Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense européens ont souligné, lundi 22 avril à Luxembourg, l'importance de renforcer le soutien militaire à l'Ukraine, notamment pour des systèmes antiaériens, saluant par ailleurs le vote du Congrès américain en faveur du déblocage d’une aide de 61 milliards de dollars.
Rappelant que la Russie ne cessait d’attaquer l’Ukraine avec des drones, des missiles et des bombes guidées – 7 000 bombes guidées en quatre mois – notamment son infrastructure électrique, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a une nouvelle fois prévenu que l’Ukraine manquait d’armes. « Il est clairement urgent que l’UE agisse », en fournissant une défense antiaérienne et des munitions, des intercepteurs, a-t-il souligné à l’issue de la réunion du Conseil, ajoutant qu’il fallait aussi fournir des munitions pour les combats ‘conventionnels’.
M. Borrell s’est dit « heureux » que certains États membres aient indiqué leur « volonté d'apporter une contribution concrète à la défense aérienne, aux intercepteurs, ou pour soutenir les initiatives » tchèque et allemande.
Devant les médias, plusieurs ministres ont ainsi apporté leur soutien à l’initiative tchèque pour l’envoi de munitions – la première livraison devrait avoir lieu fin mai/début juin, selon M. Borrell – et pour l’initiative allemande ‘d’action immédiate pour la défense aérienne' (IAAD).
Si, dans son discours aux ministres, le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kuleba, avait appelé les Européens non pas à débattre, mais à « agir » en prenant des décisions « concrètes et audacieuses pour fournir à l'Ukraine des systèmes Patriot et SAMP/T supplémentaires, des missiles, de l'artillerie et des munitions ainsi que d'autres armes et équipements dès que possible », aucune annonce concrète n’a été faite par les ministres, ni publiquement ni en réunion, selon une source européenne. Des annonces pourraient avoir lieu lors d’une nouvelle réunion en format 'Ramstein', prévue pour la fin de semaine.
Les ministres se sont limités publiquement à exprimer leur volonté de soutien. « Nous devons aller de l'avant, c'est un moment crucial », a souligné la ministre des Affaires étrangères lettone, Baiba Braze.
Son homologue allemande, Annalena Baerbock, a appelé les Européens à réviser leurs stocks et à voir comment le soutien de la défense antiaérienne ukrainienne pouvait être étendu. « Chaque système de défense aérienne supplémentaire sauve des vies humaines en Ukraine. C'est pourquoi il est si important que nous unissions toutes nos ressources précisément dans ce domaine », a-t-elle plaidé. « Chaque contribution, chaque système, chaque composante, y compris le soutien financier, est le bienvenu », a ajouté la secrétaire d’État allemande, Siemtje Möller.
« Nous faisons beaucoup. (...) Nous pouvons accélérer les livraisons (…) car les Ukrainiens en ont besoin aujourd’hui et pas demain », a souligné la ministre de la Défense néerlandaise, Kajsa Ollongren, quand le chef de la diplomatie tchèque, Jan Lipavský, a appelé à sécuriser le ciel ukrainien. « Nous pouvons faire plus et nous devons chercher des solutions pratiques », a-t-il ajouté.
« En ces moments qui sont absolument cruciaux pour l'Ukraine, il est nécessaire d'augmenter notre soutien pour tout ce qui concerne la défense antiaérienne », a ajouté le ministre espagnol, José Manuel Albares, qui est pourtant resté évasif sur un soutien supplémentaire à l’Ukraine. « Nous sommes très conscients de ce besoin de défenses antiaériennes et plus particulièrement de Patriots de la part de l'Ukraine. L'Espagne prendra ses décisions chaque fois qu'elle sera en mesure de soutenir l'Ukraine », a-t-il assuré.
Interrogé sur l’envoi de Patriots, le ministre de la Défense suédois, Pål Jonson, n’a pas exclu cette possibilité, tout en précisant que son pays se concentrait sur une contribution financière et sur la possibilité d’envoyer des RBS 70, des systèmes de missiles sol-air portables de défense antiaérienne. « Cela pourrait supprimer un peu de pression sur les systèmes Patriots », selon lui.
« Il ne s’agit pas seulement de Patriots (…) S'il s’agit de systèmes de défense aérienne, la Lettonie apportera également sa contribution en envoyant du matériel de défense aérienne. Nous disposons de systèmes de défense antiaérienne à courte portée », a pour sa part précisé le ministre de la Défense letton, Andris Sprūds, qui a également plaidé pour le renforcement de l’industrie de la défense européenne, « également la base pour soutenir l’Ukraine ». (Camille-Cerise Gessant et Bernard Denuit)