Lisbonne, 26/05/2000 (Agence Europe) - La rencontre informelle des ministres de l'UE et des douze pays partenaires méditerranéens s'est terminée vendredi en fin d'après-midi et n'a pas donné lieu à la publication d'un communiqué ou conclusions formelles, mais a surtout permis un débat ouvert dont l'ambition, selon la Commission européenne, est de permettre, d'ici la session formelle, en novembre à Marseille, de "revigorer le processus de Barcelone" (c'est le titre d'un document soumis aux ministres). "Le chemin de Marseille est désormais bien balisé", a estimé Patrick Laurent, chef d'Unité chargé du processus de Barcelone à la Commission, qui constate que les répercussions de la situation au Liban ont eu une influence positive sur ce processus ("c'est le plus beau jour de ma vie", avait dit le ministre libanais des Affaires étrangères). Le plus important au stade actuel est de "combattre le désenchantement ambiant", affirme M. Laurent, mais au désenchantement s'est ajouté, à Lisbonne, le désappointement des pays partenaires dont les ministres venus en nombre n'avaient face à eux qu'un nombre réduit de collègues européens (Portugal, France, Belgique et Espagne).
Lors du dîner, jeudi soir, les ministres présents - parmi lesquels les ministres des Affaires étrangères de Syrie, du Liban et le secrétaire d'Etat israélien Nawaf Massalha, membre arabe du gouvernement d'Ehoud Barak - ont évoqué essentiellement, avec MM. Solana et Patten la situation au Moyen Orient, en particulier au Sud du Liban, alors que le président du Conseil des ministres de l'UE, M. Gama, a présenté (ce qu'il a fait aussi à l'ouverture de la session) le projet de "stratégie méditerranéenne" débattu lors de la dernière session du Conseil. En dépit des réserves rencontrées par ce projet, M. Gama affirme vouloir parvenir à des "progrès réels", et en parler lors du "sommet" de Feira. Il a expliqué qu'il ne s'agit pas de substituer la "stratégie" au processus de Barcelone mais de donner à ce processus des perspectives à plus long terme et une "vision plus large". M. Solana a exposé lors du dîner les progrès de la Pesd en assurant que la volonté n'est pas de créer un pôle militaire nouveau, mais de mieux faire face aux crises dans lesquelles l'UE aurait à assumer sa responsabilité. Cette réponse a été donnée en réaction à de vives critiques des ministres égyptien et algérien qui ont exprimé leur "amertume" de constater que l'UE se désintéresse graduellement de la Méditerranée. Les discussions politiques ont porté aussi sur le projet de Charte de paix et de stabilité: les débats entre les 27 pays se poursuivent utilement depuis la remise à plat opérée à Stuttgart et les experts, qui tentent de lui donner un contenu, espèrent pouvoir soumettre en novembre une ébauche aux ministres ou aux chefs d'Etat et de gouvernement de tous les pays du processus de Barcelone si un "sommet" avait lieu à la même date à Marseille.
Quant à MED, la réunion de Lisbonne doit amorcer un tournant que la session formelle de Marseille pourrait entériner et elle a été, selon la Commission, une "bonne occasion de porter un regard critique sur l'expérience passée et de faire des suggestions concrètes pour revigorer le processus". La Commission veut simplifier et rationaliser l'instrument financier et le cibler en soutien à l'orientation nouvelle, qui consisterait à miser sur le développement régional et subrégional. L'encouragement aux projets d'intégration figure parmi les objectifs prioritaires nouveaux, et la Commission penche à inciter les pays déjà signataires d'accords d'association (Tunisie, Maroc, d'une part; Israël, Jordanie et Palestine, de l'autre) à amorcer leur rapprochement commercial et économique "sur la base de ce qu'ils ont négocié avec l'UE en l'adaptant à leurs caractéristiques propres". Mais "il n'y a pas de schéma géographique préconçu", et des coopérations entre pays de l'Est et de l 'Ouest de la Méditerranée ne seraient pas à exclure (en tous cas, lorsque au moins deux Etats membres et deux pays tiers méditerranéens ont en vue un projet de coopération d'intérêt collectif).
La Commission a présenté, à Lisbonne, son idée de construire un "marché intérieur euro-mediterranéen" sur la base de son expérience communautaire, en donnant à l'axe Nord-Sud créé dans le contexte des accords bilatéraux une dimension Sud-Sud qui permettrait un rapprochement graduel entre les pays partenaires dans les domaines douanier, réglementaire, de la concurrence, des normes et certifications et, surtout, des règles d'origine.
La volonté affirmée à Lisbonne est également de donner un contenu plus concret au volet social, culturel et humain du processus, de s'engager dans une coopération active dans les domaines JAI (justice et affaires intérieures) et de corriger des situations critiquées par les pays partenaires concernant l'immigration légale. Le lancement d'un programme régional de santé est envisagé (probablement à Marseille).
EUROPE reviendra sur les conclusions de la rencontre de Lisbonne.