Les ministres européens de la Défense se retrouvent à Bruxelles, au Palais d’Egmont, mercredi 31 janvier, pour discuter du soutien militaire à apporter à l’Ukraine, de l’état de la préparation de la défense européenne et de la situation au Sahel et en mer Rouge.
Ukraine. Les ministres écouteront tout d’abord leur homologue ukrainien, Rustem Umerov, par message vidéo, sur la situation sur le terrain en Ukraine, puis ils discuteront entre eux du soutien à apporter à Kiev. Jusqu’à présent, les États membres, via leur aide bilatérale et la 'Facilité européenne pour la Paix' (FEP), ont apporté une aide militaire de 28 milliards d’euros à l’Ukraine.
La révision de la FEP, avec un volet spécial Ukraine, devrait être débattue. « On travaille sur la fin de la logique de déstockage et le basculement vers les acquisitions et productions conjointes », ont expliqué plusieurs sources.
« Nous devons utiliser de l’argent européen pour des projets européens », a précisé un haut fonctionnaire européen, ajoutant que cela devait se faire via la mission de formation EUMAM – également avec des mesures d’assistance – et via des marchés communs. Il a ajouté qu’il y aurait une phase de sortie, avec une suppression progressive des livraisons bilatérales pour passer à des achats conjoints.
Plusieurs questions persistent. L’Allemagne souhaiterait que soit pris en compte ce qu’elle va dépenser à titre bilatéral pour l’Ukraine, 8 milliards d’euros en 2024. Sans aller jusqu'à prendre en compte les dépenses bilatérales, le SEAE propose de voir quel montant chaque État membre doit verser à la FEP et récupérer via les remboursements de la Facilité, ce qui pourrait conduire certains États à ne pas payer, si les remboursements sont supérieurs au montant dû.
De plus, alors que la Hongrie souhaiterait une contribution volontaire, le SEAE propose que Budapest ne paie pas pour l’Ukraine et que la contribution qu’elle aurait dû apporter au volet ukrainien soit transférée à d’autres pays concernés par la 'Facilité européenne pour la Paix'.
Selon une source élyséenne, le travail actuel porte sur l’évolution des paramètres « et la question budgétaire viendra plus tard ». Si la proposition de 20 milliards d'euros sur quatre ans semble avoir été abandonnée, l’objectif serait de réabonder le volet Ukraine de 5 milliards par an. Selon un haut fonctionnaire européen, le montant décidé par les États membres sera lié aux nouvelles modalités de la Facilité.
Le soutien militaire à l’Ukraine devrait également faire l’objet d’une discussion lors du sommet extraordinaire du 1er février. À cette occasion, les dirigeants européens pourraient appeler le Conseil à définir les nouvelles modalités d’ici le prochain Conseil européen, les 22 et 23 mars.
Les ministres devraient également faire un point sur les objectifs pour fournir un million de munitions à Kiev d’ici fin mars, une ambition qui ne sera pas atteinte. Ils pourraient donc discuter des moyens d’accélérer le processus.
Lors d’un discours à l’Atlantic Council le 29 janvier, le commissaire européen Thierry Breton a rappelé que l’UE aurait bientôt la capacité de livrer 1 million de munitions par an à l’Ukraine. « Ce qui compte, désormais, c’est de travailler en étroite collaboration avec nos 27 pays de l’UE pour garantir que les commandes soient passées et hiérarchisées et que les munitions soient effectivement livrées en Ukraine », a-t-il ajouté.
Alors que tous les États membres n’ont pas partagé leurs informations concernant leurs livraisons d’armes à l’Ukraine, le Haut Représentant de l'UE, Josep Borrell, devrait leur demander de le faire et d’utiliser, si besoin, le cadre de l’Agence européenne de la Défense, pour passer des commandes d’armements. Il pourrait aussi rappeler l’importance que l'industrie européenne repriorise les envois à Ukraine et la nécessité qu'elle produise plus.
Les ministres devraient aussi discuter des prochains objectifs de la mission de formation de l’UE EUMAM. L’objectif était de former 40 000 hommes d’ici fin 2023.
État de préparation. Les ministres discuteront ainsi de l'état de préparation de la défense de l'UE. Ils devraient notamment faire un point sur la poursuite de l'opérationnalisation de la capacité de déploiement rapide de l'UE (EU RDC), qui devrait être en place en 2025.
Le renforcement de la base technologique et industrielle de défense européenne (BITED) et la prochaine 'Stratégie industrielle européenne de défense' (EDIS), que la Commission européenne devrait présenter fin février, devraient aussi être au cœur des débats.
« Avec le retour d’un conflit de haute intensité sur le continent européen, nous devons adapter nos armées et nos industries aux nouvelles réalités et aux nouvelles menaces. La sécurité de l’approvisionnement et la capacité d’évoluer sont devenues essentielles. Il faut produire plus et plus vite, sans dépendre des autres », a souligné M. Breton.
Sahel et mer Rouge. Enfin, les ministres de la Défense de l'UE partageront leurs points de vue, y compris avec des représentants de l’ONU et de l’OTAN, sur les opérations et les défis rencontrés dans la région du Sahel et la mer Rouge.
Les discussions porteront notamment sur le Niger et les suites à donner à la mission EUCAP Niger. Les ministres devraient aussi se pencher sur l’avenir de la mission EUTM Mali, qui n’assure plus la formation de militaires maliens. Son mandat court jusqu’en mai et le Conseil devra décider, à l’unanimité, de le prolonger ou non.
Les développements en cours dans la mer Rouge, avec les attaques des Houthis, seront aussi abordés. Les ministres devraient se pencher sur la création d’une mission navale de l’UE pour assurer la sécurité des navires commerciaux, dénommée 'Aspides' (EUROPE 13335/23).
Le haut fonctionnaire européen a précisé que lors de la génération de forces, sept États membres avaient déjà indiqué qu’ils étaient prêts à offrir des navires, des capacités, mais aussi des avions. Le SEAE a estimé qu’un minimum de trois navires était nécessaire pour lancer la mission.
Le quartier général de la mission doit encore être défini. La Grèce, la France et l’Italie seraient intéressées. (Camille-Cerise Gessant)