Bruxelles, 19/03/2003 (Agence Europe) - Malgré le pessimisme ambiant, les retards, divisions et obstacles en présence, l'Union a encore de « solides » raisons d'être « optimiste » quant aux chances de parvenir à un « bon résultat à Cancun et à une conclusion (du nouveau cycle de l'Organisation mondiale du commerce) pendant le mandat de cette Commission », estiment les Commissaires Pascal Lamy et Franz Fischler dans la note d'information qu'ils ont présentée au collège, ce mercredi, pour le tenir au courant de l'évolution des travaux à Genève. Il y a toutefois une inconnue dans cette évaluation, soulignent-ils en substance dans ce document interne. Et c'est l'Irak, qui « risque de projeter un voile d'incertitude sur le prochain semestre de travail ». « L'Agenda de Développement de Doha n'est pas en crise », affirment-ils. En dépit des rendez-vous déjà manqués, et de celui du 31 mars qui pourrait l'être également (l'échéance n'est mentionnée que pour rappeler qu'elle existe), malgré les difficultés auxquelles se heurtent les négociateurs sur les chapitres - parmi les plus « chauds » et stratégiques - de l'agriculture, des services, du développement -, l'Union ne désespère pas de voir les 145 parvenir à un accord dans les temps. Un accord qui répondrait à ses intérêts, car il ne se limiterait pas aux questions d'accès au marché mais couvrirait aussi les « sujets de préoccupation » (notamment des pays en développement), ainsi que des règles plus claires ou nouvelles, y compris pour l'investissement, la concurrence et la facilitation des échanges (l'environnement éventuellement aussi, mais là, l'Union est toujours « isolée »). Pourvu « que le retentissement de la crise irakienne puisse être circonscrit du fait de la poursuite de la coopération internationale dans d'autres domaines tels que le commerce, nous pourrons et continuerons à avancer », soulignent les deux responsables.
L'état des lieux se focalise sur cinq domaines prioritaires, dont:
1. Les Questions de développement, « qui doivent prendre la toute première place », car « il n'y aura pas d'accord de Doha à moins que les pays en développement ne soient à même de conclure qu'ils s'en sortent équitablement », la priorité étant « un accord précoce (d'ici septembre: NDLR) sur l'accès aux médicaments, alors que les Américains continuent de résister à un texte consacré par le reste des membres de l'OMC à la fin de l'année dernière ». Il faudra aussi « démontrer » des progrès « réels » sur le Traitement Spécial et Différencié promis à ces pays, et ce «partout »: mais, « malheureusement », quelques-uns d'entre eux suivent encore "une approche plutôt tactique, refusant par exemple les idées de l'UE sur la différenciation". D'où l'importance de bien évaluer et faire consigner à Genève la contribution de l'UE sur l'assistance technique et un effort coordonné entre les services commerce et aide (AIDCO) de la Commission.
2. L'accès aux marchés non agricoles (droits de douane, etc.), un « classique des négociations commerciales » auquel la « volonté » affichée par les pays en développement de défendre leurs intérêts donne cependant un nouveau profil « bienvenu ». L'UE en tient compte dans ses propositions « ambitieuses », à travers l'initiative qu'elle avance pour les textiles, l'habillement et les chaussures - toutes des exportations clés pour ces pays - alors que les Etats-Unis se lancent dans une approche « radicale » (élimination totale des droits d'ici 2015), au risque de faire disparaître l'accès préférentiel des pays en développement qui s'en inquiètent « bien évidemment », de même que leur capacité à tirer un revenu des droits de douane.
3. Les Services, où les négociations ont pris « un profil haut, public, surtout dans l'UE ». Le malentendu persiste avec les ONG qui poursuivent leurs « campagnes déterminées », bien que "nos intérêts offensifs soient considérables, que les pays en développement se battent pour prendre pied sur le marché mondial du commerce des services et que nous ayons maintes fois clarifié que nous n'avons jamais voulu proposer quoi que ce soit qui puisse déreglementer ou privatiser nos propres services publics, et que nous ne le ferons jamais". Cela étant, les détracteurs s'acharnent maintenant, non plus sur la substance, mais sur la procédure, par exemple la transparence, où leurs plaintes n'ont « aucun fondement », car l'UE s'apprête à tout dévoiler au public, ce que la plupart de ses partenaires « n'acceptent pas de faire ». Autre défi à venir: « persuader les Etats membres (de l'UE) de faire des offres significatives sur l'un des domaines qui intéressent le plus les pays en développement, notamment le Mode IV, les déplacements temporaires d'employés (24 demandes en ce sens ont été faites à l'UE par ces pays, soit la majeure partie des demandes qui lui sont parvenues: NDLR). Même s'il faut revenir au Conseil pour régler cela, «il faut assurer que notre offre intéresse fortement" ces pays.
4. L'Agriculture, où les difficultés étaient prévisibles dès le départ, compte tenu des intérêts fortement divergents en présence. Les positions restent « polarisées » après d'intenses discussions sur un premier projet de compromis (le projet Harbinson), « lourdement critiqué par la plupart des membres de l'OMC (y compris les Etats-Unis) parce qu'il va « trop loin ou pas assez » et que l'UE trouve « totalement déséquilibré ». Le second, avancé ce mardi, affiche déjà un score peu probant. EUROPE y reviendra. (voir aussi EUROPE d'hier, p. 11).
5. Les règles, qui sont un autre élément « clé » de l'Agenda et « vital de notre mandat », la priorité « immédiate » étant de lancer les négociations sur les sujets de Singapour à Cancun. L'UE reprend confiance, et les résistances qui persistent semblent « tactiques ». Mais sur l'environnement, l'UE reste isolée et sur les instruments de défense commerciale (point sensible des USA), les négociateurs n'entreront dans le vif du sujet qu'en septembre.