La Commission européenne a décidé, mardi 4 août, d’ouvrir une « enquête approfondie » sur le projet de rachat par Google de l'entreprise américaine Fitbit, leader mondial dans le domaine des objets connectés pour les activités physiques (montres intelligentes et bracelets de fitness) et de balances connectées dans le secteur du sport, de la santé et du bien-être.
La Commission craint que l'opération proposée ne « renforce encore la position » de la multinationale américaine Google sur les marchés de la publicité en ligne, « en accroissant le volume de données déjà important que Google pourrait utiliser pour personnaliser les publicités qu'elle propose ou qu'elle affiche ».
« Notre enquête vise à garantir qu'à l'issue de l'opération, la maîtrise de Google sur les données collectées au moyen de dispositifs portables ne faussera pas la concurrence », a déclaré Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission responsable de la Politique de concurrence.
Elle souligne que l'utilisation des objets connectés « devrait augmenter considérablement au cours des années à venir » et s'accompagner « d'une croissance exponentielle des données générées par ces dispositifs ». « Ces données fournissent des informations essentielles sur la vie et la santé des utilisateurs de ces dispositifs », relève Mme Vestager.
Le numéro un des moteurs de recherche avait annoncé, début novembre 2019, le rachat de Fitbit pour 2,1 milliards de dollars, la transaction devant être conclue en 2020.
Mais ce rachat a suscité des craintes, de la part d'organisations de consommateurs et du contrôleur européen de la protection des données (EUROPE 12430/9), qui y voient une menace pour la confidentialité de ces données et un risque d'accroître la position dominante du géant américain.
Pour le CEPD, l'acquisition de Fitbit par Google « pourrait entraîner un niveau élevé de risque pour la vie privée et la protection des données ».
L'acquisition avait été notifiée le 15 juin à la Commission, qui a désormais jusqu'au 9 décembre 2020 pour rendre sa décision.
Le géant américain avait tenté de dissiper les craintes de la Commission, le 13 juillet, en s'engageant à créer un système dans lequel certaines données recueillies au moyen de dispositifs portables auraient été tenues séparées des autres séries de données détenues par Google. Les données isolées auraient été interdites d'utilisation par Google à des fins publicitaires.
« Toutefois, la Commission considère que l'engagement concernant le silo de données proposé par Google est insuffisant pour lever complètement les doutes sérieux recensés à ce stade en ce qui concerne les effets de l'opération », indique la Commission.
La raison en est, entre autres, que cette solution « ne couvre pas toutes les données auxquelles Google aurait accès à l'issue de l'opération et qui seraient précieuses à des fins de publicité », conclut la Commission. (Lionel Changeur)