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Bulletin Quotidien Europe N° 11954
Sommaire Publication complète Par article 21 / 21
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1208

 

***    BORIS CYRULNIK, TZVETAN TODOROV : La tentation du Bien est beaucoup plus dangereuse que celle du Mal. Le Monde / Editions de l’Aube (331 rue Amédée-Giniès, F-84240 La Tour d’Aigues. Tél. : (33-4) 90074660 – Internet : http://www.editionsdelaube.com ). Collection « Le monde des idées ». 2017, 51 p., 9,90 €. ISBN 978-2-8159-2635-5.

Il est des livres de peu de pages qui suscitent plus la réflexion, voire même la méditation, que des pensums sans fin. Celui-ci est l’un d’eux. Il voit deux intellectuels français réfléchir à la manière de résister à la terreur, ce qui est de parfaite actualité alors que des islamistes sèment régulièrement la mort un peu partout dans le monde et y suscitent très naturellement de la colère. Or, celle-ci, rappellent-ils, est toujours mauvaise conseillère...

Boris Cyrulnik et Tzvetan Todorov le soulignent au fil du dialogue qui, consigné dans ces pages à l’initiative du quotidien Le Monde, a été animé par notre confrère Nicolas Truong. Ils étaient, il est vrai, on ne peut mieux placés pour disserter « sur la capacité des individus à basculer dans la ‘barbarie’ ou bien à y résister ». Le premier fut, à six ans et demi, pris dans la rafle du 10 janvier 1944 à Bordeaux et l’un des seuls à en réchapper ; le second naît en 1939 dans une Bulgarie sous la coupe des nazis avant de basculer sous celle des communistes. Il en résulte, pour l’un comme pour l’autre, des traumatismes qui, par la manière dont ils les ont dépassés, donnent un poids évident à leurs propos...

Arrivé en France à l’âge de vingt-quatre ans, Todorov a longtemps nourri une « méfiance généralisée envers tout ce que l’Etat défend », son statut de citoyen d’une démocratie ne lui étant apparu que quand « une sorte de petit mur » est tombé dans son « esprit en même temps que le mur de Berlin ». Aux héros, il a donc toujours préféré les résistants, comme l’ethnologue et historienne Germain Tillion qui, au plus fort de la guerre d’Algérie, refusait « d’admettre qu’une cause juste rende légitime l’acte de tuer ». D’où l’adhésion très rapide de ce sémiologue et historien des idées à une idée forte de l’écrivain russe Vassili Grossman : « la tentation du Bien est dangereuse ». Et d’argumenter que « tous les grands criminels de l’histoire ont été animés par le désir de répandre le Bien », même Hitler qui « espérait le Bien pour la race élue germanique aryenne à laquelle il prétendait appartenir ». S’étant construit non pas sur l’aversion envers les Etats instrumentalisés au nom d’une idéologie mais sur « le vide » laissé par des proches qui avaient pour tort d’être juifs, Boris Cyrulnik ne pense pas autrement : « C’est au nom de la morale, c’est au nom de l’humanité qu’ont été commis les pires crimes contre l’humanité », assène-t-il en se rappelant qu’il avait été considéré à l’âge de six ans et demi « comme ‘ein Stück’, une chose qu’on pouvait brûler sans remords, qu’on pouvait tuer sans culpabilité ».

Pour ces deux intellectuels, il n’en va pas autrement des djihadistes d’aujourd’hui qui, pour Todorov, ne sont pas « animés par le désir de faire le Mal », mais bien « de faire le Bien » même si c’est par des moyens « absolument abominables ». Donc, il importe de chercher à comprendre le djihadisme, de voir pourquoi le « mot humiliation » leur sert d’arme idéologique pour légitimer leur violence, comme il a servi hier à celle des nazis. Selon Todorov, il importe aussi de chercher à comprendre pourquoi, « de façon morbide, le djihad est le signe » d’une « quête globale de sens », ce qui implique de regarder en face cette réalité : dans notre monde, « le seul épanouissement, le seul aboutissement des efforts individuels, c’est de devenir riche » et de pouvoir « s’offrir tel ou tel signe extérieur de réussite sociale ». Par conséquent, il importe d’attaquer ce mal à la racine qui, selon les deux penseurs, est d’en arriver à faire sienne une « morale perverse » : pour Cyrulnik, la barbarie commence là où l’Homme « se soumet à la théorie du Un », ce moment où « si l’on en vient à penser qu’il n’y a qu’un seul vrai dieu, alors les autres sont des faux dieux, ceux qui y croient sont des mécréants, des ‘mal-croyants’ dont la mise à mort devient quasiment morale ». Le danger serait que les victimes de cette perversion de l’esprit considère qu’eux seuls incarnent le Bien et mènent croisade à ce titre, ce qui serait pire que le Mal.

Signé par Nicolas Truong, un portrait de Tzvetan Todorov, décédé le 7 février dernier, ponctue ce livre qui, à défaut de souffler les solutions qui s’imposeront naturellement à tous, insuffle un peu de sagesse, ce qui apportera sans conteste quelques munitions bienvenues à ceux qui refusent le manichéisme et continuent à cultiver l’humanisme.

Michel Theys

***    PIETER VAN DIJK, FRIED VAN HOOF, ARJEN VAN RIJN, LEO ZWAAK (sous la dir. de) : Theory and Practice of the European Convention on Human Rights. Intersentia Ltd (Sheraton House, Castle Park, Cambridge, CB3 0AX, UK. Tél. : (44-1223) 370170 – fax : 370169 – Courriel : mail@intersentia.co.uk – Internet : http://www.intersentia.com ). 2018, 1.230 p., 175 €, 166 £, 210 $. ISBN 978-1-78068-493-2.

Alors que les dirigeants de plus en plus d’Etats, y compris des pays membres de l’Union européenne, ont de plus en plus de mal à se conformer pleinement aux obligations qui découlent, entre autres, du droit d’asile et de l’Etat de droit bien compris, cet ouvrage magistral (il n’en est pas à sa cinquième édition pour rien !) peut apparaître comme une piqure de rappel salutaire à tous les dirigeants politiques et à ceux qui aspirent à le devenir afin qu’ils prennent conscience de ce qu’implique la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Dans les trente-sept chapitres qui le composent, d’éminents spécialistes – tous membres du monde académique, mais beaucoup exerçant des activités comme magistrat ou avocat – présentent et analysent avec minutie les dispositions de la Convention et les derniers développements de la jurisprudence par laquelle la Cour européenne des droits de l’homme les interprète. La première édition de cet irremplaçable outil de travail remonte à 1979, mais celle-ci prend également en compte les développements de la jurisprudence enregistrés depuis 2006 ainsi que les conséquences de l’entrée en vigueur du Protocole n° 14 le 1er juin 2010. Le tout compose un précieux état des lieux du droit résultant de cette Convention du Conseil de l’Europe, les lecteurs bénéficiant ainsi d’éclaircissements hautement fiables quant à ses dispositions et à la manière de les comprendre. A noter aussi que la Pr. Janneke Gerards (Université d’Utrecht) fait utilement le point sur la relation entre cette Convention et l’Union européenne, laquelle s’amplifie depuis que les droits fondamentaux ont gagné en importance dans le cadre de celle-ci, en particulier avec l’adoption de la Charte des droits fondamentaux. Elle y revient notamment sur la question d’une adhésion de l’Union à la Convention et sur les procédures et mécanismes qui ont été préparés pour la rendre possible. (PBo)

 ***    VASSILIS MOUTSOGLOU : Les critères dans la politique internationale. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2016, 278 p., 15,98 €. ISBN 978-960-02-3084-0.

L'histoire se veut comme la somme de situations et de décisions politiques, celles-ci étant prises sous l'influence de facteurs économiques et sociaux. Toutefois, elle découle aussi de la manière d'évaluer les situations et de la combinaison des critères qui en décident et qui sont à la base des décisions prises. Pour Vassilis Moutsoglou, diplomate de carrière et politologue, l’histoire ne peut pas être considérée comme une science positive parce que de mêmes conditions ne conduisent pas toujours aux mêmes décisions, tant il est vrai que les personnalités et les circonstances diffèrent, mais aussi et surtout parce que le processus de décision est toujours chaotique. En plus, le poids spécifique de chaque critère utilisé est fonction du temps vécu et, partant, de l'environnement international qui prévalait alors. Pourtant, l'histoire elle-même semble se répéter en général assez souvent (et généralement pas comme une farce vraiment drôle...) parce que les critères de décision des Etats dans les relations internationales sont spécifiques et quasiment immuables. L’auteur s’emploie à les lister dans cet ouvrage, à la lumière de différents exemples de l'histoire diplomatique du monde. (AKa)

***    CHARLES ZORGBIBE : Une histoire du monde depuis 1945. 75 années qui ont changé la face du monde. Editions de Fallois (22 rue La Boétie, F-75008 Paris. Tél. : (33-1) 42669195 Internet : http://www.editionsdefallois.com ). 2017, 429 p., 24 €. ISBN 978-2-87706-953-3.

Professeur émérite à la Sorbonne après avoir été doyen de la faculté de droit de Paris-Sud puis recteur chancelier des universités d'Aix-Marseille, Charles Zorgbibe est un auteur prolifique, ayant multiplié ouvrages de droit public, biographies et essais historiques. Avec celui-ci, ce juriste et historien offre un regard pénétrant sur l’histoire du monde depuis la Seconde Guerre mondiale. Avec érudition, il donne des clés d’interprétation pour les grandes dates et périodes de l’histoire récente, « de la paix manquée de 1945 » aux conséquences de l’attaque du 11 septembre 2001, à savoir « le huis-clos planétaire » actuel. Il décrit et donne ainsi tour à tour un sens à « la naissance des blocs » entre 1957 et 1962, à « l’érosion de l’ordre bipolaire » pendant les années 1962-1985, à la chute du communisme en Europe entre 1985 et 1990, enfin à « l’après-guerre froide dans le monde » au cours de la période 1990-2001. Pleinement respectueuses des faits, ses interprétations s’appuient sur des considérations qui remontent loin dans l’histoire, comme lorsqu’il établit un parallèle entre le « système bipolaire » né de l’accord de Yalta et la situation qui avait prévalu dans la Grèce antique, avec la guerre entre Athéniens et Lacédémoniens telle qu’analysée par Thucydide dans la « guerre du Péloponnèse ».Recours au temps long identique lorsque l’auteur voit un précédent aux « alliances atlantique et de Varsovie » dans celle conclue par François Ier avec le sultan Soliman II en 1536. Le Pr. Zorgbibe voit aussi dans les années 1989-1990, avec la chute du Mur, les révolutions d’Europe de l’Est et la formation d’une coalition internationale contre Saddam Hussein, l’inauguration d’un nouveau système international revêtant « certains des traits de l’Europe de Sarajevo, de l’Europe de 1914, par l’exaltation des identités nationales, voire ethniques – mais aussi d’autres traits plus wilsoniens, telle la place acquise par la défense des droits de l’homme ». On le voit, c’est un véritable cours permettant de comprendre le monde tel qu’il est et d’où il vient que se voit offrir le lecteur, lequel peut en outre compter sur le talent qu’a l’auteur pour expliquer de manière très simple – mais pas simpliste ou réductrice pour autant – des pages d’histoire fatalement complexes.

Couronné par l’Académie des sciences morales et politiques en 2005 pour son ouvrage ‘Histoire de l’Union européenne’, ce professeur français confirme aussi qu’il est un Européen empreint d'indépendance d'esprit lorsque, par exemple, après avoir relevé le « vaste dessein politique » dont était porteuse la Déclaration Schuman (dont se dissocia, explique-t-il, une Grande-Bretagne « hostile à toute aliénation de souveraineté, méfiante à l’égard de cette nouvelle ‘Lotharingie’ trop influencée, selon le parti travailliste, par la démocratie chrétienne »), il offre une explication détaillée de la gestation de la Communauté européenne de défense et de son sabordage par la France que révulsait son caractère supranational. Le bilan de l’aventure européenne qu’il esquisse est sans illusion, lui pour qui « le Marché commun s’est délité en une zone de libre-échange » et la politique de concurrence est la seule politique commune à avoir échappé au naufrage. L’auteur voit poindre à l’horizon « trois destins » possibles, celui d’une « Europe helvétique » qui préserverait une certaine stabilité institutionnelle, celui du « nouveau Saint-Empire » qui ponctuerait une lente déliquescence et celui de la rupture interne et de l’implosion. Il en ajoute toutefois un quatrième qui, pour n’être pas le plus probable à ses yeux, est celui qu’il préfère, à savoir celui d’une « refondation » qui, au travers d’un « noyau cristallisateur », concrétiserait une relance politique européenne ambitieuse. (MT)

***    DIMITRIS KAIRIDIS, EVANTHIS CHATZIVASSILIOU, EVANGELOS VENIZELOS : La Grèce dans le monde. De nouveaux défis pour la politique étrangère et de sécurité grecque : des idées pour la reconstruction nationale. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0256146 – fax : 0256148 – Internet : http://www.epikentro.gr ). 2017, 112 p., 7 €. ISBN 978-960-458727-8.

Cet ouvrage rend compte d’un débat organisé par le Cercle des idées en vue de reconstruire la politique étrangère et de sécurité grecque. Trois personnalités y ont pris part :  Dimitris Kairidis, professeur de relations internationales à l'Université Panteion, qui s’est exprimé sur le thème « la Grèce et la crise de l'ordre international libéral : défis, risques et stratégie » ; Evanthis Chatzivassiliou, professeur d'histoire et d'archéologie à l'Université d'Athènes, a parlé de la place spécifique de la Grèce dans le monde et l’actuel système international ; l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Evangelos Venizélos qui a fait le point sur les constantes de la politique étrangère et de sécurité de la Grèce depuis la chute de la dictature des colonels. Les trois intervenants ont été notamment d’accord avec le constat suivant : « Il y a maintenant une nouvelle école en Grèce, l’école d'inactivité. Elle existe et elle règne. Nombreux sont ceux qui croient que le temps travaille pour nous à Chypre et dans les relations gréco-turques, la mer Egée et la Méditerranée orientale. En même temps, beaucoup croient que, après tout, il faut laisser le temps que soit fournie la solution. Et vous savez ce que cela signifie en particulier à Chypre ? Cela signifie une partition de l’ile et un front de guerre entre Chypre et la Turquie dans les conditions géographiques et militaires les moins favorables. Quiconque pense que la situation ne peut pas s’aggraver ne lit pas correctement l'histoire ! ». (AKa)

***    LINA VENTOURA, DIMITRIS KARIDAS, GERASIMOS KOUZELIS (sous la dir. de) : Les frontières, les limites. Editions Nissos (14 rue Sarri, GR-10553 Athènes. Tél./fax : (30-210) 3250058 – Courriel : info@nissos.gr – Internet : http://www.nissos.gr ). 2017, 356 p., 25 €. ISBN 978-960-589-046-9.

En ce début de XXIème siècle, le problème des frontières et des limites ne cesse de se poser, alimenté tant par des conflits politiques et idéologiques que par des revendications territoriales et, parfois, des confrontations. Cette évolution a amené le monde scientifique à multiplier les recherches, que ce soit sur la dimension territoriale, ethnique, culturelle ou linguistique des crispations liées aux frontières et aux limites diverses ou sur le sens que celles-ci ont dans le monde d’aujourd’hui. C’est l’ensemble de cette problématique qui se trouve traitée dans ce livre par une trentaine de spécialistes réunis par la Pr. Lina Ventoura (qui enseigne la sociologie et l’histoire des migrations à l’Université du Péloponnèse), le chercheur Dimitris Karidas (Critical Theory Institut de l’Université de Berlin) et Gerasimos Kouzelis, professeur de sociologie et d’épistémologie de la connaissance à l'Université d'Athènes. (AKa)

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