En visite au Sri Lanka, du 10 au 12 avril, pour évaluer les progrès réalisés en matière de respect des droits de l'homme, en vue de l'octroi du statut de préférences commerciales 'SPG+', deux députés du groupe GUE/NGL au Parlement européen, l'Espagnole Lola Sánchez Caldentey et la Néerlandaise Anne-Marie Mineur ont exhorté les autorités du pays à mettre en œuvre leurs engagements.
« L'UE ne doit pas accorder un statut commercial spécial au Sri Lanka si l'argent provenant des avantages de ce statut reste dans les poches de quelques hommes d'affaires. Nous sommes prêts à octroyer des préférences au Sri Lanka seulement si nous sommes sûrs que leurs avantages iront aux travailleurs », a commenté Mme Sánchez Caldentey, à l'issue de son enquête.
« S'ils connaissaient les conditions de travail extrêmement abusives des femmes qui produisent le linge qu'ils achètent au Sri Lanka, les consommateurs européens auraient honte », a-t-elle ajouté.
À l'invitation des syndicats locaux et de la campagne Clean Clothes (vêtements propres, NDLR), Mmes Sánchez Caldentey et Mineur ont rencontré des travailleurs victimes de violations des droits du travail, des syndicalistes victimes de harcèlement ou licenciés illégalement, des victimes de harcèlement sexuel et de violations des droits du travail dans les zones franches du pays.
« En 2015, nous avons reçu avec satisfaction l'engagement du gouvernement sri-lankais de mettre en place une législation pour lutter contre les violations des droits de l'homme, mais la mise en œuvre de cette législation reste très discutable », a déploré Mme Mineur.
Les deux députés ont aussi exprimé leur inquiétude concernant l'utilisation intensive d'agences de travail temporaire qui ont sapé la liberté d'association et les droits de négociation collective ainsi que les interférences du pouvoir judiciaire dans les conflits du travail au détriment des syndicats.
« Il incombe au gouvernement de garantir efficacement le respect des droits fondamentaux des travailleurs et de leurs syndicats - la liberté syndicale, négociation collective et le droit de grève - sinon l'exploitation continuera », a insisté Mme Mineur.
Après leur enquête, Mmes Sánchez Caldentey et Mineur ont fait part au ministre sri-lankais du Travail, John Seneviratne, de leurs préoccupations « graves » concernant les violations des droits du travail dans le pays. M. Seneviratne s'est engagé à s'assurer qu'au moins 50% des bénéfices du statut 'SGP+' soient versés aux travailleurs sri-lankais.
« Nous saluons évidemment cet engagement, mais nous ne savons toujours pas comment le gouvernement répondra à cette promesse. La première étape est de s'assurer que les travailleurs ont le droit effectif d'organiser et de négocier collectivement. La signature d'une convention n'est que le début, le vrai défi est de la mettre en œuvre, pour garantir que les travailleurs ont le droit de s'organiser en théorie, et qu'en pratique, les employeurs ne harcèlent pas syndicats », a prévenu Mme Mineur.
Mmes Sánchez Caldentey et Mineur ont aussi approuvé une feuille de route des syndicats sri lankais pour faire valoir les droits du travail qui garantiront que les travailleurs bénéficieront effectivement des avantages du statut 'SGP +'.
La proposition mise sur la table par la Commission le 11 janvier en vue d'octroyer à nouveau des préférences commerciales au Sri Lanka au titre du régime 'SPG+', lié aux efforts en matière de droits de l'homme, de développement durable et de bonne gouvernance, est actuellement examinée par le Conseil et le Parlement en vue d'une décision en mai (EUROPE 11701). (Emmanuel Hagry)