Bruxelles, 06/11/2003 (Agence Europe) - L'affaire Iukos et la situation en Tchétchénie ont dominé la conférence de presse donnée à l'issue du douzième Sommet UE/Russie, jeudi à Rome, en présence de Romano Prodi, Président de la Commission européenne, Silvio Berlusconi, Président du Conseil européen, Javier Solana, Haut représentant de l'UE pour la PESC, et le Président russe Vladimir Poutine. Au terme de ce sommet, l'UE et la Russie ont adopté une déclaration commune sur laquelle EUROPE reviendra en détail.
C'est Romano Prodi qui, le premier, a abordé l'affaire de la compagnie pétrolière russe Iukos (dont le dirigeant a été inculpé de fraude et mis aux arrêts à Moscou: NdlR) en indiquant que la Russie avait "rassuré" l'UE. "M. Poutine nous a assuré que la loi ne sera pas appliquée de manière discriminatoire", a-t-il déclaré en anticipant les questions des journalistes, qui ont surtout porté sur l'affaire Iukos et les droits de l'homme en Tchétchénie, deux sujets soigneusement évités par MM. Berlusconi et Poutine. Face à l'insistance de la presse, Silvio Berlusconi a estimé que "l'UE et la presse internationale ont des vues différentes". En faisant un parallèle avec la situation des médias en Italie, M. Berlusconi a affirmé que la presse internationale s'obstine à écrire que la presse italienne est menacée et non critique à l'égard du gouvernement italien. Or, "ce n'est pas le cas", a-t-il martelé. Il en va de même pour la Russie où il y a "une volonté de lutter contre la corruption", dit M. Berlusconi. "Je suis inquiet que la presse internationale continue à insinuer que ces actions (l'arrestation du patron de Iukos) sont contre l'Etat de droit", a-t-il renchéri.
Pour M. Poutine, l'affaire Iukos n'implique en aucun cas un changement de politique en Russie. "Notre but n'est pas de nous en prendre à des individus en particulier, mais d'établir l'ordre dans notre pays", a-t-il assuré en prévenant que "nous le ferons de manière cohérente et inflexible, sans égard pour les tentatives que ces individus pourraient faire pour se défendre, en recourant même au chantage. Les tentatives de chantage contre l'autorité de l'Etat échoueront".
A propos de la Tchétchénie (où "des élections ont eu lieu démocratiquement" et auxquelles l'UE "n'a pas ressenti la nécessité d'envoyer des observateurs"), M. Berlusconi dit ne pas comprendre "comment la situation peut être aussi mal comprise". "Je vous prie d'arrêter de diffuser ces idées", a-t-il conclu avant de passer la parole au président russe. Celui-ci, auréolé du soutien de M. Berlusconi, a vanté de "sérieux changements en Tchétchénie" en citant la tenue du référendum et des élections, des contacts avec « tous les segments politiques » et la préparation d'élections parlementaires. En outre, pour M. Poutine, il ne faut pas se focaliser sur la Tchétchénie. "Il y a partout dans le monde des problèmes de droits de l'homme, ne regardez pas seulement ceux dans une région déterminée".
Accords de coopération policière et scientifique
En marge du Sommet, l'UE et la Russie ont signé deux accords: l'un dans le domaine de la lutte contre le crime organisé et l'autre dans celui de la coopération scientifique et technologique.
Le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov et le directeur d'Europol Jürgen Storbeck ont signé jeudi après le Sommet un accord renforçant la coopération entre l'UE et la Russie dans le domaine de lutte contre le crime organisé. Dans un communiqué, Europol fait état d'une augmentation du crime organisé en Europe de l'Est au cours de ces dernières années, et des liens entre le crime organisé russe et les groupes criminels européens. C'est pourquoi, grâce à cet accord, Europol et les autorités russes concernées échangeront des informations stratégiques et techniques pour lutter contre toutes les formes de crime organisé (trafic de drogue et d'êtres humains, immigration illégale, blanchiment d'argent et terrorisme).
En signant un accord renouvelant leur accord de coopération scientifique et technologique, l'UE et la Russie ont décidé d'intensifier leur coopération dans divers domaines comme la biomédecine, la santé, l'environnement, le climat, l'énergie non nucléaire, la société de l'information, les sciences sociales, la formation et la mobilité des scientifiques. Cet accord permettra la participation des scientifiques russes au sixième programme cadre recherche et développement de l'UE.