Bruxelles, 22/02/2001 (Agence Europe) - Les responsables du commerce extérieur de l'Union se retrouveront pour un dîner informel organisé par la présidence suédoise, ce dimanche 25 février, à la veille du Conseil général (voir les pages précédentes). Aucune décision n'est à attendre de ce type de rencontre, mais il est évident qu'un signal fort des Quinze, sur les préoccupations du Tiers monde en particulier, contribuerait grandement aux efforts menés par le Commissaire Pascal Lamy et d'autres pour promouvoir le lancement d'un nouveau cycle de négociations multilatérales dès l'automne prochain au Qatar... D'autant plus que le responsable de la politique commerciale commune s'envolera dans une dizaine de jours vers Washington - où, pour l'heure, les regards semblent plutôt rivés sur le reste du continent américain.
Après le fiasco de Seattle, qui a au moins permis de confirmer le poids et l'importance croissante des pays en développement au sein du système multilatéral, il est apparu de plus en plus clairement du côté européen que le lancement et la conclusion de tout nouveau cycle ne pourraient être obtenus sans intégrer plus explicitement et résolument les intérêts de ces pays, tous secteurs confondus et quel que soit le stade du processus. Les "ponts" que M.Lamy disait déjà vouloir jeter entre l'institution genevoise et le Tiers monde, il y a un an, doivent maintenant être bétonnés et il ne reste que huit mois pour le faire, avant la Conférence ministérielle de Doha qui sera sans doute, pour quelques années encore, la dernière occasion de lancer un cycle. C'est un constat qu'un nombre croissant d'acteurs de la scène commerciale mondiale partagent aujourd'hui, comme l'ont reflété les discussions qui se sont tenues le mois dernier en marge du Forum économique de Davos (voir EUROPE du 3 février, p.16). Dores et déjà, l'assouplissement annoncé de la position communautaire rassure et les Européens observent même un "dégel" de l'atmosphère à Genève, ce que Mike Moore, le Secrétaire général de l'OMC, a appelé un "changement d'humeur".
EUROPE croit savoir que la "nouvelle" approche européenne - qui doit encore recevoir le sceau des Quinze, pourrait consister à viser un cycle de trois ans qui démarrerait dans l'idéal à l'automne, autour d'un agenda reflétant substantiellement les priorités du monde en développement, que ce soit dans les négociations sectorielles déjà prévues, sur l'accès au marché, sur l'élaboration des règles, etc. tout en maintenant à l'ordre du jour l'investissement, la concurrence et l'environnement, mais sous une forme plus souple et sans pour autant leur ôter toute substance. Sur les deux premiers sujets, les négociations pourraient être lancées et clôturées en même temps que les autres. Tout le monde serait invité à y participer, en ayant aussi la liberté de souscrire ou non le résultat du processus. Certains partenaires ne sont pas si hostiles qu'ils le disent haut et fort à cette idée, estime-t-on dans les milieux proches de la Commission. La création d'une autorité de tutelle mondiale en matière de concurrence est l'un des gros problèmes, estimait-on de même source bien informée, en ajoutant que d'autres partagent aussi la crainte des Européens que l'absence de socle commun sur la politique de concurrence donne lieu d'ici 5 à 10 ans à une véritable "guerre antidumping". Sur les aspects environnementaux du commerce, l'objectif devrait être maintenu d'obtenir des clarifications multilatéralement agréées, plutôt qu'une modification des règles commerciales existantes, y compris pour ce qui a trait à la sécurité des consommateurs. Il reste évidemment à dire clairement que cette ambition n'est en rien protectionniste et que le résultat des négociations ne pourra en aucun cas servir de prétexte à des discriminations arbitraires ou à une quelconque restriction commerciale déguisée, tout en tenant compte des inquiétudes du Tiers monde pour l'accès au marché des pays ayant des normes environnementales plus strictes. Autre grande difficulté dans les pourparlers avec les pays en développement, les aspects sociaux du commerce pour lesquels l'objectif serait de les traiter dans le cadre d'un Forum conjoint impliquant l'OMC et l'OIT, ainsi que d'autres organisations internationales compétentes, afin de ne pas circonscrire la question au seul respect des normes sociales fondamentales, mais de couvrir aussi la problématique du développement social, particulièrement aiguë dans le Tiers monde. L'idée, qui fait déjà son chemin dans certains pays, notamment en Asie, serait de lancer ce dialogue structuré avant la ministérielle de Doha si possible, sans exclure de le refléter dans les dispositions générales de la politique commerciale. Concernant les textiles, le round pourrait aborder la question tarifaire au-delà des échéances déjà prévues pour 2005. Enfin, l'approbation de l'initiative "Tout sauf les Armes" dès lundi ou en tout cas assez rapidement, sans exclure les trois secteurs sensibles (bananes, riz, sucre) - c'est hors de question, dit-on du côté de la Commission - serait sans doute bienvenue.
Il reste aussi un autre "pont à jeter", en direction des Etats-Unis, où la nouvelle Administration n'a pas encore clarifié ses intentions sur le futur Round. Le Commissaire Lamy devrait s'y atteler dès les 8-9 mars prochains, lorsqu'il rencontrera son homologue M. Zoellick et d'autres interlocuteurs déterminant pour les orientations futures de la politique des Etats-Unis dans ce domaine, y compris le Congrès. "Mais la question restera sans doute encore longtemps sans réponse", estimait-on à Bruxelles, en renvoyant au "travers régional" assez manifeste de la nouvelle administration.