre l'immigration illégale sur la base d'un contrôle des frontières extérieures de l'Union avisé et géré au titre de responsabilité collective par les États membres.
Une politique d'asile basée sur des critères valides à l'échelle européenne et qui ne découragent pas mais favorisent l'insertion dans le monde du travail.
Une politique d'admission qui, il convient de le rappeler, prévoie des quotas européens établis sur la base d'indications fournies par les différents États.
Un dialogue avec les pays d'origine des grands flux migratoires qui prévoie autant d'investissements que d'accords de réadmission.
Il faut enfin une stratégie pour l'intégration des immigrés légaux qui prévoie un fort investissement dans les conditions de vie des familles et dans l'éducation des adultes mais surtout des enfants comme première étape indispensable, le droit de vote lors des consultations administratives comme étape intermédiaire, et un accès plus facile à la citoyenneté comme conclusion logique du processus dans son ensemble.
On devrait aussi parler de pleine intégration et de citoyenneté non seulement pour les immigrés provenant de pays tiers mais aussi pour les citoyens européens résidant dans un pays de l'Union différent de leur pays d'origine. Pour ces Européens, qui ont choisi de vivre dans un nouveau pays, qui ont presque toujours développé un sens d'appartenance à leur pays d'élection qui n'est pas contradictoire avec leur attachement à leur pays d'origine et qui sont, en général, porteurs d'un "esprit européen" marqué, il est temps d'adopter une politique de la citoyenneté plus généreuse.
Le temps est venu de donner un contenu concret à cette citoyenneté européenne qui risque, autrement, de ne rester rien de plus qu'une notion vague. Les citoyens de l'Union, quel que soit le pays où ils résident, devraient bénéficier du droit de vote non seulement aux consultations administratives mais aussi aux élections politiques.
La sécurité juridique et la sécurité des personnes
Unis par le marché et la monnaie, les Européens demandent à vivre, libres et protégés, au sein d'un espace juridique unique et efficace, avec des lois claires et qui soient les mêmes pour tous.
Ce sont les familles qui le demandent, parce que cela permettra de répondre aux nouveaux besoins créés par des sociétés ouvertes, unies et mobiles.
Ce sont les entreprises qui le demandent, parce qu'elles considèrent que rester dans l'incertitude quant à leurs droits et devoirs constitue pour elles un obstacle qui les empêche de programmer efficacement leur activité et leurs investissements.
Ce sont les citoyens qui le demandent, surtout les plus faibles, pour lesquels une justice fragmentée et qui peut être intolérablement lente constitue souvent une injustice pure et simple, qui les laisse sans défense face au plus fort et au plus riche.
Les Européens réclament de la sécurité et de la protection: contre les menaces considérables et terribles du terrorisme, contre le crime organisé dans le monde de l'économie, contre les dangers qu'ils rencontrent dans leur vie quotidienne, dans les villes, là où ce sont encore une fois les plus faibles et les plus âgés qui sont les plus exposés.
Gouverner, cela veut dire aussi prendre en charge les angoisses et les craintes des citoyens.
La plus grande partie des réponses peuvent, et doivent, venir des autorités nationales et locales. Toutefois, beaucoup peut et doit être fait à l'échelle européenne, parce que la criminalité et la vie même des citoyens et des entreprises ne connaissent pas de frontières.
La collaboration et la reconnaissance mutuelle entre les autorités judiciaires et les polices nationales constituent la base indispensable de toute action.
Quiconque se soustrairait à ces institutions et quiconque remettrait en cause l'autonomie et l'indépendance du système judiciaire, s'opposerait de fait à l'Europe et aux Européens.
L'environnement, un investissement productif
Lorsqu'il est question de croissance, on considère presque toujours la protection de l'environnement comme un poids, un coût supplémentaire.
Mais cela n'est vrai que si nous limitons notre vision et nos comptes au présent immédiat.
Si, en revanche, nous envisageons les choses à plus long terme, nous verrons que lorsque nous nous soucions de limiter les émissions polluantes, de réduire la consommation d'énergie, de relever les normes de sécurité pour nos produits, nous investissons en réalité dans notre avenir.
Des eaux et un air non pollués, des produits agricoles et alimentaires sûrs garantiront à nos concitoyens une meilleure santé et des dépenses moindres dans ce domaine.
Des sols, des lits de rivières, des forêts bien soignés constituent la protection la plus efficace et la plus utile contre les catastrophes auxquelles une nature abandonnée et dévastée est en train de nous habituer de façon dramatique, année après année, été après été.
Et si nous considérons le développement sous l'angle de l'innovation, nous pourrons nous rendre compte à quel point l'environnement représente un domaine privilégié pour le développement de technologies nouvelles, apportant ainsi des avantages concurrentiels à l'industrie européenne.
Il suffit de penser - et je les ai déjà rappelées - aux possibilités exceptionnelles fournies par les recherches menées dans le domaine de l'économie de l'hydrogène et des piles à combustibles, notamment lorsqu'elles sont liées à l'utilisation d'énergies non renouvelables, ou aux perspectives que pourraient ouvrir, si elles étaient appliquées à la surveillance du territoire, les technologies de localisation par satellite.
Mais l'environnement est également essentiel à la croissance et au développement de l'Europe sous un autre aspect, tout aussi décisif.
L'Europe est la plus belle région du monde. Nos mers, nos montagnes, nos villes d'art, grandes ou petites, sont uniques.
Dans aucune autre partie du monde, il ne fait aussi bon vivre qu'en Europe.
Or, l'Europe est en train de devenir plus laide: ses campagnes, ses côtes, ses villes et, tout particulièrement, la périphérie de ses villes, deviennent presque toutes également laides et invivables.
La beauté de l'Europe constitue l'un des éléments fondamentaux de notre civilisation, de notre mode de vie.
Il s'agit d'un patrimoine que nous ne pouvons détruire et qui réclame un engagement massif et immédiat.
Il s'agit de faire des choix.
Des choix qui, dans certains cas, devront prendre la forme de simples interdictions (interdictions de construire, de déposer des déchets, de survoler des zones habitées) et qui, dans d'autres cas, et je pense ici plus particulièrement à la politique énergétique, pourraient se traduire par des mesures destinées à stimuler la consommation, les investissements et les technologies, au service d'une meilleure protection de l'environnement.
À cet égard, la voix des consommateurs pourra être déterminante.
Grâce à leurs propres choix, ils pourront influer de façon décisive sur ceux des producteurs, de façon à inciter les entreprises à considérer comme payantes, même à court terme, des politiques ouvertement inspirées par le respect de l'environnement ou par les droits des producteurs des pays les plus pauvres.
Une contribution tout aussi importante pourra être celle apportée par les jeunes.
Le service militaire obligatoire disparaît peu à peu dans nos sociétés européennes.
Et il est juste qu'il en soit ainsi, parce que le service militaire obligatoire répondait de moins en moins bien aux exigences actuelles de la défense et que les jeunes le vivaient comme une perte de temps trop longue et trop coûteuse entre la fin des études et l'entrée dans le monde du travail.
Toutefois, remplacer le service militaire par une période plus courte, mais également obligatoire, de service civil, pourrait constituer une bonne chose, surtout si elle était liée à la protection de l'environnement et à la protection des plus faibles, non seulement dans le pays d'origine de chaque jeune, mais également dans les autres États membres de l'Union.
Les politiques pour la paix
C'est à dessein que j'ai gardé pour la fin le thème de la paix.
Sans paix, il ne peut y avoir ni liberté, ni justice.
Les politiques en faveur de la paix et, d'une manière plus générale, toute la politique internationale de l'Europe, sont le reflet de son histoire.
La principale contribution que l'Europe puisse apporter dans ce domaine est sa propre expérience.
L'Union que nous avons construite est le fruit d'un dialogue long et patient, de la recherche ininterrompue, et souvent difficile, d'un intérêt supérieur et commun et d'un équilibre plus élevé et plus stable où chacun puisse se reconnaître.
Il s'agit d'une méthode de gestion des relations entre Etats qui, en cinquante ans, a permis d'obtenir des résultats sans précédents dans l'histoire, comme par exemple l'élargissement de l'Union de six à vingt-cinq et demain à plus de trente États membres, ou l'adoption pacifique d'une monnaie commune par 12 États, et bientôt beaucoup plus.
L'Europe constitue le plus extraordinaire exemple de gouvernement démocratique du monde actuel. Un exemple vers lequel se tournent, et ce n'est pas un hasard, des continents comme l'Amérique latine et l'Afrique, qui recherchent de nouvelles formes de coopération pour surmonter d'anciennes divisions.
Née pour mettre un terme aux conflits entre des peuples et sur des terres qui avaient connu toutes les horreurs des armes, des destructions et de la violence, l'Europe unie s'affirme, avec l'élargissement, comme un facteur de paix, de stabilisation et de sécurité à l'échelle du continent.
Aujourd'hui, il ne viendrait plus à l'esprit de personne de considérer l'Europe orientale comme une zone à risque. Plus personne n'associe l'idée de danger aux pays de cette région.
L'histoire s'est répétée.
Et ce qui s'était produit entre les pays fondateurs de l'Europe, entre la France, l'Allemagne et l'Italie, s'est à nouveau produit entre et avec les nouveaux États membres, entre la Pologne et la Hongrie tout comme entre l'Allemagne et la Pologne ou entre l'Italie et la Slovénie.
La même chose, et il s'agit à bien des égards d'une évolution entre plus extraordinaire, est en train de se produire, ou s'est déjà produite, entre les pays de l'ex-Yougoslavie qui, grâce à une perspective concrète d'entrée dans la maison commune européenne, ont effectivement effacé toute éventualité de conflit entre eux.
Maintenant que la leçon du Kosovo et des massacres que seule l'intervention de l'OTAN et de l'Amérique ont réussi à faire cesser est apprise, nous pouvons, avec sérénité et orgueil, affirmer que l'Europe a pleinement joué son rôle.
Si les Balkans cessent pour toujours d'être ce foyer de crises internationales qu'ils ont été pendant des siècles, c'est à l'Europe qu'en reviendra avant tout le mérite.
De la Baltique aux Balkans, l'Europe est en train de prouver concrètement ce qu'elle est capable de faire, comme puissance régionale, pour la sécurité et la stabilité internationales.
Dans cette perspective régionale, les défis futurs viendront de la Méditerranée et de l'ensemble des pays qui se trouvent immédiatement au-delà des frontières de l'Europe réunifiée.
La Méditerranée est pour l'Europe une zone d'une importance fondamentale et un enjeu obligé.
L'Europe, et l'Italie en particulier, ne pourront concrétiser pleinement leurs possibilités de développement et avoir la certitude d'être en sécurité tant que la Méditerranée ne se sera pas transformée en une zone de paix, de démocratie et de stabilité.
Ce n'est qu'en entretenant des rapports intensifs avec les pays du sud de la Méditerranée qu'il sera possible de parvenir à contrôler pleinement et efficacement l'immigration.
Le conflit israélo-palestinien continue à peser sur l'avenir de cette région comme un obstacle qui fermerait la voie à tout espoir réel.
La seule voie qu'il faille impérativement suivre, même en ces temps où les espoirs de paix semblent à nouveau s'éloigner, est celle de la Feuille de route, élaborée et proposée à l'origine par nous autres Européens.
L'objectif ultime de ce parcours reste, et il ne peut en être autrement, la coexistence, dans la paix et la sécurité, d'un État d'Israël et d'un État de Palestine.
Deux États libres et souverains, qui seront parties intégrantes et acteurs d'un Moyen-Orient finalement capable de vivre dans la démocratie, la paix et le bien-être.
Pour ce Moyen-Orient, pour la paix définitive entre Israéliens et Palestiniens, l'Europe doit être prête à s'engager avec des ressources financières et humaines.
Mais elle doit aussi être prête à agir pour ouvrir de nouvelles perspectives aux rapports entre les États, de la Russie ou de l'Ukraine jusqu'au Maroc, qui seront les voisins de l'Europe élargie, qui en marqueront les confins.
Si elle ne conservait pas son identité, qui est à la fois culturelle, politique et institutionnelle, l'Europe cesserait d'être ce qu'elle est. Pour nous, une identité forte est une identité solide et ouverte.
C'est pourquoi, avec tous ces pays amis, nous devrons nous efforcer de tout partager, à l'exception des institutions politiques.
Nous devons nous fixer comme objectif un rapport plus amical et étroit qui nous permette de faire partie d'un espace économique, commercial, juridique et culturel unique, tout en sachant que nos institutions demeureront distinctes.
La valeur exemplaire de son histoire, un mode de gestion des relations entre États basé sur le dialogue et le droit, une contribution déterminante à la stabilisation apportée à travers l'élargissement à une région qui embrassera bientôt un continent entier, et enfin une stratégie méditerranéenne ouverte et généreuse: tels sont les fondements de la politique de paix de l'Europe.
Nous autres Européens avons l'ambition et estimons avoir la responsabilité de contribuer à la paix, à la stabilité et à la sécurité à une échelle non seulement régionale, mais mondiale.
Mais même dans cette perspective plus large et plus difficile, nous entendons rester fidèles à nous-mêmes, aux valeurs de ce monde de justice que nous voulons conserver comme point de référence pour toute notre action.
De l'accord de Kyoto pour une politique de l'environnement plus efficace à l'institution de la Cour pénale internationale en passant par l'ouverture unilatérale de ses marchés aux marchandises et aux produits provenant des pays les plus pauvres, l'Europe a toujours agi avec cohérence, persuadée que le meilleur moyen de garantir la stabilité internationale est de tenter de surmonter les déséquilibres entre les diverses régions de la planète.
Même aux moments où ses divisions intérieures étaient les plus évidentes, l'Europe a toujours montré qu'elle privilégiait les politiques et les actions conduites à travers les grandes institutions internationales.
L'ONU et, à une échelle géographiquement plus limitée, l'Alliance atlantique, sont les piliers indiscutables sur lesquels se fonde la politique étrangère de l'Europe, qui ne peut être ni dissociée ni opposée à celle des États-Unis.
L'Alliance atlantique, en particulier, est le lien qui unit l'Amérique et l'Europe depuis plus de 50 ans.
Et comme n'importe quel lien, pour être solide et résister au temps, il doit s'appuyer sur deux piliers également forts: un pilier américain et un pilier européen.
Cela veut dire, pour l'Europe, accepter, également sur un plan strictement militaire, les responsabilités de plus en plus grandes, y compris les responsabilités budgétaires, qui vont de pair avec son ambition d'être un acteur de premier plan sur la scène politique mondiale.
La paix, la liberté et la sécurité ne sont pas données une fois pour toute, dans chaque partie du monde.
Il peut être nécessaire de les défendre, y compris par les armes.
Toutefois, ce sont les Nations unies qui sont le cadre de référence obligé, à la fois politique et juridique, de toute action de l'Europe sur le plan international.
Bien qu'il soit manifestement nécessaire de réformer les mécanismes de fonctionnement et de décision de cette institution, c'est à l'ONU et avec l'ONU que nous pourrons élaborer la réponse la plus forte et la plus légitime aux besoins de gouvernance des relations internationales.
L'Europe ne partage pas l'avis de ceux qui pensent que le monde sera plus stable s'il est confié à une seule superpuissance.
Aussi évidente que soit la nécessité d'une réforme des modalités de fonctionnement et de décision de cette institution, c'est à l'ONU et dans cette organisation qu'il sera possible d'apporter la réponse la plus forte et la plus légitime au besoin de gouvernance des relations internationales.
L'Europe ne partage pas l'idée selon laquelle la stabilité au niveau mondial devrait dépendre d'une seule superpuissance.
4. Le gouvernement de l'Europe
J'ai traité les défis auxquels nous sommes confrontés, les valeurs dont nous devons nous inspirer, les choix qu'il convient de faire pour donner corps et substance à la vision d'une Europe de justice.
J'ai souvent évoqué l'Europe.
Comme si l'Europe était déjà un sujet capable d'exprimer et de mettre en oeuvre une politique unique, comme si nous disposions d'un gouvernement européen ou, pour être plus précis, d'un système efficace pour gouverner l'Europe.
Tel n'est pas encore le cas.
Nous ne pouvons pas estimer avoir mis en place un système de gouvernement efficace et cohérent, notamment parce que l'Europe constitue une réalité complexe.
Union d'États et de peuples, l'Europe dispose d'un système de gouvernement auquel concourent les institutions et les autorités européennes, nationales, régionales et locales.
Une répartition des compétences rigide et permanente entre les différents niveaux de gouvernement n'est pas adaptée à ce système.
Au contraire, une collaboration intense et continue entre toutes les institutions s'impose.
Cela n'est pas contradictoire avec le fait que, dans les domaines d'activités dans lesquels aucun État ne peut penser pouvoir agir seul avec efficacité et dans lesquels, au contraire, seule une action commune à l'échelle européenne peut donner des résultats, l'Europe doit avoir les moyens de s'exprimer d'une seule voix et d'agir avec une capacité de gouvernement unique et reconnue.
Tel est déjà le cas dans divers domaines comme la concurrence et les négociations commerciales internationales et ce n'est pas par hasard que, justement dans ces secteurs, l'Europe soit un acteur à part entière sur la scène mondiale.
Toutefois, trop nombreux sont les domaines et les occasions dans lesquels l'action européenne est entravée par l'absence de profils d'autorité clairs, par les droits de veto et des procédures qui ne permettent pas de faire suivre immédiatement une décision par une action.
Je pense à l'économie, avec la Banque Centrale Européenne, gardienne et responsable de la politique monétaire, à laquelle il manque un interlocuteur également fort et stable, chargé de la politique budgétaire.
Je pense aussi aux politiques en matière d'immigration, à la justice, au contrôle des frontières extérieures, à la recherche scientifique en plus, naturellement, de la politique internationale et, dans un avenir plus lointain, mais qu'il convient cependant de préparer d'ores et déjà par des décisions concrètes, à la défense.
La structure des institutions européennes n'est pas encore à la hauteur de nos ambitions.
Son évolution dépend de nos choix, de notre vision de l'Europe comme véritable et profonde union politique, ou bien comme rien de plus qu'une zone de libre-échange.
La capacité de l'Amérique de réagir rapidement à la détérioration de la situation économique ou d'exprimer une ligne de politique étrangère précise n'est pas due au fait que le Texas, la Californie, la Floride et tous les autres États sont miraculeusement parvenus à une vision commune des problèmes de l'économie ou de la politique internationale, mais au fait que le système constitutionnel prévoit et offre les moyens de prendre des décisions rapides et contraignantes.
Si nous voulons gérer notre économie de manière efficace et cohérente, si nous voulons être à égalité avec les autres acteurs sur les marchés internationaux, si nous voulons avoir une influence sur les choix et sur les orientations de politique internationale, nous devons être en mesure de prendre des décisions aussi rapides et efficaces.
Sommes-nous prêts à adopter comme règle générale pour les décisions des institutions européennes le système du vote à la majorité ?
Sommes-nous prêts à accepter que, dans un domaine déterminant pour la réalisation du marché unique comme celui des impôts indirects, le droit de veto de chaque État soit abandonné ?
Sommes-nous prêts à créer une agence européenne pour la protection civile, en mettant en commun nos ressources nationales dispersées contre les tremblements de terre, les inondations et les incendies, par exemple en peignant nos Canadair avec le bleu et les douze étoiles du drapeau européen ?
Sommes-nous prêts à instituer une Fondation Européenne pour la Science pour faire en sorte que la recherche scientifique européenne parvienne à un niveau de qualité et d'indépendance comparable à celui auquel est parvenu l'autre rive de l'Atlantique grâce à l'American Science Foundation ?
Sommes-nous prêts à renoncer aux sièges nationaux en faveur d'un siège européen unique au Fond Monétaire International ?
Sommes-nous prêts à adopter des instruments permettant à l'Europe d'être effectivement représentée de manière unitaire et cohérente au Conseil de sécurité des Nations Unies ?
Tels sont les choix auxquels nous sommes confrontés et qui définissent, bien plus concrètement que beaucoup de proclamations de foi en l'Europe, la véritable attitude de chacun d'entre nous, de chaque gouvernement, de chaque force politique vis-à-vis de l'Europe.
5. Les formes de la politique
L'Europe actuelle est encore loin, au regard de ses institutions, de ses structures, de ses frontières, de ses missions et de ses politiques, d'avoir atteint le degré de maturité et de stabilisation propres aux États nations.
Elle est encore en chantier.
Pour progresser, il importe, dans cette phase historique, de bénéficier d'un consensus très large, qui ne permet pas les divisions sur lesquelles la politique et la démocratie nationales sont fondées.
Ainsi, l'organe exécutif de l'Union, la Commission, est toujours conçu comme une institution tenue d'oeuvrer en faisant abstraction non seulement, comme cela est évident, des divisions nationales, mais aussi des distinctions politiques.
Ceci ne veut pas dire qu'en matière de politique européenne, un modèle mettant en quelque sorte en sourdine une confrontation politique ouverte soit approprié, même à l'avenir.
Au contraire, il est souhaitable que le système politique européen arrive à pleine maturité de pair avec la consolidation de l'Union Européenne comme sujet doté d'une identité institutionnelle précise et comme acteur de premier plan sur la scène internationale.
Au-delà des différences entre pays qui continueront d'exister, quelques grandes familles politiques dans lesquelles on finira naturellement par retrouver des forces, des mouvements et des traditions qui auront constaté qu'ils partagent des valeurs et des sources d'inspiration analogues, émergeront et s'affirmeront également à l'échelle européenne.
Cela impliquera une profonde évolution des sujets politiques existants et peut-être l'émergence de sujets nouveaux, car les actuelles familles politiques constituent encore en grande partie l'expression de réalités et de divisions qui remontent à une époque maintenant ancienne de la politique européenne, antérieure à la chute du mur de Berlin.
J'ai conscience que les identités des forces politiques européennes sont ressenties fortement.
Ceci est particulièrement vrai s'agissant du versant réformateur de la politique européenne.
Il s'agit, cependant, de forces qui partagent une vision de l'Europe fondée sur des valeurs de liberté et de justice sociale et qui sont unies par une passion explicite pour l'Europe.
À l'échelle européenne et au nom de l'Europe, elles peuvent trouver des raisons fortes pour s'unir dans une nouvelle et grande famille politique.
C'est dans cette perspective que s'agissant de l'Italie et des élections au Parlement européen du printemps prochain, j'ai proposé à tous les réformateurs qui se reconnaissent dans une vision commune de l'Europe et qui sont prêts à partager un programme commun, de s'unir dans une seule liste.
Forts de ce large soutien, ils devraient ensuite agir de manière tout aussi unitaire au Parlement européen.
Il s'agit là d'une initiative politique nouvelle, authentiquement européenne, ouverte aux différents rassemblements réformateurs, aux citoyens et aux mouvements.
L'inspiration, toutefois, reste celle qui fut à l'origine de l'Olivier.
Un projet qui représentait et représente une ère nouvelle, un mode nouveau, une forme nouvelle de politique.
Face à ceux qui se servent des craintes liées aux transformations économiques et sociales pour pousser les Européens à se replier égoïstement sur eux-mêmes et se fermer à ce qui est nouveau et au reste du monde, une liste commune de réformateurs italiens offrirait une vision d'ouverture, d'innovation et de solidarité.
En représentant de manière unie ce projet face aux citoyens, elle serait cohérente, anticiperait et faciliterait l'évolution et la restructuration bipolaire du système politique européen.
Également à l'échelle européenne, le système qui garantit le mieux un bon gouvernement est une confrontation ouverte entre deux formations, l'une constituant l'alternative de l'autre.
Le chemin que la politique européenne devra accomplir pour parvenir à cet objectif sera certainement long.
Toutefois, chaque chemin, même le plus long, commence par un premier pas. Plus long est le chemin à parcourir, plus il est important que ce premier pas soit rapide.
Voici venu le temps des choix.
Unis, nous pouvons proposer un projet politique fort, nous pouvons redonner confiance à ceux que les grandes évolutions internationales actuelles préoccupent, nous pouvons mener une action internationale à visage humain.
Unis, nous pouvons apporter une réponse nouvelle à la crise de la politique et de la démocratie.
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