La situation en Ukraine et le soutien européen au pays seront au centre des réunions informelles des ministres européens de la Défense, puis de ceux des Affaires étrangères, du 29 au 31 août à Prague ('Gymnich').
« Les réunions sont placées sous le signe de l’agression russe et de ses conséquences, c’est le fil rouge », a expliqué un diplomate européen.
Les ministres de la Défense devraient discuter, aussi avec des représentants des Nations Unies, de l’OTAN et du Parlement européen, des conséquences de l'agression de la Russie en Ukraine sur la sécurité et la défense mondiales et de la façon de les gérer. La discussion pourrait également porter sur l’influence des activités russes en Afrique, avec un accent sur les engagements de l’UE dans la région.
Lors d’un déjeuner de travail avec leur homologue ukrainien, Oleksii Reznikov, les ministres discuteront des perspectives du soutien de l'UE à l'Ukraine en matière de sécurité et de défense. Ils pourraient également se pencher sur la replanification interne du matériel militaire des États membres.
Discussion sur une mission de formation des forces armées ukrainiennes
Comme annoncé par le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, lundi 22 août (EUROPE 13004/1), les ministres devraient débattre de la mise en œuvre d’une mission européenne de formation de l’armée ukrainienne.
« On sait que l’agression va durer et on doit accompagner, tant en matière d’équipement que de formation (l’Ukraine, NDLR) », a expliqué un diplomate européen. Il a espéré qu’à l’issue de la réunion, il sera possible de répondre aux besoins du pays. « Il y a au sein de l’UE le sentiment qu’il faut consolider l’aide à l’Ukraine », a-t-il ajouté, expliquant qu’il ne fallait pas s’attendre à des décisions lors de la réunion, qui est informelle, mais que des orientations pourraient être données. « Je pense que les États membres sont dans la logique de répondre le plus vite possible aux besoins ukrainiens », a-t-il ajouté.
Selon une source européenne, l’avenir de la Facilité européenne pour la Paix devrait aussi faire l'objet de discussions alors que sur les 5,7 milliards d’euros pour 2021-2027, plus de 2,5 milliards ont déjà été promis à l’Ukraine. Selon un document du Service européen d'action extérieure (SEAE), les allocations financières en faveur de l'Ukraine représentent désormais 44% du plafond financier de la Facilité sur sept ans. « Ce sera toute une discussion (will be quite a discussion) », a prédit cette source européenne.
Les ministres de la Défense s’entretiendront également de l'analyse des lacunes en matière d'investissement dans la défense de l'UE sur la base de l’analyse présentée par la Commission en mai (EUROPE 12955/1). « Lors de la discussion, on aura les enjeux de long terme, mais aussi un accent sur le soutien à l’Ukraine et le réapprovisionnement des stocks européens, avec un premier débat sur les propositions de la Commission européenne présentées début juillet et sur la façon dont on peut renforcer le soutien à l’industrie européenne », a précisé un diplomate européen (EUROPE 12996/5).
Les ministres des Affaires étrangères discuteront, eux aussi, de la situation en Ukraine et, là encore, des moyens d’aider le pays. Ils pourraient aussi s’entretenir de la suspension de la délivrance de visas aux citoyens russes. Plusieurs pays ont déjà limité ces visas alors que le Haut Représentant s’est prononcé contre (EUROPE 13005/2). Les chefs de la diplomatie devraient en parler, selon un diplomate, mais une telle décision serait du ressort des ministres de l’Intérieur.
Alors qu'initialement, le ministre des Affaires étrangères tchèque, Jan Lipavský, voulait profiter de la réunion pour aborder les relations avec la Russie (EUROPE 12992/22), le sujet pourrait être mis de côté au profit de l’actualité.
Relations avec l'Afrique
Les ministres devraient également discuter des relations avec l’Afrique « où l'UE fournit une assistance immédiate et à long terme en réponse à l'agression russe », a annoncé la Présidence tchèque du Conseil de l’UE. Les discussions porteront sur l'avenir de la mission PSDC de l'UE EUTM Mali et d'autres engagements de l'UE dans la région ainsi que sur des questions liées à la lutte contre la désinformation russe et au renforcement des contacts avec les pays d'Afrique, quelques mois après le sommet entre l’UE et l’Union africaine (UA). Les ministres pourraient notamment voir comme poursuivre la mise en œuvre de l’agenda UE/UA.
« En Afrique, nous faisons face à une augmentation des discours russes. Le Haut Représentant fait des efforts et se rend dans la région pour expliquer la position de l'UE, la situation et l'accord sur les céréales », a précisé une source européenne, alors que, pour un diplomate, les Européens doivent voir comment repousser les narratifs anti-européens en Afrique. Le Conseil de l'UE a adopté en juillet des conclusions sur la manipulation d’information et l’ingérence étrangères (EUROPE 12996/4).
Le 'Gymnich' sera suivi par un déjeuner avec les ministres des Affaires étrangères ukrainien, géorgien et moldave pour faire un point de situation avec ces trois pays associés du Partenariat oriental. Les ministres débattront aussi de la perspective européenne des trois pays et de l’avenir du Partenariat oriental.
Par ailleurs, les réunions ministérielles seront suivies d’une conférence sur l’Ukraine, du 31 août au 2 septembre. (Camille-Cerise Gessant)