Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont salué, vendredi 6 octobre, le changement de méthode de la Commission européenne associant davantage le secteur aux décisions qui les concernent, tout en se montrant très vigilantes sur les textes négociés en ce moment sur l’utilisation durable des pesticides ou encore la loi sur la nature.
Christiane Lambert, la présidente du Copa, a salué « le changement de méthode » de la Commission européenne depuis le discours de la présidente, Ursula von der Leyen, et l’annonce d’un « dialogue stratégique » sur l'avenir de l'agriculture dans l'UE, dont le fonctionnement n’est cependant pas encore clair.
Selon Mme Lambert, il s'agit d'une « prise de conscience » au sein de la Commission, qui souhaitait auparavant « aller vite et passer en force » sur le 'Pacte vert européen'. Il faut, selon elle, évaluer la faisabilité des décisions prises (réalisation d’études d’impact sur l’ensemble et chacune des propositions découlant du 'Pacte vert européen') et faire un lien avec la future politique agricole commune (PAC), a insisté la présidente du Copa.
Mme Lambert a une nouvelle fois réclamé la prorogation en 2024 des dérogations (de 2022 et 2023) sur certaines règles de la PAC, dont l’utilisation des jachères. « Les ministres de l’Agriculture le demandent, le commissaire n’écoute pas », a-t-elle regretté.
Sur le dossier de l’utilisation durable des pesticides (EUROPE 13258/5), pour lequel un vote en plénière du Parlement européen est prévu fin novembre, le Copa-Cogeca demande de ne pas laisser les agriculteurs sans solutions. Les chiffres de réductions doivent, selon Mme Lambert, être réalistes et éviter de mettre en péril les volumes de production. Les chiffres doivent aussi, selon elle, tenir compte des efforts réalisés par les pays en termes de réduction des produits phytosanitaires. En outre, les procédures d’approbation des solutions de rechange doivent aller plus vite et il convient d’autoriser l’utilisation de pesticides dans les zones dites ‘sensibles’ (avec une définition de ces dernières). Mme Lambert a également réclamé un registre électronique sur les produits de lutte intégrée (Integrated Pest Management).
Concernant les nouvelles techniques génomiques (NTG), les obligations ne doivent pas être draconiennes s’agissant de la catégorie 1 des variétés proches de la sélection conventionnelle. S'agissant de la catégorie 2, le Copa-Cogeca demande une harmonisation des critères de durabilité exigés. « Beaucoup de pays dans le monde revoient leur réglementation pour donner aux sélectionneurs l'accès à ces techniques et l'Europe ne peut pas » rester à la traîne. « Sinon, nous importerons des produits obtenus à partir de NTG et nous ne pourrons pas, nous, en produire », a mis en garde Mme Lambert.
Sur la loi sur la nature, du réalisme a été apporté, a noté Mme Lambert, qui a demandé un fonds dédié supplémentaire, en dehors de la PAC, pour aider les agriculteurs à respecter les nouvelles règles.
Sur le dossier des sols, le Copa-Cogeca a des préoccupations sur les coûts des certificats d’état sanitaire des sols (bulletin de santé des sols régulier).
Concernant les importations ukrainiennes de céréales, sucre et volailles, Ramon Armengol, le président de la Cogeca, a insisté sur le besoin d’éviter les perturbations dans les pays européens. Il faudra trouver, selon lui, « des mesures de sauvegarde » lorsque l’on dépasserait un certain seuil de produits en transit dans l’UE. (Lionel Changeur)