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Bulletin Quotidien Europe N° 11783
INSTITUTIONNEL / France

Après la victoire de Macron l'Européen, l'UE exprime sa satisfaction sans négliger les défis à relever

Soulagés, les dirigeants européens ont positivement réagi, dimanche 7 mai au soir, à la victoire du candidat pro-européen Emmanuel Macron à l'élection présidentielle française.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, s'est dit ainsi « heureux » que les Français aient choisi « un avenir européen ». Dans sa lettre au dirigeant français qui prendra officiellement ses fonctions dimanche 14 mai, il souligne les liens étroits entre la France et la construction européenne. Jean-Claude Juncker s’est aussi réjoui que le nouveau président français ait porté durant sa campagne les valeurs d’une Europe « forte et progressiste ».

Plus tard dans la soirée, le président de la Commission a expliqué sur les ondes de France Inter qu’il était prêt à travailler avec Emmanuel Macron sur l’approfondissement de la zone euro ou encore l’Europe sociale.

À chaud, le président du Conseil européen, Donald Tusk, avait félicité, via son compte Twitter, non seulement Emmanuel Macron mais aussi les Français qui ont choisi « la liberté, l’égalité et la fraternité » et rejeté « la tyrannie des fake news ». Dans une lettre datée du lundi 8 mai, le Polonais a rappelé que la France avait « toujours joué un rôle central dans la construction et le développement de l’UE ». Avec Emmanuel Macron, « je suis confiant que la France continuera à contribuer de manière constructive à régler nos défis communs et à maintenir notre unité ».

La 9ème symphonie de Beethoven européen a retenti

Dimanche soir, le plus jeune président élu de la Vème République française a fait retentir l'hymne européen au moment d'apparaître, après sa victoire, devant ses supporters sur l'esplanade du musée du Louvre.

M. Macron effectuera ses premiers déplacements à l'étranger pour soutenir les troupes françaises postées au Mali et réaffirmer à Berlin la force du tandem franco-allemand, a indiqué lundi à EUROPE une source parlementaire présente la veille au quartier général du mouvement En marche ! Il soulignera la volonté de la France de procéder à des réformes en interne et de s'investir au niveau européen pour faire évoluer la gouvernance de la zone euro, a-t-elle ajouté. Elle a pointé la présence des eurodéputés libéraux français Sylvie Goulard, Jean Arthuis et Jean-Marie Cavada, lors de festivités « anti-bling bling » réservées au premier cercle de soutien de l'ancien ministre français de l'Économie.

Parallèlement aux dirigeants des institutions communautaires, les chefs d'État ou de gouvernement européens ont aussi rapidement félicité Emmanuel Macron. La chancelière allemande, Angela Merkel, a appelé dès dimanche le nouveau président français dans la soirée pour le féliciter. Son porte-parole a souligné que la victoire de M. Macron allait dans le sens d'une « Europe forte et unie » et d'un approfondissement de « l'amitié franco-allemande ».

Le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, qui va devoir négocier le Brexit avec ses partenaires européens à partir de mi-juin, a « chaleureusement » félicité M. Macron. « La France est l'un de nos plus proches alliés et nous nous réjouissons de travailler avec le nouveau président sur un large éventail de priorités communes », a indiqué son porte-parole dimanche soir.

Toujours dans l’UE, la victoire d’Emmanuel Macron a été saluée par le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, qui a qualifié cette victoire de « bouffée d'oxygène pour toute l'Europe ».  M. Tsipras s’est dit convaincu que la coopération entre eux sera étroite, « en vue de changer la marche de l'Europe et de ne pas répéter le cauchemar de l'extrême droite ».

Le programme politique d’Emmanuel Macron contient plusieurs points communs avec les travaux entamés au niveau européen, en l’occurrence en faveur d’une Europe sociale stricte en matière de contrôle des travailleurs détachés, d’une Europe de la défense mais aussi en faveur d’une 'mondialisation équilibrée'.

Ce mercredi 10 mai, la Commission européenne devrait d’ailleurs présenter une réflexion sur les moyens de mieux exploiter la mondialisation. Et la semaine suivante, elle portera un jugement sans concession sur l'état des finances publiques françaises (EUROPE 11773).

Au niveau de la zone euro, M. Macron ambitionne de doter l'Eurozone d'une capacité budgétaire propre, d'une fonction stable de ministre européen des Finances et d'une légitimité démocratique accrue par le biais du Parlement européen. Il souhaite aussi que soient mises sur pied des conventions citoyennes dans les États membres pour faire remonter des idées sur la relance du projet européen.

Au niveau international, le président américain, Donald Trump, a aussi félicité  Emmanuel Macron pour sa « grande victoire », se disant « impatient » via son compte Twitter de travailler avec le Français. Une première rencontre entre les deux hommes devrait avoir lieu, jeudi 25 mai à Bruxelles dans le cadre du sommet de l’OTAN.

En revanche, le président russe, Vladimir Poutine, qui avait soutenu la candidate d'extrême droite Marine Le Pen, a exhorté le nouveau président français à « surmonter la méfiance mutuelle » entre Paris et Moscou de façon à combattre ensemble « la menace croissante du terrorisme et de l'extrémisme violent ».

M. Macron invité à s'exprimer devant le Parlement européen

Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a invité M. Macron à une prochaine session plénière pour exposer sa vision de l'avenir de l'Union européenne. Il l'a appelé à défendre une Union qui donne « de vraies réponses aux attentes des citoyens ».

La défaite de Marine Le Pen « montre que les Français ont refusé de laisser s'installer au pouvoir un parti d'extrême droite dont l'application du programme aurait conduit au chaos », a déclaré l’eurodéputé Franck Proust, président de la délégation française du groupe PPE au PE, tout en se plaçant dans le camp de l'opposition à M. Macron dans la perspective des élections législatives qui auront lieu mi-juin.

Le chef de file des sociaux-démocrates, l’Italien Gianni Pittella, a accueilli avec soulagement le résultat de l’élection présidentielle française. « Face à l’obscurantisme affiché de la candidate du Front national, la victoire d’Emmanuel Macron est un soulagement pour la France mais aussi pour toute l’Europe ». Inquiet que la candidate d’extrême droite, « qui a fait de la destruction de l’UE son fonds de commerce », ait réuni plus du tiers des suffrages, il a souhaité que soient tirées les leçons d'une telle situation en répondant aux doutes exprimés par des millions de Français sur l’Europe. Et M. Pittella de plaider pour une plus grande justice sociale et fiscale et un nouveau plan d’investissement européen pour stimuler la transition écologique et accompagner la révolution numérique.

Dans la même veine, Philippe Lamberts (Verts/ALE, belge) a conseillé à M. Macron de mener des politiques qui s'attaquent aux inégalités sociales plutôt que de mener des « réformes néo-libérales du marché du travail ». L'Allemande Gabi Zimmer, la présidente du groupe GUE/NGL, a exhorté le président français à « prendre position contre le néolibéralisme, les politiques d'austérité qui ont échoué et les déséquilibres socio-économiques destructeurs ». Sans une Union européenne sociale et démocratique, le projet européen est appelé à échouer, a-t-elle conclu.

Soutien de la première heure, le Belge Guy Verhofstadt, qui préside le groupe ADLE au Parlement, a salué le projet « libéral, social et pro-européen » du nouveau président français. Il a noté cependant qu'en France « les forces nationalistes et le scepticisme à propos de l'euro restent forts ». D’où la nécessité, selon lui, d’un programme européen solide de réformes.

Le groupe CRE a plaidé en faveur d’une réforme constructive de l’Union européenne qui réponde aux besoins des citoyens normaux. Pour Nigel Farage (ELDD, britannique) au contraire, la présidence de M. Macron va engendrer cinq années d’échec en plus, davantage de pouvoir dans les mains de l’UE et la poursuite de l'ouverture des frontières. Il a estimé que Marine Le Pen est en mesure de gagner en 2022 les élections présidentielles en France. (Solenn Paulic et Lionel Changeur avec Mathieu Bion)

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