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Bulletin Quotidien Europe N° 7681
INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/sommet de lisbonne

M. Prodi a expliqué pourquoi ce Sommet sera "différent des autres", plus concret DANS SES EFFETS IMMEDIATS - Accord acquis sur les objectifs et espéré sur le calendRIER

Bruxelles, 21/03/2000 (Agence Europe) - Le sommet de Lisbonne de jeudi et vendredi sera "différent des autres, plus concret dans ses conséquences immédiates", parce que nous "partons de différentes conditions économiques, et je dirais d'espoir, en Europe", a dit le président de la Commission européenne Romano Prodi en exposant mardi à la presse, à l'appui de tableaux filmés, ce que la Commission en attend. Il a cité en particulier une série d'objectifs en faveur "des gens", de l'innovation et du marché, en se disant "sûr" qu'ils pourront être approuvés par les chefs d'Etat et de gouvernement, tout en escomptant que les conclusions du Conseil européen seront encore plus riches. Sans les perspectives de croissance durable que nous avons aujourd'hui, ces objectifs-là, "nous pourrions les oublier", a estimé M. Prodi.

Quant aux autres thèmes de ce sommet, M. Prodi a indiqué que les questions des Balkans et de l'Autriche seront abordées pendant le dîner de jeudi soir entre chefs d'Etat et de gouvernement (auquel il participera, alors que les commissaires aux relations extérieures Chris Patten et aux affaires économiques et monétaires Pedro Solbes Mira participeront à ceux des ministres des Affaires étrangères et de l'Economie et des Finances). En ce qui concerne l'Autriche, M. Prodi a confirmé que le chancelier Schüssel aura la parole et que le président du Conseil européen Guterres lui répondra à propos de la position des quatorze autres Etats membres. Ce sera un "débat très bref", une "explication simple", en ajoutant: "Je n'aurais pas à intervenir: n'ayant jamais rompu le dialogue avec l'Autriche, je n'ai pas besoin de le rouvrir." A la question de savoir si une "photo de famille" est prévue, il a répondu: "Je ne vois pas pourquoi il n'y en aurait pas, "la famille est là".

A propos des thèmes centraux du Sommet, M. Prodi a réaffirmé que "l'ennemi à abattre, c'est le chômage". Pour démontrer que le plein emploi est un objectif réaliste, il a montré des graphiques indiquant que le taux d'emploi dans l'UE est seulement de 61,1% en moyenne, alors qu'il est de 74% aux Etats-Unis (mais qu'il est de 78,9% au Danemark). L'Europe peut vaincre le chômage, notamment si elle recueille le défi de la globalisation et de la nouvelle économie de la connaissance, a affirmé M.Prodi, et il a ainsi esquissé la stratégie de la Commission:

- continuer à améliorer la qualité des finances publiques qui reste une base indispensable;

- agir en faveur des gens, ce qui signifie en particulier qu'il faudra définir plusieurs objectifs concrets, avec des échéances: toutes les écoles connectées à Internet en 2001 (de la Grèce à la Scandinavie, a-t-il dit, en signalant que certaines zones périphériques demanderont des mesures spécifiques), tous les enseignants formés aux nouvelles technologies de l'information en 2002, maîtrise des nouvelles technologies de l'information par tous les citoyens en 2005, amélioration du niveau d'éducation des jeunes et augmentation du taux d'emploi (général et des femmes en particulier, en 2010);

- soutenir l'innovation, en investissant dans le potentiel de recherche et en améliorant le passage du laboratoire au marché, avec des objectifs et des échéances: réorientation des instruments financiers de l'UE pour soutenir les "star-ups" et les entreprises de haute technologie dès 2000 , création d'un espace européen de la recherche en 2002, marché européen intégré du capital à risque en 2003, brevet européen unique en 2005;

- garder le marché comme "point de mire", avec des objectifs précis et des dates limites: accès moins coûteux à internet grâce à une plus grande concurrence des télécommunications locales et cadre approprié pour le commerce électronique dès 2000 (c'est "très très urgent", a dit M. Prodi), réduction des entraves à la création de nouvelles entreprises en 2001, plan d'action en faveur du capital à risque et libéralisation complète du marché de l'énergie, espace aérien unique et corridors de fret ferroviaire en 2003, finalisation du plan d'action des services financiers en 2005.

En répondant à des questions sur la protection sociale, M. Prodi a constaté que beaucoup de chemin a été fait depuis ses premiers sommets (comme chef de gouvernement), où seulement quelques gouvernements osaient en parler au niveau européen. La question de la pauvreté est aussi "fondamentale" et M. Prodi a ajouté que la Présidence française entend progresser sur cette question, comme sur celle de la protection sociale. Interrogé sur la lettre Blair/D'Alema (qui a déjà suscité beaucoup de polémiques en Italie: voir autre nouvelle), M. Prodi a simplement affirmé qu'on ne peut pas parler de deux écoles différentes sur "l'inclusion sociale", et qu'il y a seulement des différences d'accent, et à Lisbonne, il s'agira de voir comment rassembler tout cela dans un document unique.

Quant à la société de l'information, M. Prodi a averti: attention, je n'ai jamais dit qu'internet, c'est la panacée , car ce qu'il nous faut, c'est un "cadre plus complet de forte intégration économique et de cohésion sociale". Il se sert lui aussi d'internet, pour lire les journaux par exemple, mais il se rend compte que c'est quelque chose de dangereux, un peu comme une drogue. Quant au problème de la domination de la langue anglaise dans internet, il a admis que le problème de la défense des langues le préoccupe beaucoup, tout en notant que l'anglais d'internet, "ce n'est pas de l'anglais mais un truc bâtard, un peu comme le latin du Moyen-Âge". Interrogé sur l'initiative du chancelier Schröder de facilier l'immigration d'experts en informatique en provenance d'Asie, il a affirmé que toutes les sociétés créatives ont toujours attiré les meilleurs cerveaux et que, si nous ne le faisons pas en Europe, "nous ne serons pas leaders".

Les objectifs que l'UE se donnera à Lisbonne ne sont pas du tout contradictoires avec le processus d'élargissement, qui se poursuit selon son calendrier "inexorable", a précisé M. Prodi. Les pays candidats doivent savoir quelle politique les Etats membres entendent suivre à l'avenir, mais il ne s'agit nullement de nouveaux critères ou nouvelles conditions. S'il vous plaît, n'encourageons pas de nouvelles équivoques, je n'ai jamais vu le processus comme une course à obstacles où les obstacles deviennent de plus en plus hauts, s'est-il écrié. Enfin, interrogé sur les Balkans, il a souligné la grande importance du Pacte de stabilité, tout en notant que "beaucoup de nos interventions dans ce contexte sont balkanisées, parce que n'avons pas la coordination forte de laquelle nous aurions besoin". Il a cité à cet égard le Plan Marshall, dont le succès avait été dû non seulement au montant des aides américaines mais à l'obligation de travailler ensemble qu'il avait imposée aux pays bénéficiaires.

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