Pendant que le patron du géant des réseaux sociaux Facebook témoignait devant le Congrès américain, de l’autre côté de l’Atlantique, les appels à venir s’expliquer sur les quelque 2,7 millions d’Européens dont les données personnelles auraient été récupérées par l’entreprise Cambridge Analytica se sont fait de plus en plus pressants ce mercredi 11 avril.
Concrètement, le témoignage de Mark Zuckerberg – mis en ligne la veille de son audition – n’apporte aucun nouvel élément et se contente de présenter des excuses tout en détaillant les mesures prises par Facebook au lendemain du scandale (EUROPE 11992).
« Nous n'avons pas pris une vision assez large de notre responsabilité et c'était une grosse erreur. C'était mon erreur et j’en suis désolé », s'est-il excusé.
Des excuses qui passent mal auprès du groupe de travail 'article 29'. « Qu'un réseau social multimilliardaire dise qu'il est désolé ne suffit pas », se sont indignées les autorités nationales de protection des données des États membres de l’UE, dans un communiqué. Elles ont annoncé la mise sur pied d'un groupe de travail sur les médias sociaux pour élaborer une stratégie à long terme sur la question et ont réitéré leur soutien à l'enquête en cours par l'autorité britannique (ICO).
Les utilisateurs européens de Facebook méritent aussi des réponses
« Les utilisateurs européens de Facebook (...) ne devraient pas être traités comme des utilisateurs de seconde classe », ont écrit deux députés allemands du groupe Verts/ALE, Sven Giegold et Jan Philipp Albrecht, dans une lettre envoyée mardi au Président du Parlement européen.
Ils réitèrent leur demande d'inviter Mark Zuckerberg, en personne, à une audition conjointe des commissions des libertés civiles et des affaires constitutionnelles du PE. Cette proposition est soutenue par le groupe S&D, qui appelle aussi à la tenue d’un débat lors de la session plénière la semaine prochaine à Strasbourg. Pour rappel, M. Tajani en avait lui aussi fait la demande (EUROPE 11984).
La lettre, publiée sur leur compte Twitter, note que « M. Zuckerberg ne s'étend pas sur le rôle que le scandale Facebook aurait pu jouer dans les résultats du référendum sur le Brexit, les campagnes électorales en République tchèque et possiblement dans d’autres États membres ».
En conférence de presse mercredi, la commissaire européenne à la Justice, Věra Jourová, a elle aussi soutenu cette initiative. Elle s’entretiendra par téléphone jeudi avec la directrice opérationnelle de Facebook, Sheryl Sandberg.
L’influence des réseaux sociaux sur les élections mise en cause
Devant le Congrès américain, M. Zuckerberg a notamment abordé l’interférence russe dans les élections américaines de 2016 et la campagne de désinformation menée par l’Internet Research Agency (IRA) sur Facebook.
Mais, depuis 2016, Facebook aurait largement amélioré ses techniques de détection et de suppression des faux comptes destinés à interférer dans des élections étrangères, s’est-il défendu. Par exemple, avant les élections présidentielles françaises de 2017, quelque 30 000 faux comptes auraient été supprimés.
Ces propos ne rassurent pas. Si l’implication de Cambridge Analytica était confirmée dans les résultats du référendum de 2016 sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE, cela démontrerait qu' « une entreprise privée a pu, en violant certaines règles fondamentales, influencer l’issue de l'un des votes récents les plus importants pour l'avenir de l’UE et des citoyens britanniques », écrivent les députés dans leur lettre, rappelant le faible écart entre les votes des deux camps (51,89 % en faveur du retrait britannique de l'UE).
Mercredi, la commissaire Jourová a par ailleurs confirmé la tenue, le 25 avril prochain à Bruxelles, d’une réunion avec toutes les commissions électorales des États membres pour évoquer l’influence des réseaux sociaux sur les élections (EUROPE 11998). Il s’agit surtout de s’assurer que les législations nationales sont correctement équipées pour faire face à ces nouveaux défis, a-t-elle précisé.
Le règlement GDPR empêchera-t-il de tels scandales ?
Le 25 mai prochain entrera en vigueur le règlement général sur la protection des données (GDPR) et avec lui, de nouvelles règles plus strictes pour les entreprises installées dans l’UE et les entreprises internationales amenées à traiter les données personnelles de citoyens européens (EUROPE 11946). Pour Mme Jourová, ce texte « fonctionnera très bien pour prévenir de possibles cas similaires à l'avenir ».
Le patron de Facebook a finalement confirmé que son entreprise appliquerait ces nouvelles règles à l’ensemble du réseau et pas seulement en Europe.
« Je cherchais désespérément comment faire campagne pour notre règlement sur la protection des données. Voilà qui est fait, donc merci M. Zuckerberg ! », s'est félicitée la commissaire.
Néanmoins, la manière dont Facebook entend concrètement appliquer ces standards reste pour l’heure assez floue et la Commission observera avec attention comment la lettre, mais aussi l'esprit de la loi seront appliquées.
Ces protections supplémentaires pour les utilisateurs européens sont en effet très attendues. « À chaque jour sa nouvelle révélation sur des cas de violation des données personnelles », écrivait mardi sur son compte Twitter, le président du PE en référence aux accusations de pratiques illégales sur le ciblage des enfants qui pèsent maintenant sur Google et YouTube. (Marion Fontana)