Le temps passe, aucune décision concrète n’a été arrêtée, et les discussions sont continuellement reportées dans les négociations sur le Brexit.
Il est toujours difficile de savoir si des progrès suffisants pourront être réalisés d’ici décembre dans les trois domaines prioritaires du divorce – les droits des citoyens, le solde budgétaire et la question irlandaise – pour entamer les discussions sur une période de transition et un accord commercial avec le Royaume-Uni.
Les négociateurs éprouvent une impression de déjà-vu avant le sommet européen de décembre, alors que l’UE encourage les Britanniques à formuler une offre « concrète et sincère » sur la 'facture' budgétaire, et que le gouvernement britannique s’en tient au discours de Florence.
Toutefois, selon certains signaux émis par Londres, le gouvernement va préciser la proposition évoquée par le Premier ministre, Madame Theresa May, dans son allocution de septembre à Florence. Celle-ci promettait alors non seulement de couvrir les budgets de l’UE jusqu’en 2020, mais aussi d’« honorer » les engagements financiers pris par son pays au cours de son appartenance à l’UE (EUROPE 11868).
« À Florence, j’ai été claire : nous honorerons nos engagements. Mais, bien sûr, nous voulons avancer ensemble et aborder les questions commerciales et les partenariats à instaurer dans ce domaine pour l’avenir » a précisé Madame May à Göteborg vendredi.
La veille, elle avait par ailleurs rencontré le Premier ministre suédois Stefan Löfven (voir autre nouvelle). Celui-ci a pour sa part déclaré qu’il restait « du chemin à parcourir », et que le Royaume-Uni devait « clarifier sa position en ce qui concerne les responsabilités financières ».
En d’autres termes, selon plusieurs responsables de l’UE proches des négociations, il s’agit d’accepter de verser les montants correspondant aux engagements financiers pris mais pas encore payés – le reste à liquider dans le jargon européen – ainsi que les retraites des Britanniques fonctionnaires européens, les prêts accordés par la Banque européenne d’investissement et l’aide au développement.
Notons qu’en coulisses, le dossier des droits des citoyens progresse lentement mais sûrement.
Les négociateurs abordent actuellement certains détails importants, tels que les protections à prévoir pour les enfants nés après le Brexit ainsi que le droit des ressortissants de l’UE à bénéficier d’allocations de chauffage au Royaume-Uni après leur déménagement.
Mais une question demeure : comment garantir ces droits alors que le Royaume-Uni a refusé d’octroyer un rôle direct à la Cour de justice de l’UE ? Les termes sont débattus pour tenter de sortir de l’impasse et trouver un terrain d’entente sur un rôle indirect pour la CJUE, en s’appuyant sur le traité de l’UE et l’accord instituant l’Espace économique européen.
Reste donc l’épineuse question de la frontière irlandaise à résoudre d’ici décembre.
Le gouvernement irlandais a menacé de refuser d'aller de l'avant si le Royaume-Uni n’offre pas « davantage de concessions » pour éviter d’instaurer une frontière visible après le Brexit.
« Si nous devons attendre jusqu’à la nouvelle année, ou si nous devons attendre de nouvelles concessions, qu’il en soit ainsi », a avancé le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, aux journalistes présents à Göteborg vendredi.
Il s’est ainsi entretenu le matin même à ce sujet avec Madame May. Un porte-parole du Premier ministre britannique a déclaré par la suite que les deux parties avaient convenu de « travailler ensemble » pour trouver des solutions.
Dublin presse les Britanniques d'avancer et d'accepter de mettre en place un régime particulier pour l’Irlande du Nord qui lui permettrait de rester dans l’union douanière, le marché unique, voire les deux.
M. Varadkar ne le dit pas directement, mais il demande au Royaume-Uni de s’engager à ne pas créer de « lacunes réglementaires » avec l’UE après le Brexit, bien que cela revienne au même. Il souhaite que cet engagement soit « écrit en termes pratiques » d’ici décembre. Sinon, a-t-il prévenu, il bloquera l'ouverture des négociations sur le libre-échange.
« Avant d’entamer les négociations sur le commerce, nous voulons d’abord exclure toute idée d’une frontière dure, d’une frontière physique ou même d’une frontière qui ressemble à ce que l’Irlande a déjà connu », a précisé M. Varadkar.
Toutefois, le Royaume-Uni n’est pas en position d’adhérer aux revendications irlandaises, alors que le parti unioniste démocrate s’oppose à toute solution qui séparerait l’Irlande du Nord de la Grande-Bretagne.
Les Conservateurs doivent également composer avec les revendications nationalistes de l’Écosse qui cherche à se greffer à un éventuel accord conclu pour l’Irlande du Nord.
Cette semaine, les responsables de l’UE ont réfléchi au type d’accord commercial qu’il serait possible de signer avec le Royaume-Uni après le Brexit. Ils sont parvenus à la conclusion qu’un accord de libre-échange de base – sur le modèle du Canada, du Japon ou de la Corée du Sud – était la seule option envisageable.
Selon des diplomates interrogés, cette solution permettrait aux consommateurs et aux entreprises de l’UE de bénéficier de « nombreuses garanties », et n’offrirait qu’un accès limité au marché unique de l’Union.
La semaine dernière, le ministre britannique chargé du Brexit, David Davis, s’est rendu à Varsovie, Rome et Berlin pour tenter de convaincre davantage de pays de l’UE d’accélérer le début des négociations sur le libre-échange, tandis que le ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, était à Dublin vendredi dans l’espoir d’amadouer les Irlandais.
Entre-temps, les gouvernements de l’UE en découdront lundi prochain sur le dossier du transfert de l’Agence européenne des médicaments (EMA) et de l’Autorité bancaire européenne (ABE) basées à Londres (EUROPE 11906). (Version originale anglaise par Sarah Collins)