Strasbourg, 26/09/2003 (Agence Europe) - Après l'audition à huis clos jeudi de son président Romano Prodi au Parlement européen, la Commission européenne semble s'être assez bien sortie de l'affaire Eurostat. Tirant un premier bilan jeudi soir, les présidents du Parlement européen et de la commission du contrôle budgétaire, de même que la plupart des présidents de groupes politiques, ont fermement exigé des réformes dans le fonctionnement de la Commission européenne, mais sans demander aucune démission. Ils attendent du président Prodi qu'il présente très rapidement un plan d'action, qui se concentre en particulier sur le rôle des directeurs généraux et le contrôle de leur travail, puisque dans cette affaire, c'est l'ancien directeur général d'Eurostat, Yves Franchet, qui est avant tout mis en cause par la Commission.
L'affaire n'est pas encore tout à fait terminée, toutefois, puisque la commission du contrôle budgétaire va rependre son examen du dossier et l'audition de Commissaires, pour l'inclure dans son rapport sur le suivi de la décharge qui pourrait être soumis à la plénière en janvier. Mis à part le groupe libéral, qui souhaite mais n'exige pas la démission prochaine du Commissaire Solbes, les principaux groupes politiques ne semblent pas prêts à demander sa tête. Les rapports finaux du service d'audit interne et de l'Office européen de lutte antifraude sont attendus pour fin janvier. Le compte-rendu complet de l'audition à huis clos devrait être rendu public au début de la semaine prochaine.
A l'issue de la rencontre, le président du Parlement européen, Pat Cox, a estimé résumer le sentiment des députés européens en indiquant que si la confiance est essentielle entre les responsables politiques et leurs directeurs généraux, le Parlement européen espère qu'avec le nouveau règlement financier, il y aura « confiance et vérification ». La présidente de la commission du contrôle budgétaire, Diemut Theato, constate en effet que « ni les directeurs généraux ne sont obligés de rendre des comptes à leurs Commissaires, ni les Commissaires ne posent des questions à leurs directeurs généraux ». Elle estime que cette audition « fut une bonne chose, mais il reste des questions en suspens ». En conférence de presse, Romano Prodi a insisté sur le fait que cette affaire est un reliquat de la Commission précédente. Il a affirmé que la Commission avait agi dès qu'elle a su, et a défendu l'action des Commissaires Solbes, victime de « désinformation », Kinnock et Schreyer. « Si j'avais renvoyé un Commissaire, j'aurais été un héros politique, trois, un grand héros … mais je ne prendrais jamais une telle mesure pour polir mon image », a-t-il affirmé.
Le débat à huis clos a été très mesuré, indique un participant. Au cours du débat, le socialiste espagnol Enrique Baron Crespo, après avoir dénoncé les irrégularités, a plutôt défendu l'action de la Commission et souligné qu'elle avait été victime de déloyauté. Le président du groupe PPE-DE Hans-Gert Pöttering (CDU), qui veut attendre les rapports d'octobre, a souligné que trois Commissaires sont mis en cause, mais sans demander de démission. Après la réunion, le leader des libéraux, le Britannique Graham Watson, n'a pas appelé directement à la démission du Commissaire Solbes mais a indiqué, qu'à sa place, il serait « déjà en train de rédiger sa lettre de démission », parce qu'il « aurait dû savoir », mais aussi parce que les faits « très graves » révélés par les rapports « sont confinés » à un seul secteur, dont il était responsable.
Georges Berthu (NI, français) se dit favorable, dans un communiqué, à la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire (qui devrait faire travailler conjointement des parlementaires européens et nationaux) qui serait chargée de « proposer les voies et moyens d'un meilleur contrôle sur la Commission européenne ». Il fait remarquer que la commission parlementaire du contrôle budgétaire « s'efforce de mener à bien sa mission, mais rencontre de nombreux obstacles ». M. Berthu estime que le scandale Eurostat « montre une fois de plus la faiblesse des contrôles internes et externes qui s'exercent sur la Commission » et qu'il « prend en défaut la soi-disant « tolérance zéro » de la Commission Prodi envers la fraude ».
Au nom de la délégation de Rifondazione Comunista au PE, l'Italien Luigi Vinci (GUE-NGL) demande que le Commissaire Pedro Solbes démissionne. Il a estimé que les rapports remis aux parlementaires prouvent que les services de M. Solbes ont « caché la vérité » au Parlement (sur l'existence de malversations financières à Eurostat) au moment de l'octroi de la décharge sur l'exécution du budget 2002.