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Bulletin Quotidien Europe N° 11896
INSTITUTIONNEL / Catalogne

Carles Puigdemont toujours à Bruxelles alors que ses partisans comparaissent en Espagne

L’ex-Président de la Generalitat catalane, Carles Puigdemont, refusait toujours, jeudi 2 novembre, de revenir en Espagne afin de comparaître devant l’Audience nationale où il pourrait être reconnu coupable de sédition et de rébellion.

Estimant faire l’objet d’un « procès politique », M. Puigdemont reste ainsi en phase avec ses déclarations du mardi 31 octobre à Bruxelles (EUROPE 11895), où il affirmait que les quatre membres du gouvernement régional catalan et lui-même, présents dans la capitale belge depuis la veille (EUROPE 11894), n’envisageraient un retour en Espagne que lorsque les conditions de la tenue d’un procès équitable seraient réunies.

Son avocat belge, Paul Bekaert, avait proposé la veille que son client soit entendu en Belgique, afin de témoigner de son souhait de ne pas se soustraire à la justice, option qui n’est pas du goût des autorités espagnoles.

Fernando Carderera, l’ambassadeur espagnol en France, a effectivement déclaré au micro de France Inter, jeudi matin, que la justice espagnole pourrait émettre un mandat d’arrêt européen à l’encontre de M. Puigdemont s’il persistait à refuser de répondre à la convocation des juges madrilènes. C'est désormais chose faite.

Dans le même temps, des partisans de Carles Puigdemont comparaissaient, eux, à Madrid. Six anciens membres du Parlement catalan, dont son ex-président, Carme Forcadell, ont d’abord été entendus devant le Tribunal suprême espagnol, mais leur audition a finalement été ajournée, devant cette même juridiction, au 9 novembre prochain.

Outre les cinq absents, dont Carles Puigdemont, neuf anciens membres de la Generalitat catalane étaient convoqués devant l’Audience nationale, dont l’ancien numéro deux de l’exécutif régional, Oriol Junqueras. Le parquet espagnol a d'ailleurs requis la détention provisoire à l'encontre de huit d'entre eux.

Pour rappel, les leaders convoqués devant les juges pourraient être reconnus coupables de sédition et rébellion pour avoir organisé un référendum d’autodétermination le 1er octobre dernier (EUROPE 11874) et avoir voté, au sein de l’assemblée régionale, vendredi 27 octobre, en faveur de l’indépendance de la Catalogne (EUROPE 11893). Ils encourent jusqu’à 30 ans de prison.

Réagissant à ces comparutions sur Twitter, le député européen Jordi Solé Ferrando (Verts/ALE, espagnol) a dénoncé des « procès politiques à Madrid » et a regretté que les leaders indépendantistes fassent l’objet de poursuites judiciaires pour avoir « rempli leur mandat démocratique ».

Lettre ouverte à l’attention de M. Juncker et M. Tusk. Parallèlement, dans une lettre ouverte datée du 31 octobre à l’attention du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et du président du Conseil européen, Donald Tusk, plusieurs universitaires et personnalités publiques dont, Yanis Varoufakis, l’ancien ministre grec des Finances, s’alarment de « la violation systématique de l’État de droit en Espagne » et des agissements du gouvernement central. Ce, alors que les dirigeants de l’Union européenne ont jusqu’ici manifesté leur soutien unanime à Madrid.

Rejetant un quelconque positionnement politique, les signataires de cette missive regrettent que le Tribunal constitutionnel espagnol, en interdisant la tenue du référendum le 1er octobre dernier et la session du Parlement catalan huit jours plus tard, ait violé les libertés constitutionnelles de réunion pacifique et de parole. Les accusations de sédition à l’encontre de deux leaders indépendantistes, Jordi Cuixart et Jordi Sànchez, arrêtés le 16 octobre dernier, ne seraient, en outre, d’après eux, pas justifiées.

Impact économique. Jeudi, la Banque d'Espagne a mis en garde contre les conséquences économiques néfastes qui pourraient se matérialiser si la crise politique catalane se poursuit. Selon elle, la croissance de l'économie espagnole pourrait être moindre selon une fourchette située entre 0,3% et 2,5% du PIB sur deux ans, soit, dans le pire des scénarios, une perte de 60% de la croissance escomptée pour 2018 et 2019. (Lucas Tripoteau)

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