*** CHRISTIAN DEBLOCK, JOEL LEBULLENGER (sous la dir. De) : Génération TAFTA. Les nouveaux partenariats de la mondialisation. Editions Presses universitaires de Rennes (Saic Edition, Université Rennes 2, 2 av. Gaston Berger, Bâtiment Germaine-Tillion, F-35043 Rennes Cedex. Tél. : (33-2) 99141401 – fax : 99141407 – Courriel : pur@univ-rennes2.fr – Internet : http://www.pur-editions.fr ). 2018, 351 p., 26 €. ISBN 978-2-7535-7325-3.
« Le problème, c’est la mondialisation néolibérale », déclarait récemment Philippe Lamberts, président du groupe des Verts au Parlement européen, pour expliquer l’élan populiste et extrémiste que connaît l’Europe et le désamour des citoyens européens à l’égard de leur Union. C’est dire si le débat sur le modèle commercial de celle-ci et ses cadres normatifs n’est pas près de s’arrêter, après que les traités de libre-échange, comme celui (voué à l’échec) avec les Etats-Unis ou encore avec le Canada, eurent provoqué une levée de boucliers sans précédent au sein des sociétés et des pouvoirs régionaux européens. Sans précédent parce que les accords commerciaux ont évolué, « sortant des sentiers battus de la négociation traditionnelle pour entrer dans l’univers sensible de la coopération réglementaire internationale », comme on peut le lire dans cet ouvrage collectif et pluridisciplinaire. Vingt-quatre académiciens y posent leur regard d’expert sur la nouvelle catégorie des méga-accords transrégionaux, comme le Partenariat transpacifique, le Partenariat transatlantique ou encore le Partenariat économique régional global, à travers lesquels les puissances du monde (respectivement les Etats-Unis, l’Union européenne et la Chine) se positionnent au cœur de l’échiquier commercial.
« Si nous n’écrivons pas les règles du commerce, la Chine s’en chargera », avait déclaré Barack Obama, comme Jean-Baptiste Velut le rappelle dans le premier chapitre du livre, « Naissance, déclin et rémanence du nouveau régionalisme ». Sous l’impulsion du président démocrate, soucieux de pivoter vers l’Asie et d’encercler Pékin, le chambardement des accords commerciaux est venu des Etats-Unis, ceux-là mêmes qui aujourd’hui, guidés par Donald Trump, prônent un protectionnisme anachronique et « menacent l’avenir du trans régionalisme, la structure du commerce international et le rôle de garant de l’ordre libéral » de Washington. Mais les Américains risquent de se retrouver « ironiquement contraints par les règles du jeu commercial qu’ils ont eux-mêmes élaborées », du fait de « l’effet domino » de ces partenariats d’un nouveau genre. Les Etats-Unis ont donné le la et l’Europe a elle aussi changé sa partition dès 2006 afin d’éviter d’être laissée pour compte, inaugurant une phase inédite de bilatéralisme commercial avec les Etats-Unis, le Canada, le Japon et les pays émergents asiatiques, lit-on dans les textes des Pr. Mario Telo, « L’Union européenne face à la multiplication des interconnections commerciales interrégionales et à leurs implications politiques », et Joël Lebullenger, « La diplomatique européenne face à la reconfiguration des échanges commerciaux dans la zone géographique Asie-Pacifique ». D’ailleurs, ce sont in fine les Européens qui ont déterminé le rythme de « la chorégraphie des négociations économiques internationales », constatent Yan Cimon, Erik Duchesne et Richard Ouellet qui tentent de savoir « Qui mène le bal ? », même si l’Union européenne peine à bénéficier du repli américain du fait de ses faiblesses politiques et institutionnelles et de la « crise existentielle » qu’elle traverse.
Que Donald Trump le veuille ou non, l’émergence et la multiplication de partenariats d’un nouveau type est une réalité – même si « la résilience de l’ordre libéral international n’est pas forcément synonyme de survie du modèle de transrégionalisme », note Jean-Baptiste Velut. Le bilatéralisme ayant montré ses limites, les nouveaux accords commerciaux se veulent plurilatéraux, afin d’apporter plus de cohérence dans le « bol de nouilles » des traités de libre-échange. Au-delà d'élargir le champ de la négociation pour couvrir une vaste gamme de sujets allant des services commerciaux au commerce électronique, ces nouveaux accords tentent non plus d’intégrer des espaces économiques, mais d’assurer leur interconnexion et leur interopérabilité en rapprochant leurs systèmes réglementaires. Exigées par des entreprises impatientes de se débarrasser de la diversité de réglementations et pratiques administratives incompatible avec un monde interconnecté, l’harmonisation et la reconnaissance mutuelle des règles entre partenaires commerciaux se sont néanmoins vite heurtées au poids des pratiques établies et ont ravivé le conflit la démocratie et le capitalisme.
« L’opinion publique semble avoir pris la mesure de l’importance de ces nouvelles formes d’accords qui (...) affecteront nécessairement l’élaboration du droit au sein de l’Union et de ses Etats membres », observe pour sa part Cécile Rapoport. Tout le monde se rappelle du vendredi 21 octobre 2016, lorsque l’avenir de la politique commerciale européenne, la crédibilité de l’Union en tant que partenaire de négociations et la nature des relations entre l’Europe et le Canada se jouaient non pas à Bruxelles, mais 65 km plus loin, dans le fief du gouvernement wallon qui refusait de donner son feu vert à l’AECG – un cas d’école traité de manière transversale dans cet ouvrage. Une réaction pour le moins logique puisque « l’élargissement des marchés poursuivi par les accords de libre-échange ignore (...) les besoins légitimes et les droits fondamentaux du consommateur », conclut Thierry Bourgnogne dans le dernier chapitre du livre consacré aux « consommateurs convoités mais oubliés ». Dès lors, si l’Union ne veut pas devenir « un acteur marginal de l’Histoire du XXIe siècle », les auteurs réunis dans cet ouvrage appellent à « trouver un modèle de transregionalisme aussi ambitieux sur le plan de l’inclusion et de l’équité que les accords de nouvelle génération l’ont été aux niveaux géographiques et réglementaires ».
Maria Udrescu
*** MARISE CREMONA (sous la dir. de) : Structural Principles in EU External Relations Law. Hart Publishing (Kemp House, Chawley Park, Cumnor Hill, Oxford, OX2 9PH, UK. Tél. : (44-1865) 517530 – fax : 510710 – Courriel : mail@hartpub.co.uk – Internet : http://www.hartpub.co.uk ). 2018, 323 p., 70 £. ISBN 978-1-78225-997-8.
Cet ouvrage le confirme : dans les Etats membres de l’Union, les exécutifs ont la main sur la politique étrangère et les relations internationales ; dans l’Union européenne elle-même, ils doivent toutefois composer avec la Cour européenne de justice. Tel est l’un des enseignements majeurs que les douze contributeurs à cet ouvrage s’emploient à étayer en analysant les principes structurels sur lesquels les juges européens s’appuient pour empêcher les Etats membres d’agir à leur guise. Comme l’indique la Pr. Cremona (Institut universitaire européen de Florence) dans son introduction, la Cour de justice exerce de la sorte et grâce à ces principes « un rôle formidable dans la gouvernance de l’action extérieure de l’Union européenne en dépit de sa non-intervention dans les choix politiques substantiels ». C’est cette évidence qui se trouve mise en lumière, entre autres, avec les analyses du « principe de la pleine attribution des pouvoirs post-Lisbonne qui fait le lit de la paralysie et de la division », de « la subsidiarité comme principe structurel régissant l’utilisation des compétences externes de l’Union européenne », des obligations faites aux Etats membres « de sincère coopération, de solidarité et d’unité » de la question de savoir si « le secret diplomatique » à une chance de survivre à l’âge de Twitter, de « la primauté du droit comme principe relationnel structurant l’action de l’Union envers ses partenaires extérieurs », le tout étant ponctué par le constat que le principe d’autonomie témoigne d’une « maladie de l’adolescence du droit européen des relations extérieures ». Le tout compose un ouvrage très éclairant. (PBo)
*** Les Cahiers du témoignage chrétien. Supplément au n° 3782 de Témoignage chrétien. Abo Press / Témoignage chrétien (19 rue de l’Industrie, BP 90053, F-67402 Illkirch cedex, France. Tél. : (33-3) 88662619 – Courriel : temoignagechretien@abopresse.com). Eté 2018, 130 p.. Abonnement 1 an (47 lettres hebdomadaires et 4 Cahiers) : 120 €.
Désormais dirigés par l’historienne et féministe Christine Pedotti, Les Cahiers du témoignage chrétien s’intéressent notamment, dans cette livraison, à la question de savoir s’il convient ou non de remettre en cause la mondialisation. La démondialisation est-elle la clé de l’avenir de l’humanité ? Le protectionnisme est-il recommandable et, dans l’affirmative, sous quelle forme ? Ce sont autant de questions auxquelles l’économiste libéral Nicolas Bouzou et l’altermondialiste Bernard Cassen apportent des réponses fatalement contradictoires, le dernier intervenant profitant de l’occasion pour s’attaquer à l’Union européenne qu’il accuse d’être devenue « un agent actif de la mondialisation libérale » et, par là même, « un modèle de confiscation de la capacité d’intervention des citoyens, de négation du contrôle démocratique ». La parole est également donnée à Daniel Cohn-Bendit qui, « 50 ans après » Mai 68, observe notamment que « l’Europe casse le clivage traditionnel politique gauche/droite » dans la mesure où le « souverainisme des Insoumis et (…) celui de Marine Le Pen est identique ». A ses yeux, la grande fracture à attendre lors des prochaines élections européennes opposera donc « souveraineté nationale/souveraineté européenne ». Le numéro contient également un dossier consacré au féminisme et s’intéresse à l’état de la ségrégation dans les Etats-Unis de Donald Trump. (MT)
*** Futuribles. L’anticipation au service de l’action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél. : (33-1) 53633770 – fax : 42226554 – Courriel : revue@futuribles.com – Internet : http://www.futuribles.com ). Mai-juin 2018, n° 424, 128 p., 22 €. Abonnement annuel : 115 €. ISBN 978-2-84387-437-6.
Outre un substantiel dossier consacré à l’enseignement supérieur en France, ce numéro de la revue française de prospective que dirige Hugues de Jouvenel voit Jean-François Drevet consacré sa traditionnelle « Tribune européenne » à la politique européenne de voisinage. Cet ancien fonctionnaire de la Commission européenne rappelle d’abord que cette politique a été conçue par une équipe de ses anciens collègues comme une alternative à de nouvelles demandes d’adhésion à l’Union. Toutefois, « cette approche vertueuse n’a pas fonctionné » dans la mesure où, comme l’a écrit Steven Blockmans, elle avait été « construite pour fonctionner par beau temps », celui-ci s’étant rapidement gâté dans plusieurs pays de son voisinage immédiat. Alors qu’elle l’avait imaginée en vue d’y arrimer et renforcer la démocratie, elle doit désormais « la défendre sur son propre territoire, face à la monté du populisme et aux tentations autoritaires » qui se manifestent dans certains de ses Etats membres. Par conséquent, l’auteur souligne la nécessité de revoir les modalités d’exercice de cette politique et propose des pistes pour l’adapter aux évolutions de l’environnement géographique et stratégique de l’Union, ce qui l’amène entre autres à juger que la politique de voisinage ne peut plus être « un substitut à la mise en place d’une véritable politique commune » sur le plan migratoire. (MT)
*** CHARALAMBOS TARSANIDIS, ASTERIS CHOULIARAS : Diplomatie économique. Comment la Grèce a été touchée. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : www. papazisi.gr). 2018, 376 p., 16,96 €. ISBN 978-960-02-3380-3.
Il est devenu évident que, dans la réalité internationale d'aujourd'hui, le pouvoir de négociation d'un pays soit de plus en plus fonction de sa puissance économique. Il ne l’est pas moins qu'une économie saine permet grandement le développement d'une politique étrangère efficace. Dans cette étude, Charalambos Tsardanidis (directeur de l'Institut des relations économiques internationales et professeur à l'Université Panteion d'Athènes) et le Pr. Asteris Chouliaras (Département de science politique et des relations internationales de l'Université du Péloponnèse) analysent la diplomatie économique en se concentrant sur les thèmes suivants : le concept de la diplomatie économique au fil de ses développements ; la diplomatie commerciale et financière ; les relations business-to-business et la diplomatie liée au monde des affaires ; les moyens utilisés par la diplomatie économique, tels que les sanctions économiques, l'aide au développement économique et les flux financiers. Les auteurs examinent aussi la diplomatie économique multilatérale au sein des organisations internationales et des coopérations régionales, avant de s’intéresser aux changements observés dans l'organisation et le fonctionnement de la diplomatie économique, ainsi que ses implications pour les prises de décision en matière de politique étrangère. L'accent est mis en particulier sur l'organisation de la diplomatie économique grecque. Le dernier regard est porté spécifiquement sur la diplomatie économique de la Grèce envers les pays de la péninsule balkanique de 1989 à 2008. (AKa)
*** CHRISTOPHER HILL : La politique étrangère au 21ème siècle en Europe et dans le monde. Editions Universitaires de Crète (100 rue N. Plastira, B. P 1385, GR-71110 Héraklion. Tél. : (30-281) 0391097 – fax : 0391085 – Courriel : info@cup.gr – Internet : http://www.cup.gr ). 2018, 488 p., 20 €. ISBN 978-960-524-509-2.
La politique étrangère est le révélateur de la manière dont les différentes sociétés interagissent, parfois en opposition entre elles et parfois en parvenant à coopérer, y compris sur une base régulière. En même temps, la politique étrangère appréhende un Etat en état de guerre permanent pour préserver son indépendance et son autonomie d’action, mais en même temps limité dans son action en raison de l’influence de son environnement extérieur. Ce livre se veut un décryptage de tous les aspects composant la politique étrangère, le tout en couvrant une grande plage historique et géographique et en se fondant sur du matériel empirique et le vaste corpus théorique qui a produit l'analyse de la politique étrangère et la discipline générale des relations internationales. Professeur de relations internationales à l'Université de Cambridge après avoir enseigné à l’Ecole d’économie de Londres et avoir reçu le titre de docteur honoris causa du Département des sciences politiques et des relations internationales de l'Université du Péloponnèse, Christopher Hill l’a conçu pour aider le lecteur à comprendre la diversité du système international et le caractère multiculturel de nombreuses sociétés modernes et à saisir correctement des concepts tels que la guerre froide et le fameux « nouvel ordre mondial » des années 1990. En faisant fréquemment référence à des questions d’actualité telles que la situation de l'Ukraine, la guerre civile en Syrie, le terrorisme international et la crise dans la zone euro, l’auteur répond à plusieurs questions fondamentales, par exemple celles de savoir « qui met en œuvre la politique étrangère », « qui prend les décisions critiques et au nom de qui », « comment les relations extérieures affectent la politique intérieure, et vice versa ». Par les réponses précises qu’il y apporte, il détermine ce que la politique étrangère peut et ne peut pas aujourd'hui. (AKa)