Le président français, Emmanuel Macron, va souligner devant ses pairs, lors du Conseil européen des 19 et 20 octobre, la nécessité de prendre en compte les inquiétudes des citoyens à l'égard des accords de libre-échange entre l'UE et les pays tiers et de protéger les secteurs sensibles dans ces négociations.
Sur demande de la France, la politique commerciale est inscrite à l'ordre du jour du dîner des chefs d'État ou de gouvernement de l'UE, jeudi soir. D’autres pays sont aussi intéressés. Seront discutées le rythme des négociations avec le Mercosur et l'ouverture de pourparlers avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande ainsi que la nécessité de mettre en œuvre l’arrêt de la Cour de justice de l'UE (CJUE) sur la répartition des compétences entre l'UE et ses pays membres dans le cadre de l'accord de libre-échange avec Singapour, a-t-on appris de source proche du président du Conseil européen, Donald Tusk, mercredi 18 octobre. Mais le Conseil européen n'adoptera pas de conclusion spécifique sur le sujet.
« Les négociations avec le Mercosur nous posent un certain nombre de difficultés pour certains secteurs agricoles, de même que la proposition de la Commission d'ouvrir de nouveaux mandats pour négocier des accords commerciaux avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande, avec, là aussi, des sensibilités agricoles fortes », a expliqué une source proche de M. Macron à l'Élysée, mardi 17 octobre.
« Ce que va porter le président français, c’est qu'il faut trouver l'équilibre entre ouverture commerciale et protection et réfléchir sur la question des compétences avant d'en tirer immédiatement les conséquences, sans débat politique préalable sur un ou deux accords, comme le suggère la Commission avec l’Australie et Nouvelle-Zélande », a précisé cette source.
L'idée est d'entamer au Conseil européen un « débat politique » que les ministres du Commerce poursuivront « sur une réforme plus vaste de la politique commerciale, qui prenne mieux en compte les exigences sociales, environnementales, de transparence et de concurrence loyale ou de réciprocité, avant qu'on continue, comme avant, à se lancer dans de nouvelles négociations », a-t-elle ajouté.
« Le président Macron devrait dire qu’il ne faut pas considérer que les problèmes rencontrés avec l'accord commercial avec le Canada (CETA) et les négociations TTIP avec les États-Unis sont complètement derrière nous. Nous voulons être attentifs aux préoccupations et y répondre », nous a confié une source diplomatique française à Bruxelles, mercredi.
« Il faut réfléchir collectivement sur la suite à donner à l'arrêt de la CJUE sur Singapour. (...) Concernant les secteurs sensibles, la perspective d'un vote à la majorité qualifiée peut inquiéter. La Commission devra redoubler d'efforts en matière de transparence pour que les choses continuent d'avancer. La situation est complexe : l'objectif européen est de poursuivre l'ouverture des marchés, mais en prenant en compte les sensibilités », a-t-elle conclu. (Emmanuel Hagry, avec la rédaction)