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Bulletin Quotidien Europe N° 11954
ACTION EXTÉRIEURE / Turquie

Pour M. Erdoğan, l’UE doit tenir ses promesses

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a appelé l’Union européenne à « maintenir les promesses » faites à son pays, dimanche 4 février.

« L'UE bloque l'accès à la négociation et laisse entendre que l'absence de progrès dans les négociations dépend de nous. C'est injuste. Tout comme l'est le fait que certains pays de l'UE avancent pour nous des options autres que l'adhésion », a-t-il déclaré au quotidien italien La Stampa. « Nous désirons une pleine adhésion à l'Europe. D'autres options ne nous satisfont pas », a rappelé M. Erdoğan.

La veille, devant une dizaine de journalistes, dont EUROPE, l’ambassadeur de Turquie auprès de l’UE, Faruk Kaymakci, avait lui aussi rappelé : « la Turquie est toujours pleinement engagée à adhérer à l’UE » et « son objectif stratégique a toujours été et est toujours la pleine adhésion ». Pour l'ambassadeur, un partenariat privilégié avec l’UE « ne serait pas un partenariat juste et équitable ». « Il s’agit d’une proposition indécente et immorale à la Turquie », a-t-il estimé. En outre, si selon le diplomate « l’adhésion de la Turquie est la plus compliquée », « à la fin, aucun État membre ne pourra se payer le luxe de la refuser ». « Sans sous-estimer les autres adhésions, quand la Turquie rejoindra l’UE, sa contribution ne sera comme aucune autre adhésion »,  a-t-il jugé.

De plus, pour l’ambassadeur, « l’UE devrait être une ancre (pour la Turquie), donner une vraie perspective (à la Turquie) ». « Quand cela sera fait, la Turquie sera un candidat crédible », a-t-il ajouté.

« À cause du coup d'État (tenté le 15 juillet 2016) et de moins d’ancrage, la Turquie a perdu son appétit pour plus de réformes et plus d’actions radicales », a expliqué M. Kaymakci. « Si l’UE donne plus de messages positifs à la Turquie, celle-ci va faire plus en termes de réformes. Mais plus l’UE marginalise la Turquie, plus cette dernière va devenir nationaliste », a-t-il mis en garde. 

Interrogé sur une possible ouverture de chapitres d’adhésion à l’UE en 2018, l’ambassadeur a répondu d’une pirouette. « Rien n’est impossible avec les Turcs. Je pense que des progrès sont nécessaires en matière d’État d’urgence et sur les résultats des procès en cours sur les détentions et les licenciements. Cela changerait l’image négative de la Turquie et ensuite permettrait à la Turquie et à l’UE de s’assoir autour d’une table et de travailler sur le processus d’adhésion », a-t-il expliqué.

Un sommet pour relancer les relations ?

L’ambassadeur turc s’est cependant montré optimiste quant à l’évolution des relations entre son pays et l’Union cette année, avec notamment un probable sommet UE-Turquie. Selon des rumeurs, un tel sommet avec les présidents des institutions européennes, le Premier ministre bulgare, dont le pays assure actuellement la présidence du Conseil de l’UE, et le président Erdoğan pourrait se tenir en mars à Bruxelles ou à Varna, en Bulgarie.

L’ambassadeur a mis de grands espoirs dans ce sommet, qui serait l’occasion de discuter de l’ensemble des relations bilatérales, et permettrait, selon M. Kaymakci, de renouveler l’engagement des deux parties au sujet de l’adhésion.

Le sommet pourrait aussi être l’occasion, pour l’UE, d'approuver la deuxième tranche d’aide de 3 milliards d’euros promise à Ankara en lien avec la crise des réfugiés. L’ambassadeur a expliqué que cette tranche – contrairement à la première qui était concentrée sur l’humanitaire – devrait être utilisée pour l’intégration des réfugiés ou leur retour. « Cela signifie aussi investir en Syrie », a-t-il expliqué, citant la construction d’écoles ou des réseaux d’électricité. Les Turcs demandent aussi à l’UE d’accélérer la procédure et de faciliter le programme d'admission humanitaire volontaire ('Voluntary humanitarian Admission Scheme'), proposé en décembre 2015 par la Commission, mais toujours en cours de négociation. Selon l’ambassadeur, le fait qu’il n’y ait pas de voie légale pour venir dans l'UE risque d’encourager les arrivées illégales depuis son pays, qui seraient passées de 70 à 85 ces dernières semaines.

D’autres sujets de coopération pourraient progresser cette année, selon le diplomate. Ainsi, « si les choses vont mieux, avec une meilleure compréhension, on pourrait engager le processus de libéralisation des visas », a-t-il estimé, reconnaissant que la Turquie devait remplir les 5 critères restants sur les 72 de départ. « Dès que ces critères seront remplis, la procédure de libéralisation devrait être engagée », a-t-il ajouté. Une procédure qui pourrait être achevée en un ou deux ans, selon lui. La Turquie doit encore, entre autres, modifier sa loi antiterroriste, progresser sur la protection des données personnelles et signer un accord avec Europol.

L’ambassadeur a aussi estimé que la modernisation de l’union douanière pourrait être l'objet de discussions. Si les États membres s’étaient engagés à moderniser cette union, les discussions sont actuellement au point mort, car certains États membres sont réticents à le faire. Selon le diplomate turc, cette modernisation pourrait prendre 3 ou 4 ans, selon les domaines qui y sont introduits, tels que l’énergie ou les marchés publics, puis la procédure de ratification pourrait prendre un ou deux ans supplémentaires.

Les Pays-Bas rappellent leur ambassadeur en Turquie

Mais les relations entre la Turquie et l'UE et certains de ses États membres restent compliquées. Les tensions persistent publiquement sur l’offensive turque à Afrin (voir autre nouvelle) ou sur la différenciation entre Turquie et Balkans occidentaux. « La Turquie n’est pas contente du vocabulaire que l’UE essaie d’imposer : le terme ‘Balkans occidentaux’ », a expliqué l’ambassadeur, précisant que cette indication géographique n’existait pas. Pour lui, l’UE a inventé cette terminologie pour séparer la Turquie du processus d’élargissement, alors que la Turquie est un pays balkanique. « J’espère que l’UE va s’engager à engager le processus d’élargissement envers les ‘Balkans occidentaux’ et la Turquie », a-t-il précisé, tout en rappelant l’attachement de son pays à la perspective euroatlantique des pays des Balkans.

De même, lundi 5 février, les Pays-Bas ont annoncé le rappel de leur ambassadeur à Ankara. Les relations entre les deux pays sont compliquées depuis le refoulement, l’an dernier, de deux ministres turcs du sol néerlandais. « Nous ne sommes pas parvenus à trouver un accord sur la manière dont la normalisation devrait avoir lieu », a déclaré, dans un communiqué, le ministre néerlandais des Affaires étrangères Halbe Zijlstra. Par conséquent, le gouvernement « a décidé officiellement de retirer l'ambassadeur des Pays-Bas à Ankara, qui n'a plus accès à la Turquie depuis mars 2017 ». Réciproquement, « tant que les Pays-Bas n'ont pas d'ambassadeur en Turquie, ils n'accorderont pas d'autorisation pour l'entrée en fonction d'un nouvel ambassadeur turc » dans le pays. 

Et le second semestre pourrait aussi s’avérer compliqué, car l’Autriche, dont le chancelier Sebastian Kurz s’est ouvertement dit pour l’arrêt des négociations d’adhésion, prendra la présidence du Conseil de l’UE le 1er juillet. « Mais je suis convaincu qu’avec le temps et le dialogue, le bon sens peut prévaloir », a souligné M. Kaymakci. (Camille-Cerise Gessant)

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