Les ministres des Affaires étrangères européens, réunis de manière informelle à Berlin pour le Gymnich, ont plaidé une nouvelle fois, les 27 et 28 août, pour un dialogue avec la Turquie, tout en s’accordant sur la préparation de sanctions ciblées supplémentaires en lien avec les activités illégales de forage en Méditerranée.
« Ce que nous voulons, c'est trouver les voies d'une relation plus saine. (…) C'est pourquoi nous devons trouver le juste équilibre entre la préservation d'un véritable espace de dialogue et, en même temps, la démonstration d'une force collective dans la défense de nos intérêts communs », a résumé le Haut Représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à l’issue de la réunion.
M. Borrell a tout d’abord mis en avant l'importance de la voie diplomatique. « Nous voulons donner une chance sérieuse au dialogue », a-t-il expliqué, saluant les efforts déployés par l'Allemagne « dans cette tentative de recherche de solutions par le dialogue entre la Turquie et la Grèce et Chypre ».
À ses côtés, le ministre allemand Heiko Maas a précisé qu’une solution diplomatique était l’objectif premier, que son pays déployait tous les efforts possibles et allait continuer à le faire, en vue d’une telle solution. « Il s'agit là de la seule sortie de crise possible. Aujourd’hui, nous voulons donner une chance à la diplomatie, au dialogue », a-t-il ajouté.
De son côté, le Haut Représentant va s'efforcer de « créer un espace de négociation sur toutes les questions relatives (aux) relations complexes et difficiles avec la Turquie », tout en ajoutant que les questions les plus urgentes à régler étaient celles des forages en Méditerranée et de la présence de navires turcs dans les eaux grecques et chypriotes.
Mais, pour permettre au dialogue de progresser, la Turquie doit s’abstenir de toute action unilatérale, ont prévenu MM. Borrell et Maas.
Sanctions supplémentaires en vue
Parallèlement aux tentatives de négociations, les Européens vont sévir, car, selon le chef de la diplomatie européenne, « la frustration face au comportement de la Turquie est de plus en plus grande » au sein des États membres. Ainsi, « le Conseil a exprimé un consensus politique pour demander aux groupes de travail du Conseil concernés d'accélérer leurs travaux afin d'ajouter les personnes suggérées par Chypre à la liste du régime existant pour les forages illégaux en Méditerranée orientale, en vue d'une adoption rapide », a annoncé M. Borrell.
Et l’UE pourrait aller encore plus loin, les chefs d’État ou de gouvernement ayant demandé à M. Borrell de présenter une série de propositions au cas où la voie diplomatique ne produirait pas de résultats.
Selon le Haut Représentant, les ministres sont convenus qu’en cas d’absence de progrès, une liste de nouvelles mesures restrictives pourrait être élaborée afin d’être examinée lors du Conseil européen des 24 et 25 septembre.
Et les mesures supplémentaires envisageables sont nombreuses. M. Borrell s’est ainsi lancé dans une énumération d'options, qui nécessiteront toutes l'unanimité des vingt-sept États membres. Il a ainsi cité, au-delà de sanctions visant des personnalités, la possibilité : - de sanctionner des moyens ('assets'), des navires, la participation à des activités jugées illégales ; - d'interdire l’utilisation des ports européens, des capacités, technologies ou fournitures (supplies) européennes ; - ou d'« activer le volet financier pour ces activités que nous considérons illégales ».
« Nous pouvons aussi recourir à des mesures liées à des activités sectorielles dans les domaines dans lesquels l’économie de la Turquie est la plus liée à l’économie européenne », a-t-il prévenu. (Camille-Cerise Gessant)