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Bulletin Quotidien Europe N° 7909
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Le volume des subventions n'est pas déterminant pour le démarrage d'une région, elles peuvent même être un frein à la volonté d'entreprendre - d'autres facteurs (dont la criminalité organisée) pèsent davantage

L'échec du Mezzogiorno. Le rappel par le Commissaire européen Mario Monti de l'obligation faite aux Etats membres de respecter, même dans les promesses électorales, la discipline budgétaire (voir cette rubrique dans EUROPE d'hier) est accompagné de considérations sur un autre aspect fondamental de l'activité européenne: la politique régionale et son efficacité. En se fondant sur le cas du Mezzogiorno italien, il a contesté avec vigueur les thèses purement "quantitatives" en soulignant que d'autres éléments ont davantage d'importance que le volume d'argent distribué. Ses constatations et affirmations confirment et confortent ce que nous avions écrit ici il y a deux semaines (1).

Qu'a déclaré le professeur Monti? En résumé, que le développement du sud de l'Italie a été un échec, puisque l'écart par rapport au Nord est resté inchangé depuis les années 50 et que, dans les années 90, le Mezzogiorno a été la seule région de l'UE où le retard (en terme de PIB par tête d'habitant) par rapport à la moyenne communautaire s'est aggravé. Pendant la période 1988-1996, l'indicateur est passé pour l'Irlande de 64% à 97% de la moyenne UE, pour le Portugal de 61 à 70%, pour la Grèce de 58 à 68%, pour l'Espagne de 62 à 66%. Mais pour le Mezzogiorno il est descendu de 69 à 67%. Ceci malgré l'apport financier impressionnant d'aides européennes et d'interventions nationales. Au-delà des chiffres, ce sont certaines constatations et analyses qui frappent. Les études effectuées montrent qu' il existe un rapport inversé entre le développement et l'intervention publique. Où les subventions ont été plus importantes, le développement a été moindre; il s'est concentré dans des zones et des entreprises qui "n'ont pas été privilégiées par la politique de soutien public". Les aides réduisent la motivation à entreprendre. Par contre, les "facteurs de développement" que le professeur Monti cite sont:

la tradition artisanale, où elle n'a pas été érodée par l'installation d'industries de base subventionnées,

une cohésion sociale plus solide et une éducation de base satisfaisante,

un poids moins élevé de la criminalité organisée. Les pouvoirs publics n'ont pas fait face à leurs tâches institutionnelles (ordre public, sécurité, infrastructures de base) alors qu'ils se sont ingérés dans le processus économique en subventionnant directement les entreprises.

Le rôle de l'Europe. Ces constatations amènent Mario Monti à souligner le rôle de l'Europe. En tant que commissaire à la concurrence, il souligne logiquement les aspects dont il est directement responsable, comme l'autorisation préalable de toute forme d'aides d'Etat. Mais presque toutes les politiques communautaires pourraient être citées. La réforme des règles relatives aux marchés publics, déjà préparée par les services de la Commission, est fondamentale car chacun sait à quel point la criminalité organisée en fait un domaine privilégié de son activité, en raison de l'afflux énorme de liquidités qu'ils comportent. Il est difficile de comprendre les réticences de certains Etats membres à accepter la disposition, prévue dans le projet de la Commission, tendant à exclure des marchés les entreprises compromises avec des activités criminelles. Nous attendons de voir comment se comportera sur ce point le Parlement européen. La gestion de la politique régionale doit aussi tenir compte des études et des analyses citées par M. Monti. Le Commissaire responsable de cette politique, Michel Barnier, a déjà indiqué son souhait que dans la prochaine période de programmation la surveillance de l'utilisation des ressources soit renforcée et que soit augmentée la "réserve de performance", c'est-à-dire le lien entre l'argent apporté et les résultats obtenus.

Même les aides aux pays tiers… Mais ces efforts seront inutiles dans les régions où la criminalité organisée ne sera pas démantelée. Dès que des sommes importantes sont disponibles, les chacals sont là. Si l'intervention de M.Monti amène l'Europe à donner davantage d'importance aux autres facteurs qu'au volume de l'aide, elle aura été utile. Et ceci est valable aussi à propos de certaines aides aux pays tiers, totalement détournées de leur objectif par la corruption et, de plus en plus, par la criminalité organisée. (F.R.)

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(1) "On a trop tendance à mettre l'accent sur le montant des aides, alors qu'en lui-même l'argent peut représenter un élément de distorsion, encourager dans certaines zones l'activité de la criminalité organisée, provoquer le soutien à des projets douteux pour ne pas perdre des fonds disponibles, etc.. Les statistiques indiquent que des zones qui ont reçu des subventions très importantes n'ont pas décollé, alors que d'autres l'ont fait avec moins d'aides. D'autres facteurs que l'argent sont susceptibles d'avoir une incidence majeure." (Au-delà de l'information, dans notre bulletin du 9 février).

 

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