Washington, 27/06/2003 (Agence Europe) - Contrairement au volet politique de leurs discussions, où des progrès significatifs ont été enregistrés (voir bulletin d'hier, p.5), les Européens et les Américains ont dû se limiter à des échanges de vues sur les questions commerciales qui figuraient à l'agenda du Sommet de cette semaine à Washington, faute de pouvoir afficher des résultats concrets sur ce terrain encore mouvant, voire miné. Résultat: pas de déclaration commune à propos des négociations sur l'Agenda de développement de Doha, en dépit des attentes européennes. Rien non plus sur les différends transatlantiques soumis à l'Organisation mondiale du commerce, si ce n'est le désaccord affiché par le Commissaire Pascal Lamy et son homologue Bob Zoellick devant la presse à propos des OGM et la mention faite par le président Bush des perspectives d'un accord antisubventions à l'OCDE dans le secteur de l'acier, la condamnation par l'OMC des mesures de sauvegarde américaines contre les importations de pays tiers étant attendues pour la fin du mois de juillet. Au sortir de la crise sur l'Irak qui a sérieusement secoué le partenariat, la volonté était manifestement de mettre en lumière ce qui reflète sa force et sa productivité (cfr. les déclarations sur le lancement de négociations bilatérales visant à créer un espace aérien ouvert entre les deux rives de l'Atlantique et sur l'effort consenti pour développer une "économie" de l'hydrogène) et, dans la foulée, de faire taire les Cassandres qui se font entendre sur la colline du Capitole et dans les médias.
"La consigne de la Maison Blanche était très claire: on ne publie des déclarations communes que si on a quelque chose à dire de nouveau et de fort, pas pour ce que tout un chacun sait déjà qui confirmerait à nouveau notre engagement", rapporte-t-on de source proche des discussions. Selon d'autres sources, la Maison Blanche tenait à ne pas détourner l'attention de sa grande priorité: le volet sécuritaire de la rencontre. C'est en définitive oralement, devant la presse, que les dirigeants européens et américains ont, tour à tour, confirmé qu'ils oeuvrent au succès du nouveau cycle de l'OMC et de sa ministérielle de Cancun en septembre. Quelques jours après la session restreinte de Charm El Sheikh (voir EUROPE du 24 juin, p. 10) et à trois semaines de celle de Montréal, les deux "éléphants" du système n'avaient rien à déclarer sur la question au reste du monde, d'autant que l'Union n'avait pas encore dit son dernier mot - attendu avec impatience à Washington, aussi bien par les dirigeants américains qu'européens - sur la réforme programmée de la Politique agricole commune. Le président Bush a cependant fait une promesse aux Européens: "Je sais que vous être confrontés à des choix difficiles mais si vous faites ces choix difficiles pour vos agriculteurs, je suis prêt à faire de même pour les nôtres. C'est dans l'intérêt du paquet global (à l'issue du cycle de l'OMC, où rien n'est agréé tant que tout ne l'est pas et dont l'intérêt est de permettre des concessions intersectorielles, NdlR). Je sais que vous voulez obtenir davantage dans d'autres secteurs. Je suis prêt à aller au Congrès, à demander des concessions de notre part", a-t-il dit selon des participants à la rencontre. Désormais, les négociateurs européens disposent de la marge de manoeuvre tant attendue pour sortir d'une position des plus inconfortables (où les subventions agricoles européennes étaient dans la ligne de mire d'une bonne partie des membres de l'OMC) pour prendre l'offensive, tactiquement parlant, sur des questions telles que la protection des indications géographiques ou encore les divers régimes de soutien à l'exportation pratiqués par les membres de Cairns, et, par ailleurs, l'accès amélioré aux marchés des services et des biens industriels, la protection et l'encadrement des investissements à l'étranger, la transparence des marchés publics, la baisse des tarifs industriels, etc. A Genève, les choses avancent pas à pas: un nouveau projet de compromis sur les modalités des négociations agricoles est attendu de Stuart Harbinson à la mi-juillet, le paquet classifiant les très nombreuses demandes, plus ou moins controversées, pour un traitement spécial et différencié des pays en développement, a été "plutôt" bien accueilli par "presque tout le monde" même s'il reste à définir le contenu des différentes catégories, etc. Sur l'accès aux médicaments, M. Lamy a souligné l'urgence d'un accord et rencontré des représentants de l'industrie pharmaceutique américaine pour tenter de les rassurer sur la pérennité de la protection intellectuelle de leurs produits.
Sur le front bilatéral, les Européens et les Américains ont pour l'essentiel confirmé leur désaccord sur les OGM, et partant, la volonté des Américains de demander un panel, tandis que le Commissaire Lamy a instamment demandé au président Bush de cesser d'arguer de la faim en Afrique pour promouvoir la cause des aliments transgéniques. Sur l'acier, "les mesures de sauvegarde américaines vont être condamnées en tout point et je crois que M. Bush a essayé de préparer le secteur avec sa déclaration de mercredi. Ils iront sans doute en appel et perdront là aussi", estime-t-on du côté européen. Quant à l'arbitrage demandé par Washington contre les mesures européennes prises à la suite du verrouillage du marché américain, le processus est "gelé". "Ils ne veulent pas continuer, juste montrer à leurs constituencies qu'ils font quelque chose pour les sidérurgistes". Sur les FSC, trois propositions de réforme du code fiscal américain entreront prochainement en lice et, signalent déjà les Européens, la période transitoire de cinq ans proposée par MM. Rangle et Crane est « inacceptable ».