Bruxelles, 21/03/2001 (Agence Europe) - L'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) de Vienne vient de publier une nouvelle étude intitulée "Attitude des Européens vis-à-vis des minorités". De cette analyse réalisée par l'Eurobaromètre, qui se fonde sur 16.078 enquêtes effectuées dans les Etats membres de l'UE entre le 5 avril et le 23 mai 2000, il ressort principalement que: a) un nombre croissant d'Européens considèrent que les immigrants enrichissent la vie culturelle de leur pays; b) l'attitude vis-à-vis des immigrants et des minorités a évolué dans un sens positif, dans de nombreux Etats membres; c) une majorité croissante d'Européens ont exprimé leur inquiétude à l'égard des minorités car ils craignent qu'elles constituent une menace pour la paix et le bien-être de la société et s'inquiètent notamment du chômage et de l'impact sur la qualité de l'éducation.
Même si les initiatives anti-discrimination sont bien accueillies aux niveaux national et européen, on cherche de plus en plus dans l'UE des "boucs émissaires", a expliqué Beate Winkler, directrice de l'Observatoire, au cours d'une conférence de presse à Bruxelles. "Les gens ont peur de ces flux migratoires, ont peur de perdre leur emploi et les bénéfices de la sécurité sociale, de voir leurs enfants pénalisés dans le cadre scolaire, bref de perdre à l'avenir leurs acquis", a-t-elle constaté. Un autre résultat de l'enquête, c'est que 48% des citoyens européens acceptent de vivre dans un milieu multiculturel, et que 20% préconisent une assimilation des immigrés (tout en leur demandant de renoncer à leur religion et/ou culture et de s'adapter à celle du pays d'accueil). "On peut en déduire que la plupart des citoyens européens ne sentent pas encore l'Europe comme une Europe multiethnique et multiculturelle", a noté Mme Winkler.
L'étude répartit la population en quatre catégories: 1) les "tolérants passifs", qui ne sont pas perturbés par la présence de différents groupes minoritaires (39% de la population); 2) les "ambivalents", qui adoptent une attitude tour à tour positive et négative vis-à-vis des minorités (25%); 3) les "tolérants actifs", qui sont prêts à s'engager pour de tels groupes (21%); 4) les "intolérants" qui ont une attitude franchement hostile (14%). Mme Winkler a aussi noté que les comportements xénophobes sont moins nombreux chez ceux qui ont bénéficié d'une formation, ou chez les jeunes qui ont été très tôt confrontés avec les jeunes immigrés et qui sont donc très tolérants. Pour Mme Winkler, "l'antisémitisme a régressé en Allemagne, et régresse lorsque les messages envoyés par la société sont clairs" et rejettent ce phénomène. Mme Winkler a beaucoup insisté sur l'importance de l'éducation et de la sensibilisation de la population, de la formation professionnelle, de la formation des formateurs, des politiciens, de la société civile et des ONG, du rôle des médias. Il faut inciter les gens à s'intéresser à ce qui est différent et leur apprendre à être attirés par les différences culturelles, car l'avenir de l'Europe doit être "synonyme de pluralisme et d'égalité", a conclu Beate Winkler.