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Bulletin Quotidien Europe N° 12170
INSTITUTIONNEL / Roumanie

M. Juncker demande à la Roumanie de ne pas exporter dans l’UE ses problèmes internes

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a appelé, vendredi 11 janvier, les différents responsables d’institutions et les partis politiques roumains à mettre de côté leurs différends afin de mener à bien la première présidence du Conseil de l’UE exercée par leur pays. 

« N’exportez pas en Europe les problèmes internes que vous pouvez avoir ; cela ne fait pas avancer les choses et serait nuisible », a-t-il prévenu, lors de sa conférence de presse à Bucarest avec le Premier ministre roumain, Viorica Dăncilă. 

Quelques minutes plus tôt, avec le président Klaus Iohannis, il avait déjà mis en garde contre des divisions dans le pays. « Il est utile qu’à l’intérieur du pays s’établisse une atmosphère, un consensus qui permettrait que l’UE puisse avancer [...] On ne peut pas faire une polémique sans sens et sans but parce qu’on peut rencontrer sur le plan interne des difficultés », a expliqué M. Juncker. Selon lui, la Roumanie, « qui veut être utile à l’Europe, devra être utile en établissant les préconditions qui lui permettront de mener à bien et avec succès sa présidence ». 

Et si, selon M. Juncker, pour le Premier ministre, le président, le président du Sénat et le vice-président de la Chambre des députés ce message a été compris, la veille, lors de la cérémonie d’ouverture de la présidence, les divisions étaient bien présentes dans les discours des dirigeants roumains. 

En effet, le vice-président de la Chambre des députés roumaine, Florin Iordache, ne s’est exprimé qu’au nom de la majorité. Le président de la Chambre, Liviu Dragnea, accusé par l’OLAF d’avoir détourné des fonds européens, a brillé par son absence (EUROPE 12169). « Je vous assure, Monsieur [...] Juncker, que les décideurs du parti politique majoritaire à Bucarest ont très bien compris quel est le rôle de la Roumanie dans cette fonction [de présidence du Conseil de l’UE]. J'ai traité avec le plus grand sérieux les recommandations visant à assurer le consensus politique durant la présidence. La majorité parlementaire à Bucarest dispose de la sagesse et la maturité politiques nécessaires pour aider le gouvernement à s'acquitter de sa mission [...] J’espère que la même approche sera adoptée par les autres partis politiques », a lancé M. Iordache. 

Mais le président du Sénat, Călin Popescu-Tăriceanu (ALDE), s’en est pris violemment au gouvernement concernant les régressions en termes d'État de droit. « En souvenir du passé communiste, certaines institutions et certains décideurs s'accrochent encore au pouvoir incontrôlé auquel ils se sont livrés auparavant. Ces acteurs ont simplement remplacé l'idéologie de la légalité socialiste par celle de l'État de droit, conservant leurs habitudes et revendiquant la même irresponsabilité dont ils jouissaient collectivement avant 1989 », a-t-il dénoncé. 

Il s’est dit convaincu que sous présidence du Conseil de l’UE, les autorités de son pays « clarifieront à l'attention du public quelles sont les institutions qui ont été incontestablement transformées dans l'esprit européen et lesquelles d'entre elles sont encore accrochées au passé, parfois sous un déguisement européen ». « De telles clarifications devraient fournir suffisamment de raisons à nos collègues décideurs européens, tant à Bruxelles que dans les États membres, de laisser derrière eux certaines des idées fausses actuelles sur la vie publique roumaine », a-t-il ajouté. 

La loi sur l’amnistie serait un recul de l’État de droit, selon M. Juncker

L’État de droit a d’ailleurs été au cœur de la cérémonie d’ouverture. Le Premier ministre a défendu les réformes en cours. Rappelant que la Constitution roumaine avait été élaborée avec l’accord des Européens et qu' elle régissait l’État de droit, Mme Dăncilă a estimé qu’il était possible d’affirmer « avec conviction que tout ce qui est européen est constitutionnel et que tout ce qui est constitutionnel est, dans la même mesure, en plein accord avec les valeurs et principes européens ». 

Une explication qui n'a pas eu l'air de convaincre M. Juncker et le président du Conseil européen, Donald Tusk, soulignant l’importance des valeurs européennes et de l’État de droit. 

« Oui, l'Union européenne est faite de compromis, mais lorsqu'il s'agit des droits humains, de l'État de droit, du respect de l'État de droit, de la lutte contre la corruption, il n'y a pas de compromis possible », a prévenu M. Juncker. Interrogé sur les discussions en cours sur l'adoption d'une loi sur l’amnistie des personnes condamnées pour corruption (EUROPE 12169), le président de la Commission a été clair : « Il ne saurait y avoir de compromis quand il s’agit de l’essentiel, qui serait impacté si une amnistie telle que certains l’envisagent en Roumanie était adoptée, ce serait un recul », a-t-il prévenu. Selon M. Iohannis, le Parlement comprend que cette loi serait « un énorme problème, pas seulement pour les six mois » de présidence de la Roumanie. 

Et si M. Juncker a apporté son soutien à la fin du dispositif 'Mécanisme de coopération et de vérification' (CVM) avant la fin de son mandat, cela doit se faire « à condition que tous les efforts soient faits du côté roumain et du côté européen pour que cela puisse se faire dans de bonnes conditions ». 

Appel pour la défense de l’État de droit

De son côté, dans un discours en roumain, M. Tusk s’est fendu d’une comparaison avec la victoire du Steaua Bucharest contre le FC Barcelone en finale de la coupe d’Europe en 1986. « Je voudrais lancer un appel à tous les Roumains pour qu'ils défendent, chez eux et en Europe, les fondements de notre civilisation politique - liberté, intégrité, vérité dans la vie publique, État de droit et Constitution - avec la même détermination que Helmuth Duckadam lorsqu'il a défendu les tirs au but. À l'époque, je n'arrivais pas non plus à croire qu'il était possible d'arrêter 4 penalties d'affilée ! Mais il a réussi. Et vous le ferez aussi », a-t-il espéré. (Camille-Cerise Gessant)

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