L'Union européenne et l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) ont tenu, mardi 28 avril au Brunei, leur 25e réunion ministérielle, marquée par un engagement ferme à approfondir leur partenariat stratégique face aux crises mondiales. Dans une déclaration commune publiée le même jour, les deux blocs ont souligné « l'interconnexion » croissante de leurs politiques de sécurité, particulièrement sous la pression des tensions au Moyen-Orient.
La Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, qui coprésidait la réunion, a averti que « dans le paysage mondial actuel, aucun de nos pays ne peut se permettre de rester seul ». Évoquant le conflit opposant l'Iran et Israël, elle a rappelé que « les prix de l'énergie plus élevés nuisent tant à l'Europe qu'à l'Asie ».
Face à l'intérêt de certains pays de l'ASEAN pour le pétrole russe, la Haute Représentante a martelé que les revenus pétroliers « financent la guerre en Ukraine » et plaidé pour une « diversification des ressources ».
Coopération sécuritaire et maritime. La sécurité maritime a dominé les échanges, les ministres réaffirmant leur « engagement indéfectible » envers le respect de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) de 1982.
Les deux régions entendent intensifier leur collaboration dans des domaines critiques tels que la « lutte contre le terrorisme, la cyberdéfense et la protection des infrastructures critiques et maritimes ». L'UE a notamment mis en avant ses projets financés grâce à la stratégie Global Gateway, couvrant la « formation des garde-côtes » et la lutte contre la criminalité transnationale, notamment les « centres d'arnaques en ligne », qui prolifèrent en Asie du Sud-Est.
Vers un accord de libre-échange. Sur le plan économique, l'ASEAN demeure le troisième partenaire commercial de l'UE hors du continent, avec des échanges pour une valeur d'environ 400 milliards d'euros en 2024. Les ministres ont salué les progrès des négociations bilatérales avec la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande. À plus long terme, l'objectif reste la conclusion d'un accord de libre-échange « de région à région ».
Cette réunion a également servi de tremplin pour le 50e anniversaire des relations de dialogue, en 2027, à l'occasion duquel la convocation d'un « sommet commémoratif » a été proposée. Les deux parties ont exprimé leur volonté d'élever leur partenariat au rang de « partenariat stratégique global » (CSP).
Crises régionales et multilatéralisme. Les ministres ont exprimé leur « profonde préoccupation » face à l'escalade de la violence en Birmanie, établissant le « consensus en cinq points » de l'ASEAN comme référence principale pour une solution politique.
Ils ont également dénoncé les tests de missiles effectués par la Corée du Nord, en « violation des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU ».
L'UE et l'ASEAN doivent être une « ancre de stabilité », a estimé Kaja Kallas, plaidant pour une réforme du système international afin qu'il intègre davantage les puissances émergentes et « reflète le monde tel qu'il est ». (Justine Manaud)