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Bulletin Quotidien Europe N° 8440
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

La "clause de départ" est la bienvenue

La participation à l'UE doit rester volontaire. Je ne partage pas les réserves à l'égard de l'insertion, dans le Traité constitutionnel, de la possibilité pour un Etat membre de sortir de l'Union s'il le souhaite. Certains conventionnels craignent (au sein même du présidium de la Convention, paraît-il) que cette faculté puisse constituer un instrument de chantage à la disposition de ceux qui menaceraient de quitter le navire s'il avance dans une direction qu'ils n'approuvent pas. C'est absurde. Rien, rien ne doit être fait pour retenir ceux qui souhaiteraient éventuellement partir. Jamais il ne faudra donner l'impression, à un pays ou à un peuple, qu'il est prisonnier de son appartenance à l'Union. Combien de pays prient et insistent pour que la porte d'entrée leur en soit ouverte! S'il existe un gouvernement, un parlement, un peuple - mais j'en doute - qui entend parcourir le chemin inverse, la porte de sortie est ouverte. L'UE n'est pas l'Union soviétique, elle n'envoie pas de chars pour retenir les réticents. Qu'elle soit donc bienvenue, la clause de sortie, confirmation du caractère volontaire de toute participation.

D'ailleurs, même les "souverainistes" n'incluent pas le départ de l'Union dans leurs programmes. Jean Marie Le Pen avait essayé de le faire, à l'occasion des dernières élections présidentielles en France, mais dès que les experts lui ont expliqué que l'abandon de l'euro impliquerait une dévaluation de 30% au moins de la monnaie nationale, et une hausse impressionnante des taux d'intérêt, il avait mis ces velléités en sourdine. Pour d'autres, ce ne sont pas seulement les considérations monétaires qui dictent le choix de rester. Les souverainistes et les eurosceptiques s'efforcent d'orienter "de l'intérieur" les politiques de l'UE dans le sens de leurs préférences, mais ils ne préconisent pas la sortie de leur pays; ils savent bien qu'ils ne seraient pas suivis par la majorité de la population. De son côté, la Convention s'efforce de rendre praticable la "différenciation" (coopérations renforcées, avant-garde) afin que chacun puisse choisir son niveau d'intégration. Quant aux pays candidats dont les peuples doivent encore s'exprimer (deux l'ont déjà fait, la Slovénie et Malte), on verra bien ce que donneront les référendums. Et si l'un ou l'autre devait choisir de ne pas adhérer, ce ne serait certes pas l'Union qui aurait des sujets de préoccupations.

L'intégration européenne a prouvé que la guerre est une vieillerie. J'ai l'impression que ceux qui craignent que la clause de sortie puisse représenter une tentation oublient (ou n'ont jamais su) ce que signifie l'intégration européenne. Sans reprendre des arguments que les quelques lecteurs anciens de cette rubrique connaissent, je vais citer ce que vient d'écrire un journaliste (Giorgio Bocca) que j'admire, et qui, approchant désormais des 80 ans, a traversé le fascisme, le nazisme, les guerres et la résistance. Voici: "l'Union européenne a prouvé que la guerre n'est pas, comme le disait von Clausewitz, la continuation nécessaire et presque inévitable de la politique. Elle a prouvé que des pays sortis de guerres millénaires, imbus d'une culture de guerre, peuvent non seulement vivre sans guerres, mais être presque incrédules qu'elles aient existé, et que Français, Anglais, Allemands, Italiens, Espagnols aient pu s'égorger réciproquement au point de fabriquer de leurs mains la décadence de l'Europe. Pour la première fois dans l'histoire de l'homme, l'idée commence à se répandre que la guerre est une vieillerie…" Ce qui arrive dans le monde prouve que cette idée nouvelle est encore loin de s'être affirmée partout, mais dans l'Europe unie elle fonctionne. Au sein de l'Union européenne, et même lorsqu'à ses frontières les tueries se poursuivaient comme dans l'ancienne Yougoslavie, les pays qui s'étaient le plus déchirés dans l'histoire ont appris à résoudre autrement leurs divergences.

Au-delà de la paix. La paix, ce n'est pas tout. L'Union prépare aussi un espace de liberté, de sécurité et de justice et, dans son sein, quelles que soient les lacunes, la démocratie et le respect des droits de l'homme représentent la base obligatoire de l'édifice: les pays qui, par hypothèse, ne les respecteraient pas seraient suspendus et à la limite expulsés. L'aspiration à faire partie de l'Union a contribué puissamment en elle-même à accélérer la marche des pays candidats vers l'adoption et l'application de ces principes. L'existence d'un "modèle européen de société" est de plus en plus évidente. Malgré ses défauts et insuffisances, les émigrés du monde entier se pressent aux frontières de l'Europe et risquent parfois la vie pour l'atteindre. Elle ne peut évidemment pas accueillir tous les persécutés ni toute la misère du monde (elle ne représente que les 5 ou 6% des terres émergées), et elle doit défendre sa civilisation et ses acquis. Mais elle a prouvé qu'il est possible de dépasser les rancunes anciennes entre les peuples et de régler les problèmes des minorités et de la coexistence de races et religions. C'est un exemple et un modèle. Pourquoi devrait-elle craindre une clause de libre sortie? La Convention doit inclure cette clause dans sa Constitution et la CIG doit l'approuver. Si quelqu'un ne veut pas rester, libre à lui de choisir le départ. Je ne crois pas qu'il y aura foule. (F.R.)

 

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