Bruxelles, 03/09/2003 (Agence Europe) - Fervents partisans de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, les Etats-Unis font publiquement pression pour que les dirigeants turcs travaillent davantage à la résolution de la question chypriote. Le coordinateur spécial des Etats-Unis pour Chypre, Thomas Weston, en visite à Bruxelles mercredi, l'a souligné devant quelques journalistes. "La Turquie devrait faire plus sur la question chypriote", juge l'émissaire américain, et en particulier faire preuve de la "volonté politique" demandée par Kofi Annan quant à son plan et à l'organisation d'un référendum. "Nous sommes de très fervents partisans, trop fervents selon certains en Europe, des aspirations européennes de la Turquie", a déclaré l'ambassadeur Weston, avant d'ajouter qu'il lui semble toutefois "très difficile" d'envisager que les négociations puissent commencer "sans qu'il y ait une solution à la question chypriote". Sur un plan "pratique", le représentant des Etats-Unis ne voit pas comment les négociations pourraient commencer, puisque l'on serait alors dans la situation où la Turquie "ne reconnaîtrait pas un des Etats membres". Par ailleurs, M.Weston juge que "tous les signes" montrent que la Turquie "avance vers les critères de Copenhague" (voir aussi la nouvelle de la page 9).
Thomas Weston s'est dit très satisfait de l'attitude de l'Union européenne sur la question chypriote. L'UE et les Etats-Unis jouissent sur la question chypriote "d'un degré de coopération inégalé" dans les relations transatlantiques, a-t-il déclaré. "Ce que nous attendons de l'UE", c'est justement "ce que l'UE fait", a-t-il ajouté.
Thomas Weston devrait rencontrer les leaders chypriotes grec et turc à New York en septembre, pour préparer sa visite à Chypre à la mi-octobre. Il estime qu'il "y a une chance" d'avoir un accord avant l'adhésion de la République chypriote à l'UE en mai 2004. L'émissaire américain souligne que les élections qui se dérouleront au nord de Chypre en décembre ont une importance certaine. "Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un référendum sur l'avenir, mais ça en est très près", a-t-il déclaré mercredi.
Thomas Weston a rencontré à Bruxelles des hauts fonctionnaires de la Commission européenne et des membres du cabinet de Javier Solana. En visite à Londres mardi, l'ambassadeur Weston doit encore se rendre à Berlin, Paris et Rome avant de retourner à Washington.
Critiques sur la signature d'un accord d'union douanière entre
la Turquie et Chypre Nord
Comme devrait le faire l'Union européenne, l'ambassadeur Weston a critiqué la signature début août d'un accord d'union douanière entre la Turquie et le Nord de Chypre. Il a indiqué très clairement que les Etats-Unis n'auraient pas apprécié qu'un pays avec lequel ils sont liés par un accord de libre-échange signe un autre accord du même type "avec une entité non reconnue". "La Turquie doit répondre à certaines questions", estime-t-il. La Commission européenne est en train de préparer sa réaction à cet accord. Elle n'a pas encore officiellement réagi, si ce n'est pour indiquer qu'en vertu de l'union douanière qui lie l'UE à la Turquie, elle aurait voulu être consultée. D'un point de vue légal, elle doit vérifier si ce nouvel accord est conforme avec l'accord UE-Turquie. Mais surtout, d'un point de vue politique, on déplore de source européenne cette initiative qui rapproche encore davantage la République chypriote turque autoproclamée et la Turquie, et "ne facilite pas la recherche d'un accord politique sur l'île".