L’association Bloom, soutenue par une dizaine d’autres ONG de défense des océans (dont Our fish, Blue marine foundation…) accuse, dans un communiqué diffusé lundi 8 janvier, la Commission européenne d'avoir été influencée par les lobbies néerlandais de la pêche industrielle en ignorant un avis défavorable de son comité scientifique, lorsqu’elle a proposé, en 2006, d’autoriser à titre dérogatoire la pêche électrique.
Cette dérogation est le point le plus problématique du règlement sur les « mesures techniques de la politique commune de la pêche » sur lequel le Parlement européen doit se prononcer le 16 janvier à Strasbourg. Le rapporteur du Parlement européen, Gabriel Mato (PPE, espagnol) n’avait pas obtenu de mandat de négociation de la part de la commission parlementaire de la pêche pour entamer des négociations avec le Conseil (EUROPE 11909). Le texte est donc soumis en plénière. À ce stade, la position de la commission de la pêche prévoit un statu quo concernant la pêche électrique permettant la pêche au moyen du chalut électrique à titre expérimental dans la limite maximale de 5 % de la flotte de chalutiers à perche de chaque pays de l’UE.
Selon Bloom, qui a mis la main sur l’avis daté de novembre 2006 (soit un mois avant que la Commission ne donne son feu vert à la dérogation pour la pêche électrique), le Comité scientifique, technique et économique de la pêche (CSTEP) « n’a jamais donné son aval pour de telles dérogations, mais il a même explicitement déconseillé à la Commission européenne d’en accorder ». Or, le règlement européen de décembre 2006 indique qu’il s’appuie sur un avis scientifique favorable à l’octroi des dérogations. La Commission a donc ignoré « son propre comité d’experts » et est allée « jusqu’à mentir » pour « satisfaire les exigences impérieuses du lobby néerlandais ». Les signataires du communiqué ont adressé un courrier à la Commission européenne pour lui demander de retirer immédiatement toutes les dispositions relatives à la pêche électrique de sa proposition de règlement sur les mesures techniques en cours d’examen par le PE et le Conseil.
Le député européen Yannick Jadot (Verts/ALE, français) a réagi en soulignant que la Commission européenne n’aurait jamais dû accorder en 2006 une quelconque dérogation à l’interdiction de la pêche électrique estimant qu’il faut maintenir « une interdiction totale de cette pratique très destructrice ».