Le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker, tout comme la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, au nom des Vingt-huit, ont expliqué, dans deux communiqués séparés, comprendre les frappes américaines contre le régime syrien, en réponse à l’attaque chimique du 4 avril à Khan Cheikhoun.
Rappelant que M. Juncker avait été sans équivoque dans sa condamnation de l'utilisation d'armes chimiques, le communiqué de la Commission, publié en son nom, a souligné qu’il « devait y avoir une réponse à l'utilisation répétée de ces armes ». Ainsi, M. Juncker « comprend les efforts visant à dissuader d'autres attaques », a précisé le communiqué, soulignant aussi qu’il « existait une distinction claire entre les frappes aériennes sur les cibles militaires et l'utilisation d'armes chimiques contre des civils ». Selon le communiqué, les États-Unis ont informé l’UE que les frappes seraient limitées et avaient pour objectif de dissuader de faire d’autres attaques chimiques. Le communiqué a cependant ajouté que « les efforts visant à endiguer la spirale de la violence en Syrie et à lutter pour une paix durable devraient être redoublés », alors que « seule une solution politique pouvait conduire » à cette paix durable.
Pour Mme Mogherini, les États-Unis ont lancé des frappes sur l'aérodrome de Shayrat en Syrie « avec l'intention compréhensible d'empêcher et de dissuader la propagation et l'utilisation d'armes chimiques mortelles », a-t-elle dit dans un communiqué, précisant que Washington avait informé les Européens que ces frappes étaient « limitées et axées sur la prévention et la dissuasion d'une utilisation accrue des atrocités d'armes chimiques ». « L'UE croit fermement qu'il ne peut y avoir aucune solution militaire au conflit et s'engage à l'unité, à la souveraineté, à l'intégrité territoriale et à l'indépendance de l'État syrien. Seule une solution politique crédible, telle qu'elle est définie dans la résolution 2254 du Conseil de sécurité et le Communiqué de Genève de 2012, assurera la paix et la stabilité en Syrie et permettra une défaite décisive » des groupes terroristes en Syrie, a rappelé la Haute Représentante, qui a réitéré le soutien de l’UE aux négociations intra-syriennes sous la médiation de l’ONU. Une solution politique « est plus urgente que jamais », a-t-elle ajouté. Par ailleurs, la veille, dans une autre déclaration à 28, Mme Mogherini avait exhorté le Conseil de sécurité des Nations Unies à se réunir, condamner fermement l'attaque chimique et à assurer une enquête rapide, indépendante et impartiale.
Plusieurs États membres ont apporté leur soutien aux frappes américaines. La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, ont estimé, selon un communiqué de l'Élysée, que le président syrien Bachar el Assad portait « l'entière responsabilité » des frappes. Au Royaume-Uni, un porte-parole de Downing Street a dit « soutenir pleinement l'action des États-Unis », ajoutant que les frappes sont « une réponse appropriée à l'attaque barbare à l'arme chimique perpétrée par le régime syrien ». À l'opposé, le régime syrien, tout comme l’Iran et la Russie, a condamné les frappes américaines.
M. Tajani interdit la venue d'un ministre syrien au Parlement
Par ailleurs, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a interdit l’accès du Parlement au ministre adjoint des Affaires étrangères syrien, Ayman Soussan, qui devait intervenir dans une conférence sur la situation en Syrie pour « des raisons de sécurité ». Selon l’AFP, M. Tajani a jugé qu’il était « politiquement » « clairement inopportun d'organiser cette conférence » en raison des développements actuels. (Camille-Cerise Gessant)