La crise financière de 2008 n’a pas provoqué l’électrochoc espéré. C’est le constat que dresse l’organisation Finance Watch dans un rapport publié samedi 15 septembre, qui conclut qu’aucune des vulnérabilités structurelles qui ont conduit à la crise financière n'a été traitée de manière décisive.
« En l'espace de dix ans, nous avons, une fois de plus, achevé le voyage familier de l'indignation publique et des chants bruyants du "plus jamais ça" vers le bourdonnement réconfortant du "statu quo" » fustige l’organisation.
La réforme en profondeur du cadre institutionnel de gouvernance de l’architecture financière mondiale, attendue depuis longtemps, n'a pas eu lieu. Les institutions financières d'importance systémique représentent toujours un risque majeur pour la stabilité financière. L'aléa moral dans le système financier demeure aussi omniprésent qu'avant. Voici, en somme, ce que s’attache à démontrer le rapport de près de 50 pages.
Pire encore, Finance Watch estime que le « prochain paquet bancaire » (CRR II, CRD V et BRRD II) montre tous les signes d'un début de « réaction vers une nouvelle dérèglementation », en diluant encore plus des compromis internationaux déjà faibles, tels que les règles prudentielles internationales de ‘Bâle III’ ou encore en affaiblissant le rôle des autorités de surveillance.
Le député belge Philippe Lamberts (Verts/ALE) a aussi saisi cet anniversaire pour s’exprimer dans une tribune publiée dans le journal Le Vif, le 14 septembre. Il y dénonce en outre l’« usine à gaz législative » qui a suivi.
« Des dizaines de textes législatifs ont été adoptés au niveau européen pour mieux réguler les banques [...]. Mais, dans la grande majorité des cas, les mesures entérinées ont été affaiblies à coups d'exemptions, de pondérations ou d'échappatoires directement intégrés dans les législations européennes. Et lorsque cela n'était pas suffisant, leur portée a été réduite via l'adoption ultérieure de normes techniques d'exécution », écrit-il.
Pourtant, selon lui, rien n’empêchait les décideurs politiques de faire le choix de la simplicité en interdisant certains produits financiers dangereux ou en contraignant les grandes banques à séparer leurs activités de marché risquées de leurs activités de prêts à la clientèle.
« Or, ces derniers ont délibérément opté pour la complexité : une approche qui permet toujours au diable de se loger dans les détails » conclut-il.
Voir le rapport : https://bit.ly/2OvGslf. (Marion Fontana)