Bruxelles, 07/11/2002 (Agence Europe) - En visite outre-Atlantique cette semaine pour participer notamment à la Conférence annuelle du TABD, le Commissaire européen Pascal Lamy a eu des échanges de vues "très intéressants" sur la relation entre commerce et développement avec le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et les ambassadeurs du G77 à New York. Le responsable de la politique commerciale européenne était également l'un des protagonistes d'une rencontre "hors format" en public avec son homologue américain Robert Zoellick qu'il a ensuite retrouvé, mercredi soir, en tête à tête pour faire le point de l'actualité bilatérale - autrement dit, les nombreux différends commerciaux qui compliquent la relation transatlantique depuis un an - et pour prendre le pouls des négociations à Genève, tout juste un an après le coup d'envoi donné au nouveau Cycle de l'Organisation mondiale du commerce à Doha.
Dans ses entretiens à New York, Pascal Lamy a relevé un « intérêt croissant des Nations unies pour le facteur commerce qui peut contribuer énormément au développement ». Le lien était déjà là mais n'était pas mis en pratique, a-t-on indiqué de source proche du Commissaire, jeudi. Kofi Annan s'est enquis de son côté des chances de résoudre rapidement les problèmes résiduels mais non moins cruciaux liés à l'accès des populations les plus pauvres aux médicaments, que l'accord de Doha avait laissés de côté jusqu'à la fin de cette année. Comme elle le signalait le même jour à Genève, où 25 de ses partenaires commerciaux étaient réunis à son invitation, l'Union a bon espoir de voir des solutions émerger dans le temps, en particulier pour traiter le cas des pays qui n'ont pas de capacité de production et ne peuvent dès lors pas profiter des opportunités offertes par le mécanisme de licences obligatoires (voir EUROPE du 31 octobre, p.8, au sujet de la conférence de presse de Pascal Lamy). Ces pays et les Quinze doivent se retrouver la semaine prochaine à Sidney pour une rencontre de la dernière chance qui se focalisera sur cette question, ainsi que sur le traitement spécial et différencié à réserver aux pays en développement dans le cadre des Accords sur les aspects de propriété intellectuelle liés au commerce (Adpic).
Les "retrouvailles" entre MM.Lamy et Zoellick, qui ne s'étaient pas formellement rencontrés depuis juin dernier, se sont en fait déroulées "dans un format un peu spécial", en public, à l'occasion d'un débat informel devant le Conseil de politique étrangère (un Think tank new-yorkais). Chacun a pu expliquer et faire valoir sa propre vision et la position qu'il défend sur le front commercial. Dans ce débat, orchestré par un journaliste britannique, Lionel Barber, M.Lamy a bien évidemment été interpellé sur la politique agricole commune, et il a souligné à cette occasion que les dépenses sectorielles sont désormais circonscrites. Actuellement situées à 40 milliards d'euros, l'augmentation de cette dépense, en fonction de l'inflation, devrait être limitée à 8 milliards d'euros en 2013, alors que l'Union comptera 25 pays membres au lieu de 15, a-t-il fait valoir. Pour ce qui est de l'attente des propositions européennes sur le chapitre agricole du Cycle de Doha, M. Lamy a encore une fois confirmé que l'Union ferait connaître sa position à temps pour respecter l'échéance de mars, à laquelle l'OMC doit finaliser les modalités de cette négociation (voir EUROPE du 6 novembre, p.17, au sujet des déclarations du Commissaire à l'Agriculture Franz Fischler). Il a souligné que pour les produits non agricoles, l'Union avait déjà mis sur la table un plan "ambitieux" couvrant quelque 70% des exportations des PVD dont 30% reposent sur leurs ventes textiles.
M.Zoellick a annoncé qu'une proposition "agressive" serait "bientôt" présentée par les Etats-Unis sur l'accès au marché des produits industriels. Par ailleurs, le Représentant au commerce s'en est pris au lien que l'Union s'obstine à faire entre le commerce et l'environnement au risque, selon lui, de mettre un frein au processus de Doha. "Si l'Europe continue à pousser des choses dans le domaine de l'environnement qui semblent menaçantes aux pays en développement, nous ne pourrons pas avancer", a-t-il dit. "Nous Européens pensons que l'un et l'autre facteur doivent être au moins sur un pied d'égalité. Si ce n'était qu'un point de vue européen, je dirais que l'environnement doit prévaloir sur les règles commerciales, mais dans la mesure où nous vivons sur la même planète, je dirais que les deux doivent être mis sur un pied d'égalité", a répliqué M.Lamy.
Les deux responsables se sont ensuite retrouvés en tête à tête pour passer en revue la longue liste des différends bilatéraux, y compris l'affaire des aides fiscales à l'exportation, où la balle est dans le camp du Congrès où les Républicains viennent de prendre le contrôle sur les deux Chambres.