Bruxelles, 28/10/2002 (Agence Europe) - A la lumière du dernier avis du Conseil international pour l'exploration de la mer (CIEM), qui est « le plus dramatique que nous ayons jamais reçu », la Commission européenne ne voit pas d'autres solutions que de proposer, au moins dans un premier temps, de suspendre l'année prochaine la pêche au cabillaud et à d'autres espèces associées comme l'églefin et le merlan et aussi de réduire les totaux admissibles de captures (TAC) pour la plie et la langoustine, a annoncé lundi le Commissaire Franz Fischler. Les zones couvertes par cette interdiction seraient la mer du Nord, la Manche-Est, le Skagerrak, la mer d'Irlande et l'Ouest de l'Ecosse, et le Golfe de Gascogne. L'ampleur de la dégradation des stocks a été sous-estimée ces dernières années car certains des Etats membres concernés (Royaume-Uni, Danemark, Irlande, Suède, Allemagne, Pays-Bas et Belgique) ont fourni des informations erronées sur les prises et les débarquements, a expliqué M. Fischler, en affirmant que le dernier avis du CIEM - selon lequel il reste tellement peu de cabillauds adultes pour pondre des œufs que l'espèce ne parvient plus à se reproduire - avait justement tenu compte de ces fausses déclarations.
Le Commissaire a précisé que le comité scientifique et technique de la Commission examinait actuellement l'avis du CIEM et qu'il rendra son propre verdict le 11 novembre. « À moins que notre position ne soit divergente (de celle du CIEM), ce qui est très peu probable, je ne vois pas d'autres solutions, dans un premier temps, que de proposer pour 2003 un TAC nul pour le cabillaud, l'églefin et le merlan, et des réductions significatives pour la plie et la langoustine », a-t-il ainsi confirmé. Parallèlement, la Commission mettra la pression sur les Etats membres pour qu'ils adoptent avant la fin de l'année certains aspects de la réforme de la politique commune de la pêche (PCP) comme: - les plans de gestion pluriannuels prévoyant des réductions importantes de l'effort de pêche ; - l'application rigoureuse de la fermeture de zones ; - et l'amélioration des contrôles des débarquements.
« Certains représentants du secteur de la pêche nous disent aujourd'hui qu'il faudrait tout simplement oublier le cabillaud au motif qu'il est trop tard pour tenter de reconstituer les stocks. Ils nous disent de continuer les efforts de pêche en les concentrant sur de nouvelles espèces. Je dirais qu'il s'agit là d'une position que je ne peux en aucun cas défendre et dont je ne veux même pas discuter », a martelé M. Fischler. « Nous avons un devoir moral envers les pêcheurs et leurs familles de tout faire pour reconstituer les stocks de cabillauds qui, depuis des centaines d'années, constituent la source principale de revenu de nombreux pêcheurs au sein de la Communauté », a-t-il poursuivi. M. Fischler a reconnu que si cet avis du CIEM devait être interprété à la lettre, « il aurait un impact économique très perturbateur pour de nombreuses zones côtières ».
Il a annoncé que, dès la semaine prochaine, la Commission réfléchira à la manière d'adapter le règlement sur l'instrument financier d'orientation de la Pêche (IFOP) pour tenir compte des nouveaux besoins dans le cadre de la réforme, de la PCP (cofinancement des systèmes de préretraite, primes aux pêcheurs en cas de retrait permanent de leur navire, aides à la reconversion en dehors de la pêche marine, ou mesures nationales financées pour les pêcheurs pour faciliter la cessation temporaire des activités de pêche). M. Fischler a ajouté que la Commission a proposé aussi, dans le cadre de la réforme, que l'aide financière actuellement affectée au renouvellement et à la modernisation de la flotte soit reprogrammée par les Etats membres pour aider les pêcheurs à se recycler, à se reconvertir à d'autres emplois ou à partir à la préretraite.