Le Haut Représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a annoncé, vendredi 28 août, à l’issue de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères (Gymnich), que ces derniers étaient parvenus à un accord politique pour désigner des individus responsables des fraudes lors de l’élection présidentielle du 9 août en Biélorussie et /ou de la répression qui a suivi.
Les ministres avaient déjà convenu de préparer des sanctions lors du Conseil 'Affaires étrangères' extraordinaire du 14 août.
« Cette liste va certainement inclure des personnes à un haut niveau politique », a ajouté M. Borrell devant les médias, sans révéler si le président Alexandre Lukachenko sera lui-même concerné.
Plus tôt dans la journée, le ministre tchèque Tomáš Petříček avait estimé que le président biélorusse devrait être sanctionné, tout en s’interrogeant sur la séquence. « La question est le timing : est-ce pour la première étape ou pour une étape ultérieure, si on voit qu’il n’y a pas de développement positif dans le pays ? », s'était-il interrogé.
La liste des noms va désormais être préparée au niveau technique par le Conseil de l'UE, pour être adoptée « aussi vite que possible », a annoncé M. Borrell, ajoutant avoir reçu une lettre de onze États membres partisans d'une prise de décision rapide. Si le prochain Conseil 'Affaires étrangères' est prévu pour le 24 septembre, les mesures peuvent être adoptées plus tôt par procédure écrite.
Interrogé sur l’ampleur des mesures, le Haut Représentant a révélé que la liste, qui portait initialement douze noms, en incluait désormais vingt. La liste pourrait encore s’allonger dans les jours à venir.
« Nous voulons une approche graduelle pour montrer à ceux qui sont très impliqués dans ce type d’actions (fraudes et répression, NDLR) que, si leur voisin est sanctionné, ils comprennent que demain, cela risque d’être leur tour », a expliqué M. Borrell.
Tout dépendra de l’évolution de la situation et des événements. « Si la pression augmente sur la société civile, alors on devra augmenter la pression sur la Biélorussie », a prévenu le ministre allemand Heiko Maas.
À son arrivée au Gymnich, le Luxembourgeois Jean Asselborn avait aussi annoncé que les États membres continueraient de discuter de la manière de dresser cette liste européenne de personnes à sanctionner, « de manière à ce qu'elle corresponde réellement à ce que les Biélorusses indiquent aux Européens et pour que personne ne reste impuni ».
Nouvel appel au dialogue
Les Européens ont une nouvelle fois plaidé pour qu'un dialogue politique soit renoué entre le régime et ses opposants.
« Nous demandons aux autorités de s’engager dans un dialogue non exclusif pour sortir de la crise », a souligné M. Borrell. Selon lui, un dialogue national est le seul moyen de voir la démocratie et les droits fondamentaux respectés en Biélorussie.
Le chef de la diplomatie de l’UE a précisé que la proposition de la présidence de l’OSCE – dont fait partie la Biélorussie – de se rendre dans le pays et de faciliter ce dialogue devrait être acceptée par les autorités.
« La priorité est d’aider à débuter le dialogue politique entre le régime, la société civile et les Biélorusses », avait souligné le ministre tchèque. « Il faut que, d'une manière ou d'une autre, un dialogue puisse avoir lieu dans ce pays », avait pour sa part estimé M. Asselborn. (Camille-Cerise Gessant et Agathe Cherki)