Bruxelles, 05/07/2002 (Agence Europe) - Dans un discours prononcé le 3 juillet au American Enterprise Institute à Washington, le ministre danois des Affaires étrangères, Per Stig Moeller, a longuement plaidé pour un renforcement des relations transatlantiques mais, tout en rejetant l'image facile des « méchants Américains » et des « gentils Européens », il n'a pas caché qu'une coopération plus étendue exige aussi une attitude moins unilatérale des Etats-Unis.
« Lorsque le Danemark a entamé sa présidence de l'Union européenne, il y a deux jours, ce fut un allié de longue date et un ami proche des Etats-Unis qui a pris le rôle de président de l'UE », a dit le président du Conseil avant d'ajouter: « Cela ne devrait surprendre personne que le renforcement des relations transatlantiques et un effort de lutte contre le terrorisme occuperont une place prédominante de l'ordre du jour européen de la Présidence danoise ». Il ne faut pas cacher que « nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout », a constaté Per Stig Moeller qui a pris le soin de préciser: « Dans des domaines tels que la biotechnologie, le Tribunal pénal international, le Protocole de la Convention sur les armes biologiques et chimiques, le Traité sur l'interdiction des essais nucléaires, le Protocole de Kyoto, la peine de mort, l'acier et la coopération commerciale, nos options divergent. Et de temps à autre, les litiges commerciaux transatlantiques jettent une ombre sur nos relations. Il est primordial que ces litiges se règlent de manière constructive grâce à des négociations (…). Permettez-moi de vous rappeler qu'il a fallu attendre que les hommes forts acceptent et respectent la loi avant de créer les règles des droits nationaux. A l'heure actuelle, la communauté internationale s'apprête à établir des règles de droit international. La plupart des pays ont choisi de créer un Tribunal pénal international en vue d'appliquer les règles du droit commun fondées sur le respect des droits de l'Homme. Les Etats-Unis mènent une lutte en faveur des droits de l'Homme et de la démocratie à travers le monde, mais ils ont décidé de ne pas ratifier le traité du TPI, ce que je trouve regrettable ».
« Au cours de la Présidence danoise, nous allons sans doute être guidés par le principe directeur suivant: bien que nous soyons différents, nous construisons et défendons la même maison fondée sur la liberté. L'objectif n'est pas d'être des copies l'un de l'autre mais au contraire de se compléter. Deux copies ne feront pas plus qu'une seule. En se complétant, nous pouvons réaliser beaucoup plus ensemble », a dit le ministre danois avant de souligner qu'une confiance mutuelle est un préalable indispensable à une coopération étroite. Evoquant « les images d'Epinal d'un pays autoritaire, belliciste et intransigeant avec les méchants Américains d'un côté, et d'une Europe douce, complaisante et mal organisée avec les gentils Européens de l'autre côté », Per Stig Moeller a déclaré: « Nous devons éviter d'adhérer à ce genre d'images superficielles et toutes faites, et nous devons en revanche aller au fond des choses, sujet par sujet. Ainsi, nous aurons un agenda positif, un agenda qui nous permettra d'augmenter les intérêts des Etats-Unis en Europe et les intérêts de l'Europe aux Etats-Unis. Il faut savoir qu'à la longue, aucun pays ne peut fonctionner seul et sans amis ».
Le ministre danois des Affaires étrangères a aussi évoqué:
les progrès vers une Europe politique: « Les pays européens ont toujours du mal à parler d'une seule voix, mais nous progressons tous les jours », a estimé Per Stig Moeller avant de poursuivre: « Des réformes structurelles ont permis d'accroître l'efficacité de l'UE. Une politique européenne de sécurité et de défense verra bientôt le jour. Nous comprenons qu'il y a une grande cohérence entre la politique étrangère et de sécurité commune de l'Union, le commerce et la politique de développement. Nous sommes conscients du fait que beaucoup reste à faire, mais nous sommes en bonne voie. Le renforcement de la cohésion en Europe est une garantie pour une plus grande sécurité en Europe et aux Etats-Unis ».
l'OTAN: « Une OTAN plus grande, plus flexible et de plus grande portée nous permettra d'avoir un outil fort pour réagir face à un environnement de sécurité de plus en plus imprévisible. Au Sommet de l'OTAN à Prague, notre objectif doit être de conserver l'OTAN comme la gardienne centrale de sécurité dans les régions européenne et transatlantique. Nous nous apprêtons à prendre une décision ambitieuse pour l'élargissement à Prague. Les pays candidats et l'OTAN sont bien préparés et nous devrions viser une adhésion avec jusqu'à 7 nouveaux pays », a dit le ministre danois.
Proche-Orient: « Tout d'abord, nous devons oeuvrer en faveur d'une reprise des négociations politiques entre Israël et les Palestiniens. Une perspective politique pour la création d'un Etat palestinien est nécessaire. Et ensuite, nous devons faire pression pour qu'une réforme de l'Autorité palestinienne soit effectuée. Nous devons garantir que les dirigeants palestiniens tiennent leur promesse sur la tenue des élections dans un avenir proche. Mais ces élections demandent également des concessions de la part des Israéliens. Israël doit retirer ses troupes des territoires occupés palestiniens, si les Palestiniens doivent organiser des élections », a souligné Per Stig Moeller.
le Sommet de Johannesburg: « Les pays industrialisés doivent rompre le lien entre croissance économique et utilisation des ressources. Et les pays en voie de développement doivent renforcer la gouvernance démocratique pour pouvoir bénéficier du commerce et du financement. Ce n'est pas seulement un souhait de notre part mais également une nécessité que les Etats-Unis participent intégralement à ce processus. Nous devons faire avancer ce processus ensemble. C'est mon espoir que cette collaboration sera fructueuse de manière à ce que l'alliance globale contre le terrorisme soit également une alliance globale contre la pauvreté ! », a déclaré le ministre danois des Affaires étrangères avant de poursuivre: « La pauvreté ne crée pas le terrorisme et ne le justifie pas. Mais elle peut alimenter le terrorisme. Et le seul moyen d'y remédier est d'unir les efforts européens et américains. Nous avons une responsabilité partagée pour parvenir à des solutions aux problèmes liés à la pauvreté. Ces solutions doivent se trouver dans un commerce accru, un accès à nos marchés et dans un renforcement de notre aide au développement. L'intention des Etats-Unis d'augmenter leur aide au développement de 50% au cours des trois prochaines années constitue un pas dans la bonne direction ».