L’Union européenne aura du mal à garantir l’approvisionnement en matières premières nécessaire pour ses objectifs énergétiques et climatiques, car « l’action des Vingt-Sept en matière de diversification des importations ne donne pas de résultats tangibles, des obstacles entravent la production intérieure et le recyclage reste embryonnaire », a jugé, lundi 2 février, la Cour des comptes européenne (ECA) dans un rapport.
« Ainsi, de nombreux projets soutenus par l’UE ne réussiront probablement pas à temps ». Si les projets stratégiques peuvent désormais bénéficier de procédures d’autorisation plus rapides et d’une meilleure visibilité, « nombre d’entre eux ont peu de chances de mener à une sécurisation de l’approvisionnement de l’UE à l’horizon 2030 », dit encore l'ECA.
« Sur les 26 matériaux nécessaires à la transition énergétique, nous dépendons entièrement des importations pour dix d'entre eux. La situation n'est guère meilleure pour de nombreux autres matériaux », a résumé Keit Pentus-Rosimannus, autrice du rapport. Si le règlement sur les matières premières critiques, adopté en 2024, a défini une ligne d’action stratégique, ses objectifs ne sont pas suffisamment motivés ni contraignants.
La transition 'verte' de l'UE dépend d’équipements techniques tels que les batteries, les éoliennes et les panneaux solaires nécessitant des matières premières critiques telles que le lithium, le nickel, le cobalt, le cuivre et les terres rares. Et la plupart de ces matériaux sont concentrés dans une poignée de pays tiers (la Chine, la Turquie ou le Chili), voire un seul pays tiers.
Le règlement sur les matières premières critiques a voulu y remédier et a dressé une liste de 17 matières premières stratégiques qui, d'ici 2030, ne devront pas provenir à plus de 65% d’un unique pays tiers. « Au stade de la transformation, ce seuil est actuellement dépassé pour quatre matières premières stratégiques importantes pour la transition énergétique (le lithium, le magnésium, le gallium et les terres rares) ».
Importations en baisse entre 2020 et 2024. L’UE a également signé, au cours des cinq dernières années, 14 partenariats stratégiques sur les matières premières, « dont sept avec des pays ayant des scores de gouvernance médiocres », c'est à dire avec de mauvaises performances sur des critères tels la stabilité politique et l'absence de violence/terrorisme, l'efficacité des pouvoirs publics ou la lutte contre la corruption.
Par ailleurs, entre 2020 et 2024, les importations en provenance de ces pays partenaires ont diminué pour la moitié environ des matières premières examinées. « Les données commerciales disponibles sur les matières premières importantes pour la transition énergétique et concernant les 14 pays engagés dans un partenariat stratégique montrent qu’entre 2020 et 2024, pour les matières premières examinées, les importations en provenance de ces pays ont en fait diminué dans 13 cas, tandis qu’elles ont augmenté dans 13 autres et qu’elles sont restées stables dans un cas (iridium) ».
Le règlement de 2024 prévoit également qu’à l’horizon 2030, au moins 25% des matières premières stratégiques consommées dans l’UE devront provenir de sources recyclées. « Mais les perspectives ne sont pas encourageantes, puisqu’à l’heure actuelle, 7 des 26 matériaux nécessaires à la transition énergétique présentent des taux de recyclage compris entre 1 et 5%, tandis que 10 autres ne sont pas recyclés du tout ».
L’UE veut aussi stimuler l’extraction intérieure des matières premières stratégiques pour couvrir 10% de sa consommation. « Mais en pratique, les activités d’exploration sont peu développées. Et même lorsque de nouveaux gisements sont découverts, il faut parfois jusqu’à 20 ans pour qu’un projet minier européen devienne opérationnel. Difficile dès lors d’imaginer de quelconques résultats concrets à l’horizon 2030 ».
Lien vers le rapport : https://aeur.eu/f/kjh (Solenn Paulic)